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Évaluation de Metarhizium anisopliae à titre d'agent de lutte biologique contre la larve de taupin

Todd Kabaluk1, Mark Goettel2, Bob Vernon3 et Christine Noronha

Centre de recherches agroalimentaires du Pacifique
Centre de recherches de Lethbridge

Janvier 2001

Introduction
Le présent rapport se veut un résumé des résultats obtenus à la suite d'expériences réalisées au courant de l'année 2000 par Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) au Centre de recherches agroalimentaires du Pacifique (CRAAP), à Agassiz, et au Centre de recherches de Lethbridge (CRL). L'objectif de ces expériences consistait à évaluer le potentiel du champignon infectieux Metarhizium anisopliae en tant qu'agent de lutte biologique contre le taupin. La principale espèce étudiée était Agriotes obscurus de la Colombie-Britannique, bien qu'on ait également effectué des épreuves biologiques sur une espèce non identifiée de Limonius que l'on retrouve en Ontario. Cette étude découle de la découverte inopinée de M. anisopliaede dans des larves de taupin au cours de travaux de recherche de routine sur les larves de taupin au CRAAP à Agassiz pendant l'été 1999. Les travaux de recherche décrits sommairement dans le présent rapport ont été effectués à la fois sur le terrain (au CRAAP) et en laboratoire (au CRL).

Les propriétés de M. anisopliae comme agent de lutte contre les insectes ravageurs sont bien connues. On fabrique maintenant des produits commerciaux à base de M. anisopliae qui sont utilisés dans plusieurs pays. C'est le cas notamment des granules Bio-Green et Bio-Cane utilisées en Australie contre les vers dans les pâturages et les cultures de canne à sucre, Green Muscle utilisé contre le locuste en Afrique, Ago Biocontrol visant à contrôler différents ravageurs de plantes ornementales en Amérique du Sud et BioPath, utilisé aux États-Unis pour enrayer les blattes. De manière générale, les différentes souches de M. anisopliae s'attaquent à différentes espèces d'insectes. Bien que cela en restreigne l'utilisation en tant qu'insecticide à usage général, cela limite aussi les effets du champignon sur les organismes non ciblés, ce qui en fait un produit plus sécuritaire.

À la suite de la découverte du champignon, des expériences préliminaires ont permis d'établir qu'il est possible d'isoler le champignon à partir des larves de taupin, puis de le réintroduire dans l'hôte. D'autres recherches ont ensuite été entreprises en vue d'explorer le potentiel de M. anisopliae en tant qu'agent de lutte biologique. Au cours de l'hiver 1999-2000, nous avons procédé à la planification de la recherche, à l'identification des collaborateurs, à la recherche de soutien financier, et nous avons obtenu un permis de recherche délivré par l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA). L'isolat découvert à Agassiz a par ailleurs été reproduit par la société australienne Bio-Care Technology Ltd. sous une forme et en quantités adéquates pour une application au champ. Les travaux de recherche sur le terrain ont commencé en avril 2000 et se sont poursuivis jusqu'en septembre 2000, tandis que les travaux de recherche en laboratoire ont été réalisés entre le printemps 2000 et le mois d'octobre 2000.

L'importance de la découverte de M. anisopliae dans des larves de taupin, en 1999, s'explique par le fait que ce champignon n'a que très rarement été observé dans les larves de taupin. Il existe bien quelques occurrences d'une telle découverte qui datent du début du siècle, mais on ignore où les souches identifiées ont été retrouvées ni même si elles ont été conservées. Historiquement, les recherches sur M. anisopliae en tant qu'insecticide contre la larve de taupin sont plutôt rares. Étant donné qu'il s'agit d'une nouvelle souche, que l'infection est reproductible et que de nombreux produits à base d M. anisopliae ont déjà été mis au point pour la lutte contre d'autres insectes ravageurs, il semble opportun d'étudier la souche d'Agassiz en tant qu'agent de lutte biologique potentiel contre la larve de taupin.

Figure 1 : La souche de M. anisopliae découverte à Agassiz sur des cadavres de larves de taupin. On distingue la progression à partir de l'infection mortelle (1ère larve) à la croissance mycélienne (2e larve) se transformant en une importante sporulation.

Figure 1 : La souche de M. anisopliae découverte à Agassiz sur des cadavres de larves de taupin. On distingue la progression à partir de l'infection mortelle (1ère larve) à la croissance mycélienne (2e larve) se transformant en une importante sporulation.


Conclusions et recommandations
La souche de M. anisopliae découverte à Agassiz constitue, à ce jour, la souche la plus létale pour les larves de taupin, comparativement aux autres souches étudiées, et peut infecter et tuer les larves de taupin dans des conditions naturelles. M. anisopliae peut également entraîner la mort en laboratoire (dans 90 % des cas ou plus) à la fois chez A. obscurus et chez l'espèce non identifiée de Limonius. L'utilisation conjointe de Vitavax (lindane) permet d'augmenter le taux de mortalité des larves de taupin. L'efficacité de M. anisopliae, mesurée selon les dommages causés aux pommes de terre et au maïs par le prélèvement alimentaire des larves de taupin, n'a pas été établie de manière concluante dans le cadre des recherches décrites ci-dessus.

Puisque les doses requises pour tuer une grande proportion de larves de taupin en laboratoire sont importantes, les expériences futures devraient être établies de manière à reproduire cet effet. Pour ce faire, il faut soit utiliser une substance attractive (comme le blé) afin d'attirer les larves de taupin aux endroits où les concentrations de spores sont les plus élevées, soit déposer les granules ou les spores dans le sol aux endroits où les larves de taupin doivent passer dans le cours normal de leurs déplacements (des couches les plus profondes aux couches les plus superficielles au printemps).

Comme il s'écoule une période de temps relativement longue entre l'administration du champignon et la mort des larves de taupin, il importe d'étudier d'autres façons d'appliquer M. anisopliae à la lutte contre ce parasite. Il est possible que des mesures de contrôle appliquées tout au long de l'été et de l'hiver permettraient d'atteindre une efficacité acceptable l'été suivant.

On en sait très peu sur les conditions qui stimulent le potentiel pathogène de l'isolat d'Agassiz. Une étude en laboratoire à cet égard permettrait d'obtenir des données utiles pour établir des recommandations d'utilisation optimale en conditions naturelles.

Dans le cadre du développement de produits commerciaux à base de M. anisopliae, il importe de toujours examiner les différents isolats disponibles dans les banques de gènes et de déterminer les hôtes potentiels en étudiant d'autres espèces de larves de taupin, de même que des organismes non ciblés.

En général, la capacité de M. anisopliae à infecter les larves de taupin dans des conditions naturelles et le caractère extrêmement létal du champignon, démontré à la suite de l'incubation de larves de taupin prélevées sur le terrain et des études en laboratoire, justifient la mise en oeuvre d'études plus approndies en vue de déterminer le potentiel véritable de M. anisopliae au titre d'agent de lutte biologique contre les larves de taupin.



Personnes-ressources
Veuillez communiquer avec les chercheurs d'AAC ci-dessous pour obtenir des renseignements relatifs à ce projet :

Todd Kabaluk, chef de projet, Centre de recherches agroalimentaires du Pacifique
C. P. 1000, Agassiz (C.-B.), V0M 1A0
Téléphone : (604) 796-2221, poste 215
Télécopieur : (604) 796-0359
Courriel : kabalukt@agr.gc.ca

Mark Goettel, Centre de recherches de Lethbridge
C. P. 3000, Lethbridge (AB) T1J 4B1
Téléphone : (403) 317-2264
Télécopieur : (403) 382-3156
Courriel : goettel@agr.gc.ca

Bob Vernon, Centre de recherches agroalimentaires du Pacifique
C. P. 1000, Agassiz (C.-B.), V0M 1A0
Téléphone : (604) 796-2221, poste 212
Télécopieur : (604) 796-0359
Courriel : vernonbs@agr.gc.ca

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