
Aux racines de l’agriculture
par Andy Hammermeister, Ph.D., P.Ag.
Alors que nous semblons attendre de la technologie et de la manipulation
biologique qu’elles résolvent nos problèmes agricoles,
aurions-nous oublié la technologie inhérente à la
nature elle-même? À la conférence annuelle tenue récemment
par les associations américaines d’agronomie, de science
du sol et de phytotechnie, j’ai été frappé
par les efforts de certains pour creuser la question.
Un exposé –– « The Roots of the Second Green
Revolution » –– par Jonathon Lynch, de la Pennsylvania
State University (SSSA Howard M. Taylor Memorial Lectureship) s’est
articulé autour de l’idée suivante : Avant la première
révolution verte, le rendement des cultures était en partie
limité par la fertilité du sol, même si les cultures
qui bénéficiaient de hauts niveaux d’intrants n’apportaient
guère de solution à cause de leur croissance élevée
et de leur tendance à la verse. En plus d’accroître
les rendements par l’apport de produits chimiques et de fertilisants,
la première révolution verte visait la mise au point de
variétés naines de cultures pouvant bien réagir à
une fertilisation poussée. À bien des égards, la
première révolution verte a réussi. Dans les pays
touchés par la faim, toutefois, 1 enfant sur 7 meurt encore avant
l’âge de cinq ans. L’objectif de la deuxième
révolution verte sera donc d’accroître le rendement
des cultures à des niveaux peu élevés de fertilité
des sols. La plupart des pays du monde dépendent beaucoup de la
production de haricots pour répondre aux besoins alimentaires.
Toutefois, cette production n’atteint que de 15 % à 20 %
des rendements potentiels à cause surtout de la faible fertilité
des sols et particulièrement de la carence en phosphore. La fertilisation
n’a pu répondre totalement à ce problème à
cause des coûts, de l’accessibilité des produits, de
la fixation du phosphore dans le sol, et de l’acidification des
sols. Une solution de remplacement est la sélection de génotypes
de cultures bien adaptés aux terrains dont la teneur en phosphore
est faible. Les variétés modernes de cultures ne sont pas
efficaces parce qu’elles ont été élaborées
pour répondre à des niveaux élevés d’intrants,
et elles sont souvent sensibles à la toxicité de l’aluminium
fréquent dans les sols acides.
Contrairement à d’autres nutriments, le phosphore ne se déplace
pas dans le sol, ce qui signifie que ce sont les végétaux
qui doivent l’atteindre. Par conséquent, la solution repose
sur les racines. Les chercheurs commencent à démontrer que
les rendements de cultures peuvent être accrus de façon notable
en sélectionnant des caractéristiques particulières
de racinement. Elles incluent une plus grande quantité de racines
latérales, des poils racinaires plus denses et plus épais,
et des racines au diamètre plus grand. On peut sélectionner
l’angle, la profondeur et la répartition des racines pour
correspondre à la diffusion du phosphore dans le sol. Des différences
en matière d’aménagement des sols –– comme
les pratiques de labour –– peuvent avoir une influence considérable
sur la localisation du phosphore dans le sol. Cela signifie qu’il
faut des caractéristiques racinaires différentes selon les
différents systèmes d’aménagement des sols
adoptés. Une autre stratégie possible pourrait être
la culture de génotypes ayant des tendances racinaires différentes,
afin de réduire la compétition entre plantes et d’améliorer
l’assimilation du phosphore selon sa répartition dans le
sol.
Lorsqu’un végétal investit dans une production accrue
de racines, il prive d’énergie la production de feuilles
et de graines, ce qui, en retour, diminue le rendement. Une racine ayant
une surface (circonférence) plus grande sera en contact avec plus
de sol et sera donc en mesure d’accéder à davantage
de phosphore. Augmenter la taille des racines pourrait exiger un apport
plus grand d’énergie. Les génotypes efficaces sur
le plan de l’assimilation du phosphore peuvent développer
une biomasse racinaire plus importante pour le même coût d’énergie,
ce qui permet au végétal d’envoyer davantage d’énergie
aux feuilles et aux graines. La solution pourrait résider dans
l’aérenchyme, ce tissu des racines composé de cellules
agissant comme des poches d’air. En accroissant la taille de l’aérenchyme,
on peut augmenter le diamètre des racines sans surcroît notable
de dépense d’énergie. Les différences importantes
entre génotypes que l’on peut observer dans des conditions
de faible fertilité peuvent échapper à l’observation
en conditions de haute fertilité; certains génotypes peuvent
s’adapter aux niveaux de fertilité des sols.
Un problème pourrait se poser avec les génotypes très
efficaces sur le plan du phosphore. S’ils sont si efficaces à
atteindre le phosphore du sol, pourraient-ils éventuellement l’épuiser…
le mettre à sec? Cela pourrait constituer un réel problème
pour la croissance d’autres cultures moins efficaces à extraire
le phosphore. Dans bien des régions du monde frappées par
la famine, les sols en pente perdent annuellement jusqu’à
100 kg de phosphore par hectare à cause de l’érosion.
En moyenne, une bonne récolte de fèves en assimilerait de
2 à 4 kg/ha par an. Une meilleure couverture du sol et une diminution
des pertes dues à l’érosion compenseraient la consommation
de phosphore provoquée par l’agriculture. (L’autre
solution serait d’équilibrer les pertes de phosphore par
un apport issu des eaux usées ou des fumiers d’animaux.)
Les messages clés de cette présentation : il faut des solutions
à faible coefficient de technologie et à faibles niveaux
d’intrants afin de résoudre les problèmes de famine
dans le monde –– la sélection de bonnes caractéristiques
racinaires permettrait peut-être d’obtenir des rendements
plus élevés en cas de faible fertilité. Il en coûte
actuellement 1 million de dollars et plusieurs années pour mettre
au point une nouvelle variété de blé. L’amélioration
génétique en vue d’obtenir des caractéristiques
racinaires particulières serait encore plus coûteuse. Combien
sommes-nous prêts à investir pour mettre fin à la
famine?
Le Dr Andy Hammermeister est associé en recherche au Centre d’agriculture
biologique du Canada (CABC). Veuillez transmettre vos commentaires ou
questions par téléphone au (902) 893-7256 ou par courriel
à ahammermeister@nsac.ca
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