
Des inquiétudes au sujet des carences en phosphore?
Par Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Une récente étude effectuée dans plusieurs fermes
biologiques de la Saskatchewan par Diane Knight et Steve Shirtliffe montrent
que leurs sols sont déficients en phosphore assimilable. Des études
à long terme sur les rotations, comme celles effectuées
à Scott (SK) et Glenlea (MB), indiquent également que la
carence en phosphore devient inquiétante dans les parcelles cultivées
de manière biologique. De plus, les recherches portant sur des
exploitations laitières biologiques de l'Ontario par Derek Lynch
et d'autres chercheurs relèvent également une faiblesse
du taux de phosphore du sol. Les producteurs biologiques devraient-ils
s'en inquiéter?
Le phosphore est un élément nutritif essentiel pour les
plantes. Les plantes en ont besoin pour absorber l'énergie du soleil
et, comme les animaux (incluant les humains), elles ont besoin du phosphore
pour effectuer les transferts d'énergie et former les membranes
des cellules ainsi que le matériel génétique. Lorsque
les récoltes sont exportées de la ferme, d'importantes
quantités de phosphore sont perdues. L'Institut canadien des engrais
estime qu'une récolte de blé de 40 boisseaux à l'acre
prélève 25 livres à l'acre de phosphore, et
qu'une récolte de pois de 50 boisseaux à l'acre
en soutire environ 35 livres à l'acre.
À la différence de l'azote, qui peut être littéralement
extrait de l'air (avec l'aide de microorganismes appropriés), le
phosphore provient des roches. Si on retire continuellement du phosphore,
il peut éventuellement être nécessaire de s'en
procurer de sources extérieures à la ferme pour contrebalancer
le déficit créé par les exportations de céréales
ou de viande. L'usage de certains phosphates naturels est approuvé
en agriculture biologique.
Le phosphore est relativement abondant dans nos sols, mais seulement une
petite proportion est présente sous forme soluble que les plantes
et les microorganismes peuvent assimiler, soit le phosphore « disponible
» qu'on retrouve dans les analyses de sol types. La majeure
partie du phosphore du sol est présent sous forme rocheuse ou de
minerais. Dans le sol des prairies, il est généralement
lié au calcium dans des complexes chimiques. Ces complexes, appelés
apatites, peuvent être décomposés chimiquement afin
de libérer des ions de phosphate, mais ce processus naturel est
très lent dans les conditions qui prévalent dans les prairies.
Les carences en phosphore disponible dans les sols sous régie biologique
contrôlés indiquent que les cultures prélèvent
les phosphates aussi rapidement qu'ils sont libérés des
roches. Cela permet également de supposer que la croissance des
plantes peut être limitée par la rapidité avec laquelle
les phosphates deviennent disponibles.
Évidemment, le sol est beaucoup plus que des roches qui se décomposent.
Une importante part du phosphore du sol est liée dans des molécules
organiques, dans les matériaux biologiques morts et vivants du
sol. Les légumineuses sont très efficaces pour prélever
le phosphore à mesure qu'il devient disponible. C'est
pourquoi leurs résidus peuvent être très riches en
phosphore. Certaines mauvaises herbes, comme le kochia, sont également
efficaces pour accumuler le phosphore, ce qui en fait de bons engrais
verts pour enrichir le sol en phosphore. Le fumier des animaux est particulièrement
riche en phosphore.
Le phosphore suit un cycle biologique à travers trois puits de
phosphore : les apatites, les ions de phosphate et les composés
biologiques. Les ions de phosphate sont libérés des roches
et assimilés par les plantes, transférés aux animaux
lorsqu'ils mangent les plantes, et retournés au sol par le biais
des déjections animales et du corps des plantes et animaux qui
meurent. Les microorganismes du sol décomposent ces matières
organiques et les retransforment en phosphates que les plantes peuvent
assimiler.
Les microorganismes jouent de nombreux rôles essentiels dans plusieurs
étapes du cycle du phosphore. Certains microorganismes, particulièrement
des champignons connus sous le nom de mycorhizes à arbuscules,
s'associent aux plantes d'une manière qui leur donne un meilleur
accès au phosphore. Certains microorganismes décomposent
la matière organique, libérant et recyclant ainsi les phosphates.
D'autres encore produisent des substances chimiques qui réagissent
avec l'apatite (le complexe de produits chimiques formé de calcium
et de phosphore qui rend le phosphore non assimilable), libérant
des phosphates. Certains de ces derniers types de microorganismes ajoutent
des acides au sol, rendant le phosphore plus soluble. D'autres agissent
sur le calcium, formant des complexes qui libèrent le phosphore.
Notre compréhension de la biologie du sol demeure incomplète,
mais nous savons qu'il est possible d'en favoriser l'activité
microbienne en réduisant l'apport de produits chimiques toxiques
et le travail du sol et surtout en augmentant la quantité de matière
organique dans le sol, ce qui nourrit les microorganismes.
Lorsqu'on utilise des engrais synthétiques phosphatés,
on a peut-être moins besoin de s'intéresser au cycle biologique
du phosphore. Cependant, le cycle biologique du phosphore revêt
une importance vitale pour la durabilité d'une exploitation biologique.
Le phosphore « disponible » au printemps peut être un
facteur moins critique dans les systèmes biologiques s'il y a beaucoup
de matière organique susceptible de favoriser une activité
microbienne intense. Les microorganismes sont en mesure de rendre davantage
de phosphore assimilable tout au long de la saison de croissance, et les
périodes de grande croissance des plantes coïncident généralement
avec les périodes d'intense activité microbienne.
Le défi consiste à trouver des méthodes et des systèmes
qui accélèrent le cycle du phosphore. Les chercheurs du
Centre d'agriculture biologique du Canada poursuivent leurs travaux.
Je tiens à remercier Jeff Schoenau et Diane Knight, pédologues
à l'université de la Saskatchewan, pour avoir partagé
leurs connaissances avec moi alors que j'explorais ce thème.
Brenda Frick, pH.D., P.Ag., est la coordonnatrice pour les Prairies du
Centre d'agriculture biologique du Canada au Collège d'agriculture
de l'Université de la Saskatchewan. Elle apprécierait
recevoir vos commentaires au 306-966-4975 ou par courriel : brenda.frick@usask.ca.
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