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Stratégies durables pour faire face à la spécialisation et à l'intensification de l'agriculture biologique

Par A. Singh et R.C. Martin

Historiquement, la production animale et les rotations longues ont toujours occupé une place importante dans la régie des systèmes d'agriculture biologique. Cependant, dans beaucoup de régions du Canada, on observe une tendance récente vers un mouvement de spécialisation et d'intensification des pratiques agricoles se rapprochant des pratiques de l'agriculture conventionnelle. La croissance rapide du marché des céréales et d'autres cultures biologiques à profit élevé, comme les pommes de terre et les légumes, a créé une situation où ces productions sont maintenant soumises à une régie de rotations courtes (c.-à-d. trois à quatre ans) qui n'offre plus les avantages de la culture prolongée de plantes qui enrichissent le sol (comme les légumineuses et les graminées) ou d'apports réguliers d'engrais de ferme compostés. Ces " nouveaux " modes de culture des terres arables biologique seront assurément confrontés à des problèmes agronomiques, tels que le recyclage des éléments nutritifs et la gestion des mauvaises herbes, qui seront différents de ceux rencontrés sur les exploitations biologiques traditionnelles. Des stratégies, concepts et outils de recherche doivent être conçus et mis en application pour améliorer la conversion de ces " nouveaux " modes de production biologiques afin d'assurer leur viabilité économique et écologique.


Le Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC) a récemment amorcé une recherche effectuée sur plusieurs sites afin d'examiner des stratégies de conversion d'un mode de production conventionnel à un mode biologique, dans un système sans animaux, et d'en comparer la viabilité avec celle d'un système biologique où se retrouvent des ruminants (bœufs, vaches laitières ou moutons) ou des animaux d'élevage monogastriques (porcs ou volailles). L'étude portera également sur les avantages potentiels des plantes fourrages vivaces au point de vue de la gestion de l'azote, du contrôle des mauvaises herbes, de la construction du sol, de la disponibilité des sources d'eau et de la viabilité économique dans un système de culture intensive (avec rotations courtes). En plus de comparer des systèmes agricoles avec ou sans ruminants et animaux monogastriques, la culture des fourrages sera introduite dans les rotations à des taux variables, s'étendant de 25 à 75 % de la rotation. Dans chacune des rotations, une autre variable touchant la gestion des fourrages sera étudiée, incluant : 1) la récolte mécanique du fourrage ; 2) la coupe du fourrage qui sera ensuite placé entre les rangs de plantes cultivées ou de céréales ; et 3) l'enfouissement du fourrage comme engrais vert précédant les semences.

L'étude complète est fondée sur plusieurs résultats intéressants des travaux de recherche Précédents menés à l'université du Manitoba (UM) et au Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse (CANE). Martin Entz, chercheur en modes de culture, et par ses étudiants diplômés de l'UM ont clairement démontré que l'introduction de plantes fourragères vivaces dans les rotations courtes empêche de manière significative la prolifération des mauvaises herbes annuelles et vivaces. Dans le même système, ils ont démontré que l'inclusion de luzerne pendant deux ans dans une rotation de quatre ans (rotation blé-luzerne-luzerne-lin) a éliminé le besoin d'apport supplémentaire en azote pendant les 8 premières années de l'expérience. Les chercheurs ont noté que le système ci-dessus a eu comme conséquence une baisse marquée du taux de phosphore dans le sol. Ces résultats ont été validés plus tard par une évaluation de plusieurs fermes biologiques de l'ouest du Canada. Entz a indiqué que les niveaux de phosphore biologique avaient atteint des niveaux de faiblesse critique dans beaucoup de champs depuis longtemps en culture biologique et qui ne recevaient pas d'engrais de source animale.

Les recherches menées au CANE par Ralph Martin, agronome spécialisé en fourrages, et par ses étudiants diplômés ont fait ressortir le potentiel des couvre-sol pour le contrôle des mauvaises herbes et la disponibilité de sources d'eau. Les niveaux d'humidité étaient constamment plus élevés dans les champs ayant reçu un couvre-sol par rapport à ceux soumis au labourage conventionnel et on n'y a observé aucune différence dans le rendement des pommes de terre et du maïs. Le foin coupé placé entre les rangées cultivées offrirait non seulement l'avantage qu'offre un paillis d'empêcher l'eau de s'évaporer de la surface de sol, mais aussi celui d'éviter la perte d'eau par évapotranspiration comme le ferait une plante-abri, ce qui représente un avantage important dans des régions sujettes à la sécheresse.

Mariant leurs résultats respectifs dans (avantages des fourrages dans les rotations courtes et avantages des paillis), les docteurs Entz et Martin, ainsi que plusieurs collaborateurs à travers le Canada, ont proposé l'idée d'évaluer l'apport des fourrages comme paillis entre les rangs de plantes cultivées ou de céréales. La recherche actuelle devrait déterminer si la présence des animaux d'élevage contribue à une stratégie de transition plus efficace pour les fermes que l'absence d'animaux d'élevage, et le rôle que pourraient jouer les fourrages pour assurer la viabilité des exploitations sans animaux d'élevage.


Av Singh, Ph. D., (coordonnateur de la vulgarisation) et Ralph C. Martin, Ph. D., (directeur) au Centre d'agriculture biologique du Canada, Collège d'agriculture de Nouvelle-Écosse, C.P. Truro, NE, B2N 5E3, téléphone : 902.893.7256/ télécopie : 902.893.3430

 

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