
Le cyclage et le recyclage sont les clés de la gestion du phosphore
Par Joanne Thiessen-Martens
Une bonne gestion du phosphore (P) dans les fermes biologiques repose
sur deux approches complémentaires : l’une consiste à
recycler dans le système les éléments nutritifs exportés
et l’autre, à aider les cultures à accéder
au P du sol puis à le retourner dans le sol.
Dans des recherches récentes effectuées dans le cadre de
l’étude à long terme sur les rotations de Glenlea
à l’Université du Manitoba, l’épandage
de fumier composté de bovin dans une rotation de plantes fourragères
biologiques a accru les teneurs en P du sol et permis d’obtenir
des rendements plus élevés dans les cultures de céréales
effectuées par la suite.
Cathy Welsh, une étudiante diplômée du laboratoire
d’écologie des sols du département de science des
sols, a comparé les effets des rotations des cultures sur la dynamique
du P du sol dans des systèmes biologiques et conventionnels dans
l’étude Glenlea. Créée en 1992, l’étude
Glenlea consiste à comparer la productivité et la durabilité
des rotations des cultures annuelles et fourragères dans des conditions
de gestion biologiques et conventionnelles.
Welsh a découvert que la quantité de P disponible pour
les cultures (P d’analyse du sol) était influencée
par le choix du système de gestion et la rotation des cultures.
La teneur en P du sol disponible était plus faible dans les rotations
des cultures des systèmes biologiques que dans les rotations des
systèmes conventionnels dans lesquels des engrais aux phosphates
étaient utilisés. Dans les rotations des systèmes
biologiques, la teneur en P du sol disponible était minimale dans
les rotations de plantes fourragères (blé – luzerne
– luzerne – lin) et maximale dans les rotations annuelles
des céréales (blé – pois – blé
– lin). La teneur en P du sol disponible dans les rotations des
plantes fourragères qui avaient reçu un épandage
de fumier composté était intermédiaire entre celles
des deux rotations.
Le système des plantes fourragères biologiques épuisait
non seulement les formes de P les plus disponibles pour les plantes, mais
aussi les formes qui ne sont que légèrement disponibles
pour les plantes. Les résultats de Welsh sur les formes de phosphore
du sol ont fait l’objet d’une analyse plus détaillée
dans un article antérieur de la présente chronique (date).
Deux facteurs principaux ont contribué à créer la
différence de teneur en P du sol disponible entre les rotations
annuelles et des plantes fourragères. D’abord, de grandes
quantités de P ont été retirées de la rotation
des plantes fourragères lorsque les cultures de foin de luzerne
ont été récoltées. La récolte d’une
culture de foin de luzerne de 2,5 tonne/acre enlève environ 2,5
fois la quantité de phosphore retirée par la récolte
d’une culture de blé de printemps de 30 boisseaux/acre! Ensuite,
les rendements du blé et du lin étaient plus élevés
dans la rotation des plantes fourragères que dans les rotations
annuelles en raison de l’apport d’azote fourni par la phase
de luzerne de deux ans. En raison des rendements plus élevés
des céréales, plus de P a été retiré
du système.
À l’automne de 2002, après que l’épuisement
du P disponible ait été observé dans la rotation
des plantes fourragères, du fumier composté a été
épandu sur la moitié de chaque parcelle dans la rotation
des plantes fourragères à un taux de 4,5 tonne/acre. Cet
épandage de fumier a remplacé près de la moitié
du P total retiré du système de fourrage biologique entre
1992 et 2005, d’après les mesures du P du sol que Welsh a
effectuées. L’ajout de fumier a aussi accru les rendements
du blé de 32 % dans la rotation des plantes fourragères
biologiques en 2004, probablement en raison des teneurs plus élevées
en P disponible, étant donné que les teneurs en N fournies
par les analyses du sol étaient déjà adéquates.
L’épandage de fumier composté est un moyen efficace
d’ajouter du phosphore au système ou, plus exactement, de
recycler le P dans le système après qu’il ait été
exporté sous forme de foin et consommé par les bovins. Le
fait d’épandre du fumier plus souvent ou de laisser les bovins
retourner les éléments nutritifs au système eux-mêmes
en broutant les touffes de luzerne contribuerait à prévenir
l’épuisement du P et à maintenir les rendements des
cultures dans un système fondé sur les plantes fourragères.
Le recyclage du phosphore par le bétail peut se produire à
l’échelle de la ferme ou à une échelle régionale.
Le fumier peut être transporté des exploitations de bétail
aux champs de céréales ou de foin ou le bétail peut
être envoyé temporairement dans des fermes sans bétail
pour le broutage et le dépôt des éléments nutritifs,
à condition que les exigences des organismes de certification du
biologique soient respectées.
Là où il n’y a pas de fumier, des boulettes de luzerne
et de la cendre de bois peuvent être utilisées comme sources
externes d’éléments nutritifs, bien que l’on
ne sache pas vraiment si ces produits fonctionnent bien comme engrais
au P. L’ajout de phosphate naturel contribue peu à l’accroissement
des teneurs en P disponible sur nos sols de prairie au pH élevé.
Bien que le remplacement du P exporté soit essentiel pour la gestion
à long terme du P, il y a aussi des pratiques agronomiques qui
peuvent aider les plantes à accéder au phosphore et accroître
le recyclage biologique, ou biorecyclage, du P entre les plantes et le
sol.
Les rotations de légumineuses et de sarrasin accroissent la disponibilité
du P en produisant des acides qui brisent les liaisons qui unissent le
P aux autres composés du sol. Les inoculats fongiques comme Jumpstart
fonctionnent un peu de la même façon en tentant d’accroître
la libération de P dans le sol par l’activité fongique.
Les mycorhizes présents à l’état naturel s’associent
à de nombreuses cultures, y compris le lin, le maïs, les légumineuses
et les céréales et aident la plante à assimiler le
P qui est déjà disponible mais hors de portée. Welsh
a trouvé que les rotations biologiques accroissaient la présence
de ces champignons bénéfiques, tant en nombre qu’en
diversité. Les inoculats commerciaux de mycorhizes comme Myke Pro
pourraient accroître la colonisation par les mycorhizes dans les
cultures où les populations naturelles de ces champignons sont
faibles.
Bien qu’il reste beaucoup de travail à faire pour remédier
à l’épuisement du phosphore dans les fermes biologiques,
il est clair que des pratiques comme l’épandage du fumier
et la promotion du biorecyclage naturel du phosphore sont des outils utiles
pour la gestion du phosphore.
Joanne Thiessen Martens est une associée de recherche et de diffusion
du Centre d’agriculture biologique du Canada qui travaille en collaboration
avec le Dr Martin Entz à l’Université du Manitoba.
Elle recevra volontiers vos commentaires au 204-474-6236 ou par courriel
à l’adresse j_thiessen_martens@umanitoba.ca. La production
de cet article a été financée en partie par un financement
d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.
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Affiché en janvier 2009
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