
Traitement foliaire biologique pour lutter contre le mildiou
A. V. Sturz1, D. Lynch2, R. Henry3 et S.W. Watts4
La production de pommes de terre représente un important secteur
agricole des provinces maritimes, en particulier de l'Île-du-Prince-Edouard
et du Nouveau-Brunswick. Le marché des pommes de terre biologiques
est en pleine expansion, en partie à cause des préoccupations
des consommateurs au sujet de la protection de l'environnement et de la
sûreté des aliments. Cependant, en raison des restrictions
de l'utilisation des pesticides, la maîtrise des maladies peut représenter
un défi en production de pommes de terre biologiques.
Le mildiou (causé par le Phytophthora infestans) est souvent une
importante source de problèmes pour les producteurs de pommes de
terre biologiques. La maladie affecte le feuillage et les tubercules,
diminuant le rendement. Quand les conditions sont favorables, la maladie
apparaît et se répand très rapidement. Les producteurs
biologiques ont surtout compté sur les produits à base de
cuivre pour lutter contre cette maladie, mais les inquiétudes concernent
l'accumulation de cuivre et ses effets toxiques sur l'écosystème
du sol ont rendu nécessaire de trouver des solutions de rechange.
Les thés de compost et les produits à base de poudre de
varech semblent offrir un certain potentiel pour lutter contre le mildiou,
mais il est nécessaire d'obtenir davantage d'information
sur leur efficacité et leur mode d'action. On croit que les thés
de compost inoculent à la surface des plantes des micro-organismes
qui nuisent ou font concurrence aux pathogènes. Ils peuvent également
nuire à la résistance des micro-organismes pathogènes,
empêcher la germination de leurs spores ou réduire l'expansion
des lésions. Le mode d'action des produits à base de poudre
de varech est également en grande partie inconnu pour le moment,
mais il peut être lié à la concentration accrue de
sel à la surface des feuilles et/ou à une amélioration
de la santé des plantes.
Pour obtenir plus d'informations en ce domaine, on a effectué
une expérience en laboratoire et sur le terrain pour évaluer
l'efficacité du thé de compost disponible dans le commerce
et des produits à base de varech contre le micro-organisme pathogène
qui cause le mildiou de la pomme de terre (Phytophthora infestans). Les
traitements suivants ont été étudiés :
- Thé de compost (Soil-food Web, Inc.) à 69 l par ha
- Produit ASL à base de varech (Acadian SeaPlants Inc.) à
300g/ha
- Manzate® 75 DF (V) à 1,25 kg/ha (750g/kg de p. i. mancozeb)
- De l'eau de puits sans produit ajouté*
- Plants témoins non traités (c'est-à-dire
sans aucune vaporisation)
* Puisque l'eau de puits a été utilisée pour diluer
et appliquer les traitements, elle sert de point de référence
pour évaluer les effets de l'eau d'étang.
On a semé dans des parcelles de la ferme Eric C. Robinson Inc.
à Albany, Île-du-Prince-Édouard des pommes de terre
(variété Russet Burbank). L'information sur la densité
de la population de micro-organismes, les espèces qui la composent
et leur structure a été notée tant pour les mélanges
dans les réservoirs que pour l'eau de lavage des feuilles
recueillie après le traitement avec les pulvérisateurs.
En outre, différents isolats bactériens provenant des mélanges
des réservoirs et du lavage des feuilles ont été
placés en incubation en présence du pathogène causant
le mildiou. (Le choix des isolats a été fondé sur
la fréquence du pourcentage de l'occurrence de différentes
espèces dans chaque communauté prélevée.)
Le potentiel de chaque souche de bactéries pour nuire à
la croissance des pathogènes (signes d'« antibiose »)
a été estimé dans le cadre des expériences
en laboratoire en utilisant le taux de croissance des mycètes (en
millimètres) comme mesure du potentiel de biocontrôle.
Résultats Les résultats des recherches effectués
sur les parcelles et les essais d'incubation bactérienne indiquent
que :
- Dans les réservoirs, les mélanges renfermaient des isolats
bactériens dont les activités d'antibiose étaient
sensiblement plus élevées contre le micro-organisme pathogène
causant le mildiou de la pomme de terre (P. infestans) que le support
constitué d'eau de puits. Cependant, ce niveau d'activité
de la communauté microbienne n'a pas été transféré
des mélanges en réservoir vers la surface des feuilles.
- Les communautés bactériennes présentes sur la
surface des feuilles après le traitement ne présentaient
que peu ou pas de ressemblance avec les communautés bactériennes
des mélanges en réservoir. Par conséquent, les
communautés bactériennes des mélanges en réservoir
ne se sont pas établies à la surface des feuilles, ou
ont été rincées lors de l'application.
- Les isolats bactériens prélevés sur le feuillage
des pommes de terre après les traitements foliaires se sont révélés
moins efficaces pour empêcher la croissance du mildiou (P. infestans)
que ne l'étaient les populations bactériennes résidentes
(c.-à-d. avant le traitement).
- Les densités de population bactériennes sur la surface
de feuilles ont été sensiblement réduites après
l'application des traitements foliaires commerciaux.
Dans un deuxième essai en laboratoire, l'efficacité
protectrice relative des pulvérisations a été évaluée
en utilisant des feuilles entières de plants de pommes de terre
qui avaient précédemment reçu les traitements. Les
feuilles ont été inoculées avec une gouttelette dans
laquelle des zoospores de P. infestans ont été introduites
puis mises en incubation pendant 5 jours. Après l'incubation, on
a noté le nombre de feuilles malades, la quantité de tissu
foliaire malade et le diamètre (millimètres) de la plus
grande lésion sur chaque feuille.
Les résultats de ces épreuves indiquent que :
- Ni le thé de compost JF ni le varech en poudre d'ASL
n'ont été efficaces pour protéger les feuilles
de pomme de terre contre l'attaque du phytopathogène.
- Le Manzate® 75 DF s'est révélé le meilleur
traitement pour lutter contre l'infection au mildiou et la progression
de la maladie dans cette épreuve. Cependant, les résultats
de l'épreuve bactérienne d'incubation ont prouvé
que le Manzate® 75 DF a également réduit le nombre
de souche bactériennes présentant un niveau d'activité
de biocontrole contre le pathogène du mildiou (P. infestans)
par rapport aux populations bactériennes de prétraitement.
Cliquer ici pour consulter le résumé
complet de cette recherche.
Chercheurs:
(1) Department of Plant Health Research & Diagnostics,
PEI Dept. of Agriculture, Fisheries, Aquaculture and Forestry,
P.O. Box 1600,
Charlottetown, PE C1A 7N3, E-mail: avsturz@gov.pei.ca
(2) Organic Agriculture Centre of Canada, Nova Scotia Agricultural
College
(3) Roger Henry and Associates, Agro - Environmental Technologies,
Stanley Bridge, PEI
(4) S.W. Watts, Eric C. Robinson Inc./Ingleside Farms, Albany, PE
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