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Analyses de sol dans les systèmes biologiques

Av Singh, Ph.D.

Les agriculteurs qui ne connaissent pas la notion d'analyses de sol sont certainement très peu nombreux. La plupart des agronomes et consultants en agriculture les utilisent quotidiennement. Analyses de sol. Analyses de sol. Analyses de sol. Pourtant, il est étonnant de constater que beaucoup de producteurs, y compris des agriculteurs biologiques, n'utilisent pas l'outil que sont les analyses de sol de manière régulière (une fois que tous les 3 à 4 ans). Quand on tente d'expliquer l'utilisation relativement faible des analyses, on trouve plusieurs raisons. Une minorité de producteurs ne réalise pas les avantages économiques potentiels liés à l'application de fertilisants en fonction des analyses de sol, et perçoit donc celles-ci comme une dépense supplémentaire. Beaucoup d'agriculteurs trouvent difficile d'interpréter des rapports d'analyse de sol faits par les laboratoires, et de nombreux producteurs biologiques considèrent que les rapports conventionnels d'analyses de laboratoire sont frustrants parce qu'ils ne trouvent pas d'application pratique pour leurs systèmes de production. De même, beaucoup de producteurs biologiques de longue date trouvent les analyses de sol limitées et estiment qu'ils font une évaluation superficielle de la santé de sol et représentent un mauvais indicateur du potentiel de production végétale.

En dépit de ces raisons valables (et de quelques mauvaises excuses) la nouvelle ébauche de la Norme biologique nationale (cliquez ici pour prendre connaissance de l'ébauche de cette norme), exige que des analyses de sol soient faites à tous les trois ans. Actuellement, effectuer des analyses de sol régulières représente une condition obligatoire pour quelques organismes de certification biologiques, alors que d'autres exigent des échantillons de sol moins fréquents, par exemple lors de la première demande de certification, ou seulement quand un nouveau champ est mis en production. Cet article survole quelques principes généraux d'analyse de sol et souligne certains progrès dans l'évaluation de la santé des sols à la disposition des producteurs biologiques.

De quoi ai-je besoin pour faire une analyse de sol ?
Le prélèvement de l'échantillon de sol est l'une des étapes les plus importantes de l'analyse de sol. Le matériel type requis comprend une sonde ou une pelle, un seau (de préférence fait de plastique ou de métal non galvanisé), des boîtes ou des sacs (souvent fournis par des laboratoires d'analyses de sol), et un marqueur imperméable à l'eau pour identifier les échantillons. Si les boîtes ne sont pas fournies, on peut utiliser des sacs Ziploc.

Combien d'échantillons faut-il, au minimum ?
Un échantillon de sol est plus efficace quand il représente exactement le champ où il a été prélevé. Prélever différents sous-échantillons dans différents secteurs du champ représente une bonne manière d'obtenir un échantillon représentatif. Des carottes échantillons devraient être recueillies à la profondeur du travail de la charrue en 15 ou 20 endroits choisis aléatoirement pour 8 hectares (20 acres). Évitez de prélever des échantillons près de voies de passage, des clôtures, des secteurs très érodés, etc. Ne prélevez pas le sol de secteurs donnant des rendements élevés et des secteurs au rendement faible dans le même échantillon composé, car les recommandations pour chacun de ces secteurs vont varier. Ces considérations peuvent sembler quelque peu pointilleuses, mais il faut garder à l'esprit que chaque petit échantillon de 1 kilogramme représente plus de 20 millions de kilogrammes de sol.

La profondeur du prélèvement dépend quelque peu du mode de régie du champ. Si le champ doit être travaillé seulement sur 5 centimètres (deux pouces) ou s'il s'agit d'un pâturage, alors un échantillon prélevé à une profondeur de 10 centimètres ( 4 pouces) est adéquat. Pour des sols travaillés en profondeur ou labourés, les prélèvements devront être faits à un peu moins de 15 centimètres (6 ¾ pouces). La fertilité des sols diminue généralement proportionnellement à la profondeur atteinte. Ainsi, des échantillons prélevés trop profondément peuvent laisser croire que la fertilité est plus faible qu'elle ne l'est en réalité.

À quel moment et à quelle fréquence dois-je prendre des échantillons ?
Un échantillon de sol prélevé tous les 3 ou 4 ans peut être suffisant pour fournir une indication générale de la fertilité du sol, mais ne donnera pas une analyse détaillée susceptible d'aider à prendre des décisions de régie très précises. Si vous voulez surveiller l'amélioration de l'état du sol d'un champ en particulier ou que vous tentez d'obtenir un produit de très haute qualité, alors une analyse plus fréquente serait recommandée. L'ébauche des nouvelles normes exige des analyses de sol tous les trois ans, mais il faut se rappeler que le prélèvement et l'analyse de l'échantillon ne représentent que la moitié de la tâche. Si les producteurs ne prennent pas le temps ou n'ont pas l'argent nécessaire pour mettre en application les principales recommandations qui accompagnent l'analyse de sol, alors ils ne devraient plus gaspiller de temps ni d'argent pour en effectuer.

La fréquence de l'échantillonnage dépend également du type de sol, de la rotation des cultures et de facteurs climatiques. On observe de plus grandes fluctuations dans les niveaux de nutriments des sols plus sablonneux. Ils nécessitent donc des analyses de sols plus fréquentes. Les cultures telles que le maïs et la luzerne d'ensilage consomment de grandes quantités de potassium, rendant nécessaire d'effectuer davantage d'analyses de sol. Les cultures irriguées rendent nécessaire un échantillonnage plus fréquent. On pourrait donc croire que l'inverse serait vrai pour les sols soumis à des conditions de sécheresse. En fait, les sols très secs doivent être analysés fréquemment en raison du niveau variable d'utilisation de l'azote disponible.

Le sol peut être analysé à n'importe quel moment qui convient, mais on le fait surtout à l'automne, après la moisson. L'analyse d'automne donne assez de temps pour recevoir les résultats du laboratoire et planifier pour la saison de croissance suivante. Souvent, les producteurs biologiques modifient leur rotation de cultures ou choisissent d'y inclure des engrais verts et des cultures en sous-semis en fonction des résultats des analyses de sol.

Comment interpréter mes résultats ?
L'analyse de sol standard (facilement disponible auprès des universités, du gouvernement provincial ou des laboratoires commerciaux) fournit des données touchant le niveau d'éléments nutritifs du sol (N, P, K, Ca, Mg) ainsi que quelques caractéristiques chimiques du sol (matière organique, pH, saturation des bases, et capacité d'échange cationique). Ces paramètres servent de fondement aux recommandations concernant la fertilisation et le chaulage pour la culture suivante. Cependant, l'interprétation des résultats d'une analyse de sol standard pour en tirer des recommandations de fertilisation utiles en production biologiques n'est pas chose facile. Aux États-Unis, il y a plusieurs laboratoires privés et quelques laboratoires publics qui publient des recommandations biologiques ou des formules pour aider à convertir les recommandations conventionnelles en régie biologique. C'est dans ce but que le ministère de l'Agriculture et de la Foresterie de l'Î.-P.-E. a mis sur pieds un programme destiné à aider les producteurs biologiques à mettre au pont un plan de gestion nutritionnel biologique basé sur les recommandations de fertilisation utilisant uniquement des amendements biologiques certifiés. Ces tests présenteront l'avantage supplémentaire de facilité l'identification des sources d'approvisionnement d'intrants autorisés comme la farine de poisson et de crabe, etc...

Beaucoup de producteurs biologiques considèrent que les analyses de sol standard servent à « traiter les symptômes », et désirent trouver de meilleurs outils pouvant aider à évaluer si leurs pratiques agricoles améliorent la santé du sol. Le fait qu'on accorde de plus en plus d'importance à la mesure des paramètres autres que chimiques a mené à la mise au point de plusieurs trousses et de matériel d'analyse à la ferme. Aux États-Unis, on peut trouver des trousses d'analyse de sol à la ferme capables d'évaluer la respiration du sol, sa perméabilité, sa densité apparente, sa conductivité électrique, son pH, son taux de nitrates, sa stabilité structurale, sa désagrégation, l'activité des vers de terre, la profondeur du sol arable, le degré de compaction, le développement des racines, la salinité de l'eau et les niveaux de nitrates/nitrites dans l'eau. En passant en revue la diversité des paramètres sur la qualité du sol énoncés ci-dessus, il ressort que la productivité de la récolte ne constitue pas le seul facteur dont il faut tenir compte. La capacité du sol à résister à l'érosion, les polluants tampons et le cycle des nutriments sont également importants dans l'évaluation de la santé du sol.

Il existe un avantage supplémentaire à favoriser l'utilisation d'indicateurs non chimiques de la santé du sol. L'analyse standard de sol a efficacement démontré l'importance des macronutriments dans la productivité des récoltes. Les connaissances de plus en plus grandes que possèdent les agriculteurs au sujet de paramètres du sol tels que sa structure biologique et son taux d'activité peuvent mener à l'adoption de pratiques agricoles plus innovatrices qui favorisent un système de sol bien équilibré.

Pour obtenir plus d'information, veuillez contacter le Centre d'agriculture biologique du Canada au 902-893-7256 ou par courriel au oacc@nsac.ca

 

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