
Coup d’œil sur les légumineuses des Prairies
Par Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Les légumineuses (grains secs de légumes alimentaires)
sont reconnues comme excellente source de protéine, d’amidon,
de fibre et de vitamines et sont considérées comme élément
sain d’un régime équilibré. Ces légumes
sont appréciés comme aliment du bétail à forte
teneur en protéine, que ce soit sous forme de graines, de pacage,
de foin ou d’ensilage. En outre, ils sont excellent pour nourrir
le sol et comme élément sain d’une rotation équilibrée.
Dans les prairies, les légumineuses les plus cultivées
sont les pois de grande culture et les lentilles, bien que des légumineuses
comme les haricots secs, les pois chiches, les féveroles et le
soja aient aussi leur place.
Pois de grande culture
La Saskatchewan a longtemps été le principal
exportateur mondial du pois de grande culture. Il n’est donc pas
étonnant de voir que les agriculteurs biologiques des prairies
se tournent souvent vers les pois de grande culture, verts et jaunes,
comme légumineuse dans la rotation. Ces pois sont aussi vendus
comme aliments et comme pâture. Dans l’alimentation, ils sont
surtout utilisés pour la soupe aux pois, bien que des cuisiniers
plus novateurs aient développé un plus grand répertoire
de recettes à base de pois. Les graines de pois contiennent jusqu’à
25 % de protéine brute, ce qui fait qu’elles sont surtout
appréciées pour l’alimentation du bétail. La
plupart des cultures de pois biologiques des prairies est exportée,
notamment vers l’Europe, mais il existe quelques débouchés
locaux, sur les marchés de l’alimentation et de la pâture.
Le pois de grande culture est bien adapté aux terrains noirs et
gris des prairies, où l’humidité est un facteur limitant
et les hautes températures moins fréquentes. Ces pois peuvent
être cultivés dans les régions plus sèches,
à condition d’être semés tôt, pour ainsi
éviter la chaleur excessive au moment de la floraison.
Le pois de grande culture est souvent cultivé à un moment
de la rotation où l’azote est un facteur limitant. Les légumineuses
peuvent s’associer à des bactéries pour extraire l’azote
de l’air, ce qui leur accorde un avantage énorme sur les
mauvaises herbes dans des sols à faible teneur en azote. Les pois
de grande culture supportent aussi très bien la perturbation mécanique.
Lorsqu’ils sont endommagés, les plants de pois sont capables
de repousser à partir de nœuds souterrains. Cela donne un
autre avantage au pois dans les champs remplis de mauvaises herbes, où
la herse, l’arracheur mécanique de mauvaises herbes et la
houe rotative à pointes peuvent être utilisés avec
de bons résultats.
De nombreux producteurs croient que les pois feuillus font une meilleure
concurrence aux mauvaises herbes que les espèces semi-aphylles,
peut-être parce qu’ils laissent passer moins de lumière
à travers le couvert. Les résultats des recherches ne sont
pas probants. Les pois semi-aphylles résistent souvent mieux à
la verse, ce qui peut aussi améliorer la concurrence aux mauvaises
herbes.
Le blanc est une maladie commune du pois de grande culture dans les prairies.
Souvent considéré comme mineur par les agriculteurs, il
peut réduire le rendement de 10 à 15 % en moyenne et la
dissémination des spores pendant la récolte peut présenter
des risques à la fois d’incendies et d’allergies à
la poussière céréalière. La meilleure façon
d’éviter le blanc est de sélectionner un cultivar
résistant. Le pois de grande culture est relativement peu sensible
à l’attaque des insectes et n’est pas l’aliment
préféré des sauterelles.
Le pois de grande culture peut être utilisé comme fourrage
au stade précoce de la floraison, ou sur chaume, pour le pacage
d’hiver. Ces pois peuvent aussi fournir un engrais vert très
utile. Habituellement, l’élément végétal
est intégré dans le sol au début de la floraison.
Avec une humidité adéquate, le pois de grande culture peut
donner plus de 170 livres d’azote à l’acre. Les petits
pois, comme le pois fourrager 4010 sont disponibles à prix plus
faible à l’acre.
Lentilles
Les lentilles ont été introduites dans les
prairies canadiennes relativement récemment. Depuis ses débuts
modestes dans les années 1970, la production de lentilles a affiché
une telle hausse que la Saskatchewan est maintenant le plus grand exportateur
de lentilles du monde. Les agriculteurs biologiques produisent plusieurs
types de lentilles, notamment des lentilles vertes grosses, moyennes et
petites, des lentilles françaises vertes et des lentilles rouges.
Les lentilles sont surtout cultivées pour la consommation humaine.
Le dhal, ou purée de lentilles, est l’un des principaux produits
de l’Inde. Les recettes de lentilles ne manquent pas et vont des
soupes et des salades aux plats en cocotte et produits de boulangerie.
Vu qu’elles sont petites et plates, elles cuisent rapidement. Les
lentilles contiennent en moyenne 22 % de protéine et sont une importante
source de fibre, de vitamine A et de plusieurs sels minéraux.
Les lentilles conviennent aux terres brunes et noires des prairies. Elles
tolèrent bien la sécheresse et mal les inondations et les
sols engorgés d’eau. Les lentilles, comme les pois, peuvent
obtenir de l’azote par leur association avec des bactéries.
Les lentilles sont des plantes basses, bien connues pour ne pas faire
une bonne concurrence aux mauvaises herbes. Il vaut mieux les cultiver
dans l’étape de la rotation où les mauvaises herbes
sont sous contrôle, après de forts concurrents comme le seigle
d’automne, l’avoine ou l’orge ou un engrais vert. Le
hersage des lentilles est possible, mais ces dernières sont plus
fragiles que les pois de grande culture.
L’amélioration génétique des lentilles dans
les prairies s’est concentrée sur la résistance aux
maladies et la qualité. Aujourd’hui, il est possible de trouver
des variétés, notamment de lentilles rouges, qui ont une
double résistance à l’ascochyta et à l’anthracnose.
En dehors de ces variétés, la maladie peut se gérer
par la rotation, l’isolation et la qualité des semences.
Les lentilles sont très sensibles aux sauterelles, particulièrement
destructrices à la floraison. Il n’est pas conseillé
de cultiver des lentilles les années où les risques de sauterelles
sont élevés.
D’une manière générale, les lentilles ne sont
pas cultivées comme plantes fourragères; la paille est d’une
excellente qualité alimentaire, mais les quantités produites
sont faibles. La très petite lentille noire a été
développée comme engrais vert. Avec une humidité
adéquate, elle peut donner jusqu’à 130 livres d’azote
par acre, à un coût relativement faible à l’acre.
Haricots secs, pois chiches et soja
Les producteurs biologiques ne cultivent en fait que quelques
acres de haricots secs, de pois chiches et de soja dans les prairies.
Les haricots secs et les pois chiches sont utilisés presque exclusivement
pour l’alimentation humaine, les haricots surtout dans la soupe
et le chili, les pois chiches, surtout dans l’humus, les falafels,
les salades et la farine. Le soja est utilisé dans l’alimentation
humaine et du bétail.
Ces légumineuses spéciales exigent des soins spéciaux.
La culture du haricot sec est limitée par la température.
Les plants sont très sensibles au gel à l’étape
des semis et de la grenaison et ont besoin de chaleur pour se développer.
De la même façon, le soja a besoin d’une saison plus
chaude et plus longue que celle qui règne habituellement dans les
prairies. Il s’agit de deux cultures très intéressantes,
mais à haut risque. Le pois chiche est mieux adapté aux
sols brun et brun foncé plus secs des prairies. Un problème
important, en ce qui concerne le pois chiche, est sa sensibilité
aux maladies, notamment à l’ascochyta. Les producteurs biologiques
utilisent des stratégies de prévention des maladies comme
des semences propres, la rotation et l’isolation pour réussir
avec cette plante difficile.
Féverole
La féverole est actuellement cultivée sur
quelques acres des prairies, mais les travaux récents d’amélioration
génétique peuvent modifier cette situation. Les producteurs
n’ont pas pu bénéficier des avantages de la féverole
car il s’agit d’une grosse graine et que cela se traduit par
des coûts élevés. L’objectif consiste à
réduire la taille de la graine à celle du pois, avec une
possibilité d’ensemencement d’un boisseau à
l'acre.
La féverole offre d’énormes possibilités comme
engrais vert. Avec une humidité adéquate, la féverole
et les bactéries avec lesquelles elle s’associe peuvent fixer
autant d’azote qu’un peuplement établi de luzerne ou
de mélilot, soit environ 270 livres d’azote à l’acre.
La plupart des légumineuses utilisent l’azote disponible
dans le sol avant de s’associer pour le fixer. Selon Bert Vandenberg,
sélectionneur de légumineuses au Crop Development Centre
de Saskatoon, la féverole produit toujours un équilibre
positif d’azote; elle ajoute toujours de l’azote de la fixation
et est l’espèce fixatrice d'azote la plus efficace de toutes
les légumineuses.
La féverole peut très bien convenir aux assolements souples,
dans les régions fraîches et humides à sol noir ou
gris. La plante résiste bien au gel et peut être hersée
lorsqu’elle atteint 5 à 15 cm de hauteur. La féverole
est une excellente plante fourragère ou un ensilage à forte
teneur en protéine. Si la plante est mise en andains pour le fourrage
ou l’ensilage au début d’août et s’il y
a une humidité en fin de saison, elle peut continuer de croître
et de fixer l’azote jusqu’à l’automne. Mais si
elle monte en graines, elle contient en moyenne 30 % de protéine.
Bert Vandenberg indique que les sauterelles se « régalent
» de la féverole et indique qu’elle pourrait faire
une excellente culture-appât pour les lentilles. Le producteur pourrait
semer ses lentilles comme d’habitude dans une région sensible
aux sauterelles, puis semer un peu plus tard les féveroles. Au
moment où les sauterelles causent le plus de dommage aux lentilles,
c’est-à-dire pendant la floraison, elles seraient beaucoup
plus attirées par les féveroles, ce qui les éloigneraient
des lentilles. Des variétés peu coûteuses de féveroles
à petites graines seront bientôt disponibles. Les producteurs
biologiques les trouveront peut-être tout simplement fabuleuses.
Conclusion
Les légumineuses, en association avec des bactéries, peuvent
extraire l’azote de l’air qui se trouve dans le sol et l’intégrer
dans le tissu végétal. Grâce à cette interaction
vitale, nous obtenons un aliment précieux à forte teneur
en protéine pour nous, pour le bétail et pour le sol. Dans
les prairies, plusieurs options permettent d’exploiter les possibilités
des légumineuses.
Cet article a été publié à l’origine
par Canadian Organic Growers
(COG)
Reproduit avec autorisation.
English version
Affiché en décembre
2007
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