
Pois fourragers - gestion des semis pour une maîtrise efficace
des mauvaises herbes en préémergence
E. Johnson - Ferme expérimentale de Scott
Problème
On recommande de semer les pois fourragers tôt, à une profondeur
de 5 à 7,5 centimètres. Les producteurs biologiques retardent
souvent la date des semis et utilisent le sarclage en préémergence
pour détruire les mauvaises herbes qui germent. Les plantes cultivées
qui pointent avant l'apparition des mauvaises herbes sont plus compétitives
que celles qui émergent en même temps ou après l'apparition
des mauvaises herbes. Retarder l'ensemencement afin de détruire
les mauvaises herbes tardives et semer à une profondeur plus faible
pour favoriser l'émergence rapide de la culture peuvent représenter
des stratégies alternatives de lutte contre les mauvaises herbes.
Quelle combinaison de date, de profondeur de semis et de sarclage en préémergence
optimise le rendement en pois fourragers cultivés sans avoir recours
aux herbicides ?
Contexte
Les producteurs biologiques ont recours à plusieurs méthodes
culturales et mécaniques pour empêcher la prolifération
des mauvaises herbes. Avant l'introduction des herbicides sélectifs,
le travail du sol secondaire allié au retard des semis était
généralement recommandé pour lutter contre la folle
avoine. La recherche effectuée de 1952 à 1957 à sept
endroits de l'ouest du Canada a permis de constater que le travail
du sol et le retard des semis est efficace pour détruire plus de
70 % de la folle avoine dans le blé et l'orge. Une étude
faite au Minnesota a conclu que le travail du sol avant le semis tardif
du soja a eu comme conséquence une réduction de la présence
des mauvaises herbes. Retarder les semis peut être efficace pour
lutter contre quelques espèces de mauvaises herbes, mais cela a
généralement pour conséquence de réduire les
rendements de beaucoup de cultures. La production de pois fourragers s'est
avérée viable dans les zones de sol brun et brun foncé
de la Saskatchewan, à condition que les semis soient complétés
avant la mi-mai. En Colombie-Britannique, le fait de retarder les semis
a réduit le rendement en pois de transformation à un endroit
où la température maximum moyenne de l'air durant la saison
de croissance dépassait les 21° C, mais n'a eu aucune incidence
dans un site où la température de l'air était
inférieure. Retarder les semis et passer la herse est une méthode
très répandue chez les agriculteurs biologiques, malgré
la diminution potentielle du rendement. La plupart des graines de mauvaises
herbes germent à une faible profondeur (< 2 centimètres).
Les cultures à grosses graines peuvent être semées
profondément, ce qui permet des actions mécaniques hautement
sélectives de lutte contre les mauvaises herbes entre le moment
des semis et l'apparition des plantes cultivées. Pavlychenko a
observé que le travail du sol en préémergence a fourni
à la culture, après son apparition, une période de
dix jours sans présence de mauvaises herbes.
Description de la recherche
L'expérience a été effectuée sur du chaume
de céréales cultivées sur la ferme expérimentale
de Scott de 1999 et 2001. On a évalué des traitements en
combinant différentes dates de semis (début mai, mi-mai
et fin mai), profondeurs de graines (2,5 centimètres et 7,5 centimètres)
et techniques de lutte contre les mauvaises herbes (aucune, hersage en
préémergence et herbicide) selon une méthode expérimentale
en tiroirs (parcelles subdivisées). Chaque traitement a été
répété quatre fois. On a semé de la folle
avoine et de la moutarde sauvage tôt au printemps, juste avant la
première date de semis, pour ensuite effectuer un hersage de surface
pour distribuer uniformément les graines de mauvaises herbes et
les résidus de récolte. Nous avons semé les pois
fourragers (Grande) à une densité cible de 80 plants de
pois au mètre à l'aide d'un semoir à
houe muni de roues plombeuses. Nous avons effectué le travail du
sol avant l'apparition des plantes, environ trois à cinq
jours après l'ensemencement, mais le deuxième passage
a parfois a dû être retardé jusqu'à 10 jours
selon des conditions atmosphériques. Le sarclage en préemergence
a été accompli dans les parcelles semées peu profondément
(2,5 centimètres) avec une herse à dents tandis qu'un un
extirpateur à tringles a été utilisé sur les
parcelles semées en profondeur (7,5 centimètres). Les données
recueillies comprenaient la densité des pois fourragers, la densité
des mauvaises herbes, leur biomasse et le rendement en graines
Principales conclusions
La récolte s'est très bien établie lors de toutes
les années où la densité des plants dépassait
70 plants/m (données non illustrées). De façon générale,
la date et la profondeur des semis n'ont pas eu un d'effet sur l'établissement
de récolte. Les pois fourragers n'ont pas été endommagés
par le sarclage en préémergence, car les traitements n'ont
pas réduit la densité des pois fourragers. Dans certains
cas, la profondeur des graines a retardé l'apparition de la culture
(la date à laquelle des rangs bien distincts de plantes sont évidents)
d'un jour. Cependant, ces différences au niveau de l'émergence
n'ont pas affecté le moment de la maturité de la culture.
Le travail du sol en préémergence n'a pas causé de
réduction perceptible de la biomasse des mauvaises herbes au moment
des semis faits début mai, puisque très peu de mauvaises
herbes avaient germé (tableau 1). Les herbicides ont efficacement
réduit la biomasse des mauvaises herbes à toutes les dates
de semis. Le travail du sol en préémergence s'est
avéré efficace pour réduire la biomasse des mauvaises
herbes lorsque l'ensemencement a été retardé.
Le passage effectué avec l'extirpateur à tringles
a réduit le poids frais des mauvaises herbes tout autant que les
traitements aux herbicides. Le passage de la herse en préémergence
n'a pas été aussi efficace que l'utilisation de l'extirpateur
à tringles pour réduire la biomasse des mauvaises herbes
dans les parcelles semées plus tard. Le fait d'enfouir profondément
les graines a permis d'obtenir un certain effet de maîtrise
des mauvaises herbes dans le cas des semis effectués fin mai étant
donné que l'accessoire du semoir a pu déraciner et
enterrer plus de mauvaises herbes lorsqu'il était réglé
à une profondeur de 7,5 centimètres. Retarder les semis
jusqu'à la fin mai a eu comme conséquence une diminution
du rendement pouvant atteindre 37 % (tableau 2). Des études
précédentes ont prouvé que le fait de semer les pois
fourragers tard en mai réduit la période de floraison, ce
qui donne des rendements inférieurs. Le hersage en préémergence
a donné de faibles augmentations de rendement dans les cultures
semées au début mai ; cependant, il a permis d'obtenir
des rendements équivalents à ceux obtenus avec les herbicides
dans les cultures semées à la mi-mai. Dans les cas des cultures
semées à la mi-mai, les rendements obtenus dans les parcelles
soumises au hersage en préémergence ont atteint 80 %
du rendement le plus élevé obtenu en semant plus tôt
et en appliquant des herbicides. Les rendements des cultures de pois fourragers
semées à la fin mai et sarclées avec un extirpateur
à tringles en préémergence ont donné un rendement
supérieur de 30 à 35 % par rapport aux résultats
obtenus avec le passage de la herse. Bien que le travail du sol en préémergence
ait amélioré le rendement de pois fourragers obtenu dans
les parcelles semées à la fin mai, les récoltes ont
tout de même été inférieures à celles
obtenues dans les parcelles témoins non traitées semées
au début mai. Le fait de semer les pois fourragers plus en surface
n'a pas amélioré leur compétitivité
à aucune date de semis. Semer plus profondément a permis
d'obtenir de meilleurs rendements, tant dans les parcelles semées
au début qu'à la fin de mai, mais pas dans les parcelles
semées à la mi-mai. Nous ne comprenons pas entièrement
les raisons qui expliquent les meilleurs rendements obtenus avec les semis
profonds effectués plus tôt. Cependant, nous croyons que
l'ensemencement profond peut fournir un meilleur environnement favorisant
la survie de bactéries de rhizobiums, ce qui améliorerait
la fixation de l'azote. Le meilleur rendement observé en semant
profondément à la fin mai est probablement dû à
l'effet de destruction des mauvaises herbes décrit plus tôt.
Les agriculteurs biologiques peuvent obtenir une bonne maîtrise
des mauvaises herbes et des rendements satisfaisants en retardant légèrement
la date des semis et en effectuant un sarclage avant l'émergence,
mais trop retarder les semis est contre-productif.
Conclusions
Le travail du sol en préémergence, entre le moment du semis
et celui de l'apparition des plantes cultivées, peut être
très efficace pour réduire la densité des mauvaises
herbes et contrer la diminution du rendement à condition que les
mauvaises herbes aient suffisamment le temps de pousser au moment du sarclage.
Une stratégie recommandée aux producteurs qui choisissent
de ne pas utiliser les herbicides serait d'effectuer le labourage
tôt au printemps pour stimuler la germination des mauvaises herbes
et attendre 10 à 12 jours avant de puis semer à une profondeur
de 7,5 centimètres. Il faut ensuite poursuivre en sarclant en préémergence
à l'aide d'un extirpateur à tringles cinq à
sept jours après l'ensemencement.


Sources de financement
Fonds d'innovation en agroalimentaire
Canada-Saskatchewan
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