
Travail réduit du sol et engrais vert de mélilot
par Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Selon une nouvelle étude du Centre de recherches de Lethbridge
d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, les producteurs peuvent
« gérer les mauvaises herbes à l’aide du mélilot
dans un système de culture sans travail du sol ». Les chercheurs
Jim Moyer, Bob Blackshaw et Henry Huang ont démontré qu’en
détruisant le mélilot avec un cultivateur à larges
lames et en laissant les résidus à la surface du sol, ils
pouvaient inhiber les mauvaises herbes et, dans certains cas, pour ainsi
dire les éliminer pour le reste de la saison.
Les engrais de légumineuses sont un outil indispensable pour améliorer
la fertilité des sols et éliminer les mauvaises herbes.
Traditionnellement, les producteurs biologiques hersaient ou cultivaient
pour détruire les engrais verts et les intégrer au sol.
L’étude de Lethbridge pose la question à savoir si
les engrais verts peuvent s’intégrer à un système
qui perturbe moins les sols.
Le mélilot a été détruit à l’aide
d’un cultivateur à larges lames qui perturbe moins le sol
et laisse sur pied la culture détruite. Les résidus de mélilot
ont été soit enlevés de la surface du sol ou laissés
sur la surface du sol. Cinq types de mélilot ont été
utilisés dans le cadre de l’étude, notamment le mélilot
jaune et le mélilot blanc à teneur faible ou élevée
de coumarine. Le mélilot a été ensemencé avec
le blé dans sa première année. Il a été
détruit au cours de la deuxième année, soit au stade
du bouton jusqu’à 20 % du stade de floraison (début
juin) ou à 70 % de pleine floraison (fin juin ou début juillet).
Durant l’année de semis, le mélilot jaune a produit
davantage de biomasse que le mélilot blanc. Le mélilot est
la seule variété qui a inhibé les mauvaises herbes
de manière significative au cours de l’année de semis;
la biomasse des mauvaises herbes avec le mélilot était inférieure
à la moitié de ce qu’elle était sans le mélilot.
Bien que le mélilot blanc n’ait pas inhibé le rendement
du blé durant la première année, le mélilot
jaune, lui, a donné lieu à un rendement inférieur
du blé de 12 % à 20 %.
Les populations de mauvaises herbes utilisées dans les essais
du Centre de Lethbridge comprenaient la sagesse-des-chirurgiens, le tabouret
des champs, la laitue scariole et l’avoine folle. La plupart de
ces mauvaises herbes ont été inhibées par la croissance
de la plupart des types de mélilot, mais certaines combinaisons
étaient moins efficaces que d’autres. Par exemple, le mélilot
Norgold a pu inhiber la laitue scariole, mais pas la sagesse-des-chirurgiens
ou le tabouret des champs.
Les résidus de mélilot laissés à la surface
du sol après sa destruction à 70 % du stade de floraison
ont inhibé la croissance de nouvelles adventices annuelles, plus
particulièrement le chénopode blanc et les cultures annuelles
d’hiver qui apparaissent en automne. L’inhibition des mauvaises
herbes était à son meilleur lorsque la croissance du mélilot
était dense ou que la couche des résidus de mélilot
était épaisse.
Dans cet essai, le mélilot n’a pas accru la disponibilité
en azote au-delà de la normale dans les parcelles cultivées
et laissées en jachère. En général, la disponibilité
de l’azote était supérieure après que le mélilot
avait été enrayé par la culture. Cela donne à
penser que les résidus qui reposent à la surface ne confèrent
pas autant de disponibilité en azote que ceux qui sont incorporés
au sol par le travail.
Dans l’étude de Lethbridge, le mélilot n’a
pas augmenté la disponibilité en phosphore dans le sol.
Les résultats auront pu différer si les chercheurs avaient
utilisé un sol à faible disponibilité en phosphore
pour l’essai.
L’humidité utilisée par le mélilot diffère
d’année en année. Dans certains cas, le mélilot
a utilisé jusqu’à 10 mm d’humidité dans
le sol comparativement aux essais sans mélilot. Le rendement du
blé qui a suivi le mélilot n’a pas été
affaibli par la perte d’humidité, même durant l’année
de sécheresse. L’humidité utilisée par le mélilot
en croissance était compensée par la couche de résidus
qui a permis de réduire la perte d’humidité dans le
sol. D’autres études donnent à penser que les engrais
verts devraient être éliminés avant la mi-juin afin
d’éviter la perte excessive d’humidité durant
les années de faible humidité.
Les mauvaises herbes dans la culture de blé qui suivait celle
de l’engrais vert étaient en général moins
denses lorsque le mélilot avait été éliminé
à 70 % du stade de floraison et que les résidus avaient
été laissés à la surface du sol. Le Yukon
à haute teneur en coumarine et le mélilot jaune ont produit
une importante biomasse et ont pu inhiber les mauvaises herbes de manière
constante, tant au cours de l’année de culture du mélilot
qu’au cours de l’année suivante.
L’engrais vert idéal peut inhiber les mauvaises herbes,
procurer suffisamment d’azote pour la culture suivante, fournir
un couvert végétal pour réduire l’érosion
du sol et récupérer l’humidité qu’il
a utilisée durant sa croissance. Il correspond également
au système cultural recherché. Traditionnellement, les producteurs
biologiques des prairies utilisaient le plus souvent le mélilot
comme engrais vert.
L’étude de Lethbridge donne à penser que les producteurs
biologiques pourraient trouver de nouveaux moyens pour intégrer
le mélilot à leurs systèmes de travail réduit
du sol.
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est associée principale, Recherche
et vulgarisation, Centre d’agriculture biologique du Canada de l’Université
de la Saskatchewan. Elle vous invite à lui faire part de vos commentaires
par téléphone au 306-966-4975 ou par courrier électronique
à organic@usask.
Références
Moyer, J. R., Blackshaw, R. E. et Huang, H. C. 2007. « Effect of
sweetclover cultivars and management practices on following weed infestations
and wheat ». Can. J. Plant. Sci. 87 : 973–983.
English
Affiché en septembre 2008
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