
AVOIR UNE LONGUEUR D'AVANCE POUR LA SAISON DE PÂTURAGE
Par Av Singh, Ph.D.
Avec la plupart de vos plantes fourragères recouvertes de plusieurs
centimètres de neige, cela ne semble pas vraiment le bon moment
pour penser à la prochaine saison de pâturage. Cependant,
pour de nombreux éleveurs expérimentés, le milieu
de l'hiver fournit le moment idéal pour passer en revue et
évaluer la régie de leur saison de pâturage précédente
et mettre au point de nouvelles stratégies pour la saison prochaine.
Ma saison de pâturage a-t-elle été assez longue?
Mes pâturages et fourrages ont-ils été bien utilisés?
Ai-je assez de foin pour l'hiver? Voilà seulement quelques-unes
des questions que les éleveurs de bétail se posent à
tous les ans afin de corriger, si nécessaire, leur programme actuel
de régie des pâturages.
Si la réponse à l'une ou l'autre des questions
ci-dessus est « NON », alors la première
étape peut être d'intensifier la gestion de votre système
de pâturage. Pour certains éleveurs de bétail, il
peut d'abord s'agir de passer d'une approche de pâturage
continue à un système qui intègre les rotations de
pâturage. Un système de pâturages en rotation implique
que les animaux sont déplacés en séquence d'un enclos
(c.-à-d., d'une section de pâturage clôturée)
à un autre, fournissant ainsi des fourrages frais au bétail
tout en laissant le temps aux plantes de récupérer après
avoir été broutées. Lorsqu'on songe à
mettre en place un système de pâturages en rotation, l'une
des premières questions à se poser est « de
combien d'enclos ai-je besoin? » Pour résumer
simplement, deux valent mieux qu'un. On recommandera fréquemment,
aux personnes quelque peu sceptiques à l'idée qu'une
telle modification de leur système de pâturage augmentera
le rendement des animaux et la productivité du pâturage,
de diviser tout simplement leur pâturage existant en deux enclos
qui seront partagés en périodes d'utilisation et de
repos. Un tel système, souvent désigné sous le nom
de rotation double, démontrera clairement l'utilisation accrue
du pâturage et rallongera la durée de la saison de pâturage
comparativement à un système de pâturage continu.
Beaucoup de producteurs débutants dans l'élevage
au pâturage qui sont prêts à adopter un système
intensif des pâturages voudraient qu'on leur fournisse une
« recette » pour déterminer la taille des
enclos et les besoins en matière de clôtures. Bien qu'il
existe beaucoup d'équations détaillées disponibles
pour aider à calculer de tels besoins, un éleveur plus expérimenté
confirmera que la gestion intensive des pâturages est un art guidé
par la science. Les espèces de plantes fourragères qui peuplent
actuellement le pâturage, leur rendement et leur consommation par
les animaux, ne seront pas constants et varieront selon la température,
l'humidité et la fertilité du sol, les capacités
à repousser après la paissance et la période de l'année.
Par conséquent, il est nécessaire de faire preuve de souplesse
afin de mettre en place tout système de pâturage efficace.
Beaucoup de gestionnaires de pâturages utilisent une combinaison
de clôture électrique permanente pour le périmètre
et de clôture temporaire, qui se compose de fils entrelacés
de brins métalliques et plastiques « polywire »
de haute conductivité, de piquets mobiles et d'une bobine réceptrice, pour
les subdivisions internes (c.-à-d., les enclos). Cette combinaison
permet de s'adapter aisément à l'évolution
de la qualité et de la quantité de fourrages ou à
des changements dans le rendement recherché chez les animaux (par
exemple, on effectuera des rotations plus fréquentes lorsqu'on
recherche des gains plus importants ou une meilleure production laitière).
La flexibilité intégrée d'un tel système
permet de modifier la taille des enclos, la durée de la période
de pâturage dans un enclos, le nombre d'animaux dans un enclos et
aussi d'ajouter d'autres types d'animaux au pâturage
(par ex. : différentes espèces, comme du mouton après
du boeuf, ou catégories, par exemple, des vaches/veaux suivant
des animaux à l'engraissement).
La souplesse inhérente à de tels systèmes permet
à un éleveur de réagir à ce qu'il observe
dans ses pâturages, mais ne devrait pas prendre la place de la planification.
Les gestionnaires de pâturage doivent faire des plans de régie
pour faciliter la prise de décisions comme celles qui touchent
la fertilité des pâturages (par exemple, quand et où
épandre le fumier composté), la régénération
des pâturages (par exemple, dans quels pâturages doit-on semer
plus de légumineuses) ou l'utilisation des pâturages (par
exemple, dans quels pâturages fera-t-on les foins, lesquels laissera-t-on
pousser pour les garder en réserve, etc.) Ces décisions
doivent être prises avant le début de la saison de pâturage
et inclure autant les hypothèses les plus favorables que défavorables,
pour aider « l'art du pâturage » lorsque « la
science du pâturage » ne se comporte pas comme prévu.
Par exemple, en prenant les décisions touchant la fertilité,
la première question à considérer est de savoir si
un traitement est bien nécessaire. Si vous produisez actuellement
assez de fourrages pour répondre à vos besoins en terme
de pâturages et/ou de foin, alors une fertilisation supplémentaire
n'est probablement pas économiquement justifiée. Si la production
de fourrage de vos pâturages est inférieure aux besoins,
alors il peut être utile de les fertiliser ou de les renouveler
(c.-à-d., augmenter le pourcentage de légumineuses dans
les pâturages). Beaucoup de fermiers dont les pâturages sont
surtout composés de graminées entreprendront leur programme
de fertilisation au printemps. Récolter du foin dans les pâturages
est une bonne manière d'augmenter la production de foin. Cependant,
dans les systèmes de pâturages, le fourrage est souvent abondant
au printemps. Les animaux au pâturage ne peuvent pas utiliser efficacement
la pousse excédentaire à ce moment. Cela peut avoir comme
conséquence un mauvais rendement de l'argent investi dans
un programme de fertilisation. Il peut sembler plus de raisonnable d'épandre
du fumier composté sur les pâturages entre le milieu et la
fin juin. De cette manière, la production supplémentaire
de fourrages se produira au milieu de l'été, quand celle-ci
est nécessaire aux animaux.
Tout comme les décisions touchant la gestion de la fertilité,
on doit planifier l'extension de la saison de pâturage avant
son début, plutôt que pendant la saison elle-même.
À mon avis, la période la plus critique de l'année
pour prolonger la saison de pâturage est le milieu de l'été.
Des pâturages supplémentaires rendus disponibles pendant
l'été peuvent fournir des fourrages lorsque sa disponibilité
est normalement limitée. De plus, le recours aux pâturages
supplémentaires permet de laisser reposer les enclos de graminées
et de légumineuses au milieu de l'été, leur donnant
le temps de repousser et d'accumuler les fourrages (réserve)
pour la paissance à la fin de l'été. D'où
ces pâturages supplémentaires proviennent-ils? Tout simplement
de la planification. Les gestionnaires de pâturages intéressés
à prolonger leur saison de pâturage chercheront à
semer des variétés de plantes fourragères alternatives
pour assurer une saison de production prolongée.
Luzerne - La luzerne peut faire un excellent complément
aux systèmes de pâturage. La luzerne est une légumineuse
de haute qualité qui pousse mieux au milieu de l'été
que les graminées de saison fraîche. La luzerne est déjà
présente sur beaucoup de fermes et elle peut permettre d'améliorer
les gains de poids vif ou la production laitière. La croissance
initiale de la luzerne au printemps se produit quand les pâturages
de saison fraîche poussent rapidement. Aussi, la première
coupe de luzerne peut être récoltée comme foin. La
repousse peut ensuite être broutée. Lors qu'on fait
pâturer la luzerne, il est important d'effectuer une rotation.
Il faut faire brouter la luzerne à la même fréquence
qu'on ferait les foins, en laissant environ 4 semaines de repos
entre les passages. Dans les fermes laitières, où la prise
de fourrage est essentielle, les animaux doivent être déplacés
dans un nouveau pacage à chaque traite ou, du moins, quotidiennement.
Il faut faire attention au ballonnement lorsqu'on fait pâturer
de la luzerne. On peut mettre en application beaucoup de principes
de régie éprouvés afin de réduire les risques
de ballonnement, notamment : ne pas déplacer des animaux affamés
dans un champ de la luzerne fraîche et abondante; ne pas y envoyer
les animaux au début de la matinée ou lorsqu'elle
est humide (à cause de la rosée ou de la pluie) et, surtout,
observer souvent les animaux lorsqu'on commence à leur faire
brouter de la luzerne.
Annuelles - Les graminées annuelles comme le maïs
ou le millet perlé (annuelles d'été) ou ray-grass
et le seigle d'automne (annuelles d'hiver), ainsi que les plantes
de la famille des Brassica (navets, chou frisé, colza) peuvent
également être intégrées dans les pâturages
comme suppléments d'été ou d'automne. Cependant,
comme c'est le cas avec les repousses de luzerne, une grande
partie de la planification pour l'utilisation de pâturages supplémentaires
doit se faire au printemps pour s'assurer que les besoins en semences,
clôture, fertilité, machinerie et en eau soient adéquatement
satisfaits.
L'étude de la science des pâturages, l'élaboration
de plans, etc. devrait être perçues comme des exercices pour
développer son enthousiasme pour la prochaine saison de pâturage,
et surtout pas sembler des corvées. Je me souviens avoir lu un
article de Joel Salatin dans le magazine Stockman Grass Farmer Magazine
(février 1998 ; Why Good Enough Is Perfect. . . Just do
it) dans lequel ce que l'auteur déclarait que plusieurs de ses
voisins s'inquiétaient tellement de tout savoir et planifier
avant de commencé qu'ils n'ont jamais commencé. Voilà
pourquoi, en ce qui concerne la gestion des pâturages, il est important
de se souvenir du vieil adage, « le bon jugement vient de
l'expérience. . . l'expérience vient du mauvais jugement ».
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