
Travail du sol entre les rangs - moyen efficace de lutter contre
les mauvaises herbes dans les cultures de pois fourragers ?
E. Johnson, B. Frick - Ferme expérimentale de Scott
Problème
Certains agriculteurs de l'ouest du Canada souhaitent avoir recours
au travail du sol entre les rangs comme solution de rechange aux herbicides.
On a fait peu de recherche, dans l'ouest du Canada, sur le travail
du sol entre les rangs dans les grandes cultures qu'on y trouve
en général. L'objectif de cette étude était
d'évaluer le sarclage entre les rangs comme mode alternatif de
lutte contre les mauvaises herbes dans les pois fourragers.
Contexte
Le travail du sol entre les rangs est très répandu en production
végétale aux États-Unis Cette technique a fait la
preuve de son efficacité dans le maïs et soja lorsque alliée
à une application d'herbicide en bandes par-dessus le rang cultivé.
Swanson, Jacobson et Johnson ont signalé que le travail sol entre
les rangs offrait des avantages autres que la maîtrise des mauvaises
herbes, comme une meilleure aération du sol et la réduction
de la compaction. Cependant, les principaux avantages du travail du sol
entre les rangs sont attribuables à la destruction des mauvaises
herbes. La recherche effectuée sur le travail du sol entre les
rangs des grandes cultures en Saskatchewan est très limitée.
Le travail du sol entre les rangs dans des cultures de céréale
a été étudié à l'université
de la Saskatchewan dans les années 1920. Cette recherche avait
principalement pour but de réduire le recours aux jachères
et de limiter les impacts de la sécheresse, et non pas de lutter
contre les mauvaises herbes. Deux à trois rangs de blé,
d'avoine, ou d'orge (espacés de 15 centimètres) ont été
séparées de 90 centimètres pour faciliter le travail
du sol. L'orge et l'avoine ont semblé répondre mieux au
traitement ; cependant, il n'y avait aucun groupe témoin avec
lequel comparer. Les récoltes suivantes de blé ont donné
des rendements semblables à ceux du blé cultivé après
une jachère. Ces résultats correspondaient aux observations
de Tull, qui a déclaré que « plus les cultures
successives sont semées en rangées espacées et plus
on y passe la houe, mieux le sol en favorise la croissance ».
Description de la recherche
L'expérience a été effectuée sur du chaume
de céréales 1998 et 1999 à la ferme expérimentale
de Scott. On a semé de la folle avoine et de la moutarde sauvage
dans la parcelle expérimentale, tôt au printemps, puis passé
la herse en surface pour distribuer uniformément les graines de
mauvaises herbes. Des pois fourragers (Grande) ont été semés
à une profondeur de 7,5 cm le 12 mai 98 et le 7 mai 99. Nous avons
utilisé d'un semoir à houe à espace réglable
entre les rangs muni de roues plombeuses. La culture a été
semée en rangs simples espacés de 33 centimètres
pour faciliter le travail du sol entre les rangs. On a sarclé entre
les rangs avec un vibroculteur modifié. Trois dents ont été
disposées en triangle et munies de balais de 10 cm pour convenir
à l'espace entre les rangs de la culture. Le sol a été
travaillé à une profondeur de 2,5 à 3,0 centimètres
et on a réglé la herse pour s'assurer que les rangs cultivés
ne soient pas recouverts de terre. La vitesse du passage de la herse était
de 3,5 km/hre. La méthode expérimentale prévoyait
un bloc aléatoire complet avec des traitements constitués
de passages séquentiels entre les rangs (1, 2, et 3 passages) avec
une parcelle témoin non traitée. Nous avons hersé
le champ de pois aux stades de 6, 8, et 10 noeuds. Travailler le
sol entre les rangs avant le stade de six noeuds aurait eu comme
conséquence de trop enterrer les plantes cultivées. Une
parcelle témoin traitée à l'herbicide a également
été étudiée (semée en rangs de 22 centimètres).
Nous avons recueilli des données sur la densité et la biomasse
des cultures et des mauvaises herbes et le rendement des récoltes.
Principales conclusions
Les passages successifs de la herse entre les rangs a permis d'obtenir
une réduction linéaire de la densité de la moutarde
sauvage les deux années. Les plants de moutarde sauvage qui ont
survécu ont produit autant de biomasse que ce qu'on a trouvé
dans les parcelles n'ayant subi aucun sarclage. Beaucoup d'espèces
de mauvaises herbes font preuve de plasticité morphologique en
réponse aux variations de l'environnement et à leur
densité. Les mauvaises herbes peuvent compenser les modifications
de densité de sorte que leur biomasse totale par unité de
superficie demeure relativement constante. Le travail du sol entre les
rangs a un effet inégal sur la densité et la biomasse des
mauvaises herbes. Les deux années, on a obtenu une réaction
linéaire aux passages successifs entre les rangs en ce qui concerne
le rendement en pois fourragers. Les résultats ont été
plus intéressants dans les conditions de croissance plus favorables
de 1999. Le travail du sol entre les rangs a amélioré le
rendement en pois fourrager de 33 % et de 78 % pour 1998 et
1999, respectivement. Cependant, l'application d'herbicide a permis d'obtenir
9 augmentations de rendement respectives de 57 à 300 %. Les
bénéfices du travail du sol entre les rangées étaient
limités à la croissance des mauvaises herbes dans les rangs.
La plupart des mauvaises herbes qui ont poussé de manière
non contrôlée se trouvaient dans la section non sarclée
dans les rangées elles-mêmes et en bordure immédiate.
Le travail du sol a donné des résultats à condition
que les peuplements des mauvaises herbes soient faibles. Par conséquent,
l'intégration avec d'autres méthodes mécaniques ou
culturales peut être nécessaire pour obtenir des résultats
satisfaisants avec le sarclage entre les rangées. Les conclusions
de cette étude sont conformes à celles de la recherche effectuée
dans d'autres régions du monde. Le passage de la herse n'est pas
efficace pour limiter la prolifération des mauvaises herbes dans
la féverole en raison de la croissance de mauvaises herbes dans
les rangs. Le passage du cultivateur ou de la houe rotative dans les rangs
avant le travail du sol entre les rangs a été nécessaire
pour réduire la densité des mauvaises herbes d'une
manière comparable aux résultats obtenus avec un herbicide.
Une autre étude a permis d'obtenir des résultats satisfaisants
avec 10 ou 11 cm entre les rangs.
Conclusions
Le travail du sol entre les rangs est intéressant comme moyen
de détruire les mauvaises herbes qui germent plus tardivement.
Cela ne devrait pas être considéré comme une technique
de lutte contre les mauvaises herbes à utiliser seule, puisque
la croissance importante des mauvaises herbes dans les rangs peut en limiter
les bénéfices. Des études à venir devraient
porter sur le travail du sol entre les rangs effectué sur les mêmes
parcelles expérimentales pendant un certain nombre d'années
pour en évaluer vraiment le potentiel.


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