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Sélection de plant et production de semences biologiques : importance et défis

Av Singh, Ph.D.

La norme nationale du Canada pour l'agriculture biologique a été récemment mise à jour par le Conseil des normes du Canada et on peut en consulter. On peut y remarquer des changements importants au niveau de la gestion des fumiers et du bien-être des animaux, et on a modifié un aspect qui risque d'avoir une incidence sur l'ensemble du secteur biologique, soit les règlements sur la provenance des semences et des plants (section 6, paragraphe 6.3). Comme on pouvait s'y attendre, la norme proposée encourage le choix de variétés adaptées aux conditions locales présentant une bonne résistance aux parasites et aux maladies communes dans la région. Cependant, les nouvelles révisions limitent l'utilisation des graines qui ne proviennent pas de la production biologique. Les agriculteurs devront utiliser des semences, bulbes, tubercules, boutures, plantules annuelles, greffons biologiques certifiés lorsqu'ils sont disponibles. Les changements suggérés sont conformes à un règlement semblable du programme biologique national (PBN) du ministère de l'Agriculture des États-Unis, mais sont moins restrictifs que le règlement européen, qui déclare qu'à partir du 31 décembre 2002 (date qui a été repoussée plusieurs fois), tous les sujets de propagation employés en l'agriculture biologique doivent être d'origine biologique.

Peu nombreux sont ceux qui prétendraient que les semences biologiques ne sont pas essentielles à l'agriculture biologique. Il semble logique que les graines biologiques constituent l'un des éléments qui font l'intégrité des systèmes agricoles biologiques complets. Cependant, la sélection de plantes biologiques et la production de semences sont tout à fait limitées dans leur développement.

Besoins en matière de sélection de plantes biologiques
Jusqu'ici, l'agriculture biologique dépend toujours fortement de la sélection de plantes conventionnelles. Les programmes de sélection de plantes tournent de plus en plus autour de la technologie génétique (par exemple, les organismes génétiquement modifiés), remettant de ce fait en question la dépendance du secteur biologique envers la sélection conventionnelle. D'ailleurs, par le passé, les efforts de sélection faits par le secteur conventionnel se sont en grande partie développés en réponse à la demande provenant de la production agricole intensive (c.-à-d., rendements accrus grâce à la dépendance à l'égard des intrants d'engrais et de pesticides synthétiques). Ainsi, l'agriculture biologique, qui appuie une philosophie favorisant les principes d'autorégulation du sol, des plantes et des animaux, exige une stratégie de sélection distincte. Les agriculteurs biologiques ont besoin de variétés qui répondent bien aux conditions spécifiques du sol et à sa fertilité (c.-à-d., des variétés rustiques qui s'adaptent aux variations du sol des fermes). Les agriculteurs biologiques, davantage que les agriculteurs conventionnels, apprécient les variétés qui se développent lorsque le niveau de fertilité est faible (efficacité nutritionnelle), qui contribuent sensiblement à la réduction des mauvaises herbes, qui ont une résistance élevée à la maladie et aux parasites et, souvent, offrent une qualité de produits unique (par exemple, saveur, couleur).

Les différentes exigences envers certaines caractéristiques propres aux variétés soulignent clairement l'importance de sélectionner et de développer des variétés appropriées pour la production agricole biologique dans des conditions biologiques. Dans plusieurs circonstances, les variétés qui donnent de bons résultats dans les systèmes biologiques donnent des rendements différents de ceux des variétés qui sont efficaces sous régie conventionnelle. Il convient également de noter que la sélection biologique ne devrait pas se limiter à reproduire des variétés qui ont été produites par le système conventionnel et à vendre ces dernières sur le marché biologique. L'avenir de la sélection biologique peut en fait inclure des « variétés biologiques » développées seulement à l'intention de l'agriculture biologique. De tels programmes restreindraient, sinon interdiraient, plusieurs techniques de sélection comprenant le génie génétique, la stérilité masculine cytoplasmique et les mutations induites, ce qui limiterait encore plus la production de certaines variétés et, peut-être de certains types de cultures.

Besoins en matière de production de plantes biologique
L'ébauche de réglementation stipule : « Les semences et plants obtenus de manière non biologique exempts des substances interdites peuvent être employés lorsqu'une variété équivalente produite biologiquement n'est pas facilement disponible à l'intérieur de l'entreprise même ou auprès d'autres sources (c.-à-d., dans le commerce). » Les semences biologiques qu'on trouve dans le commerce coûtent habituellement sensiblement plus cher que les mêmes variétés produites de manière conventionnelle. À présent, le nombre de grainetiers qui produisent des semences biologiques est limité et ils produisent souvent uniquement des variétés adaptées à leur région. Certains producteurs biologiques ont été déçus de la vigueur et de la qualité des semences biologiques et ont investi dans la production de leurs propres semences.

Traditionnellement, les agriculteurs conservaient une partie de leurs récoltes pour semer et en vendaient temps en temps à leurs voisins. Si les règlements rédigés sont adoptés, cette pratique prendra invariablement de l'ampleur et deviendra potentiellement une source viable de revenus supplémentaires pour beaucoup d'agriculteurs biologiques. Cependant, on doit tenir compte de quelques facteurs importants. D'abord, plusieurs des variétés développées par le marché conventionnel sont brevetées ou protégées par la loi de protection des obtentions végétales et ne peuvent être reproduites et vendues que par des entreprises autorisées à produire ces graines. Un agriculteur peut conserver assez de graines d'une variété protégée pour son usage personnel, mais ne peut en vendre à ses voisins. Une autre restriction à la production de semences à la ferme peut être la condition que les graines utilisées pour la production biologique doivent être certifiées biologiques. Par le passé, les producteurs biologiques comptaient souvent sur des champs en transition pour produire des semences « biologiques », non seulement pour tendre de plus en plus vers l'autosuffisance, mais comme moyen pratique de prouver que la récolte en transition était gardée séparée de la récolte biologique. Mais, en vertu de la formulation actuelle du nouveau règlement, cette pratique serait interdite, si une source de graines biologiques d'accès facile existe.

Rôle du Centre d'agriculture biologique du Canada
Actuellement, le coordonnateur de la recherche du CABC, Derek Lynch, en collaboration avec le Dr Hans Nass, chercheur à Agriculture et Agroalimentaire Canada, travaille à une évaluation à la ferme de plusieurs variétés d'orge dans des conditions biologiques. La recherche est effectuée sur plusieurs sites dans chacune des trois provinces Maritimes. Des variétés provenant du marché conventionnel sont évaluées pour leur rendement et leur résistance aux maladies (le charbon, la tache helminthosporienne, la fusariose), comme le font les essais provinciaux de variétés. La stabilité régionale du rendement et le classement de toutes les variétés dans tous les sites de recherche seront affichés sur le site Web du CABC à une date ultérieure. Cette recherche représente une épreuve préliminaire pour déterminer quelles variétés conventionnelles donnent les meilleurs résultats dans le climat humide de l'est du Canada.

Le CABC travaille à coordonner une étude semblable dans l'ouest du Canada avec le Dr Dean Spaner, horticulteur à l'Université de d'Alberta, et le Dr Steve Shirtliffe, chercheur sur les systèmes de culture de l'Université de la Saskatchewan. Nous encourageons également les agriculteurs biologiques à communiquer directement avec le CABC pour exprimer leurs besoins en matière de recherche, concernant la sélection des variétés et la production de graines de semences, ou tout autre secteur de l'agriculture biologique.

Récolte de l'orge biologique sur un site de recherche à la ferme de Parrsboro, N.-É. Variétés conventionnelles cultivées avec des méthodes biologique.

Récolte de l'orge biologique sur un site de recherche à la ferme de Parrsboro, N.-É. Variétés conventionnelles cultivées avec des méthodes biologique.


Pour obtenir plus d'information, veuillez contacter le Centre d'agriculture biologique du Canada au 902-893-7256 ou par courriel : oacc@nsac.ca.


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