
Solutions prometteuses pour la lutte contre les ravageurs dans les systèmes
biologiques
Av Singh, Ph.D.
L'agriculture biologique croit en l'importance d'édifier
des sols sains en utilisant du compost et des engrais verts, la rotation
des cultures (incluant les cultures en sous semis et les cultures intercalaires),
et en intégrant la production végétale avec l'élevage.
Ces modes de régie font également office de principal moyen
de défense contre les ravageurs. Les ravageurs se définissent
simplement comme les insectes, les mauvaises herbes ou les maladies qui
peuvent affecter le rendement ou la qualité d'une culture.
Généralement, la stratégie de lutte contre les ravageurs
comprend également des pratiques culturales telles que le travail
du sol, le brûlage et la cueillette manuelle (incluant l'utilisation
d'un aspirateur). Ces méthodes prennent généralement
beaucoup de temps et peuvent nécessiter une grande quantité
de main d'œuvre et d'outillage. Comme solution de rechange,
les producteurs biologiques peuvent avoir recours aux barrières
physiques pour décourager des ravageurs. Par exemple, on peut ériger
des barrières naturelles à l'aide de paillis de végétaux
vivants ou morts et des plantes répulsives (c.-à-d., le
compagnonnage) tandis qu'une barrière synthétique peut s'installer
en utilisant des pièges collants, en couvrant les rangs et en installant
des filets. Couvrir les rangs fonctionne bien en culture horticole, mais
cela peut nuire à la pollinisation et augmenter les dommages causés
par les ravageurs qui pénètrent en dessous des tunnels.
Ce genre de dispositif ne peut s'appliquer aux grandes cultures.
En dernier recours, les agriculteurs biologiques peuvent compter sur les
pesticides non synthétiques. Même si les termes « biologique »
et « pesticide » semblent contradictoires, les organismes
de certification biologiques permettent le recours à quelques pesticides.
Ce sont généralement des produits « naturels »
par opposition aux substances chimiques synthétiques qui sont interdites
en agriculture biologique. Cet article renferme une brève introduction
à de nombreuses substances génériques employées
par les agriculteurs biologiques et énumère quelques produits
qui offrent un certain potentiel en attente d'approbation. On évite
de mentionner ici des marques de commerce, mais on peut en trouver plusieurs
dans la liste l'institut
d'étude des produits biologiques (OMRI).
Insecticides botaniques
Roténone - insecticide à large spectre dérivé
d'une plante ayant été, par le passé, utilisé
de manière intensive comme solution de rechange aux pesticides
chimiques. Des solutions alternatives plus sûres existent et sont
recommandées par beaucoup d'organismes de certification.
Toutefois, la roténone est encore souvent employée pour
combattre les parasites externes du bétail.
Pyrèthre - produit fait d'inflorescences de
chrysanthèmes qui agit comme poison s'attaquant au système
nerveux des nombreuses espèces d'insectes suceurs et broyeurs
comme les pucerons, les cicadelles, les tétranyques et les doryphores
de la pomme de terre.
Neem - répulsif à large-spectre, un régulateur
de croissance et insecticide qui peut avoir un effet systémique
sur la plante, la rendant désagréable au goût pour
des insectes. Il s'est avéré efficace contre le doryphore,
le ver de l'épi de maïs, la chrysomèle rayée
du concombre, l'altise, le puceron, la mineuse des feuilles, le
thysanoptère et la mouche blanche.
Fongicides
Bicarbonate de soude - il est prouvé que ce produit
empêche de développement de l'oïdium des fleurs
ornementales et de certaines variétés de baies.
Bouillie bordelaise - combinaison de sulfate de cuivre et de chaux
hydratée, cette poudre (ou vaporisation) agit en tant que fongicide
avec des propriétés insecticides et répulsives pour
les insectes et peut permettre de lutter contre l'anthracnose, la flétrissure
bactérienne, la rouille, l'oïdium, et du feu bactérien.
Produits à base de soufre (incluant le sulfo-calcique)
- agissent comme fongicide contre l'anthracnose, la pourriture brune,
les taches des feuilles, le mildiou et rouille et la tavelure. Ils sont
également efficaces pour tuer les acariens.
Purin de compost - vaporisations foliaires de purin faites à
partir de compost mûr qui agissent comme fongicides naturels empêchant
l'apparition de mildiou ou d'oïdium, en inoculant les
plantes de micro-organismes utiles.
Produits à base de cuivre - plusieurs produits à
base de cuivre (par exemple, le sulfate de cuivre ou vitriol bleu) ont
les propriétés herbicides et fongicides. Beaucoup d'organismes
de certification biologiques limitent cependant l'abus des produits de
cuivre.
Peroxyde d'hydrogène - fongicide et bactéricide
à large spectre qui peut s'utiliser sur plusieurs cultures
comestibles.
Lutte biologique
Animaux et insectes utiles - les poulets, les serpents, les chrysopes,
les coccinelles, les moucherons, les acariens prédateurs, les guêpes
trichogrammes et de nombreuses bactéries parasites sont quelques
exemples de la diversité des espèces disponibles pour la
lutte contre les ravageurs.
Bacille thuringiensis (Bt) - plus de 35 variétés
différentes de cette bactérie ont été employées
en agriculture biologique pour lutter contre les larves d'insectes nuisibles.
On rapporte des cas de fausse-teigne des crucifères résistante
au Bt. Les producteurs biologiques doivent également être
conscients que le Bt peut être produit par l'intermédiaire
de manipulations génétiques et que de telles sources sont
interdites.
Beauveria Bassiana - mycète commun dans le sol qui attaque
les jeunes insectes comme les adultes, dont les doryphores, les sauterelles,
les pucerons, la pyrale du maïs, la punaise des céréales,
la pyrale de la pomme et plusieurs autres espèces.
Spinosad - produit fabriqué par une bactérie vivant
dans le sol qui est utile pour lutter contre l'altise et l'arpenteuse
dans des cultures de fruit et contre le doryphore de la pomme de terre.
Vaporisation de virus - le virus de la polyédrose nucléaire
(VPN) et le virus à granules (VG) sont utilisés à
l'échelle commerciale pour lutter contre les légionnaires,
les spongieuses et les teignes des pommes de terre.
Huiles, pulvérisations et poudres
Huile d'ail - agit comme un insecticide non sélectif
ayant également des propriétés antibiotiques et antifongiques.
L'huile d'ail, souvent mélangée avec l'huile minérale,
est plus efficace lorsqu'elle est appliquée tôt sur
les plants de concombres, mais a un impact limité sur les doryphores.
Huile de canola - maîtrise efficacement les pucerons
et les acariens lorsque pulvérisée sur différents
types de cultures allant de la luzerne à la courgette. Cependant,
les producteurs biologiques doivent maintenant s'assurer que l'huile de
canola qu'ils utilisent est exempte de contamination par les OGM.
Huiles essentielles - l'huile essentielle de cannelle a été
utilisée pour lutter contre les infestations d'acariens dans
les produits comestibles tels que des raisins, les fraises et les patates
douces, alors que d'autres huiles telles que celle de l'arbre à
thé, de citron, de cèdre, d'eucalyptus, de citronnelle,
de géranium, de clou de girofle et de lavande sont souvent employées
pour lutter contre les parasites du bétail.
Argile kaolin - un minerai comestible (commun dans la pâte
dentifrice et le Kaopectate) qui forme une pellicule non-toxique de particules
agissant comme une barrière mécanique entre le ravageur
et l'hôte. Il offre une bonne maîtrise de la tordeuse, de
la cicadelle, du pentatome, des acariens, de la pyrale de la pomme et
de la mouche de pomme.
Acide acétique (vinaigre) - herbicide de contact non sélectif
qui peut être efficace pour lutter contre les mauvaises herbes lorsqu'il
est pulvérisé de manière dirigée ou à
l'aide d'une mèche.
Savon insecticide - le savon Safer, Basic H de Shaklee ou
même des savons ménagers communs aident à lutter contre
les insectes sans carapace comme les pucerons et la mouche blanche, et
tueront également les perce-oreilles, les puces, les acariens,
les thrips et les tiques.
Farine de gluten de maïs - empêche la formation des
racines de beaucoup de mauvaises herbes telles que le pissenlit, rumex
crépu, le plantain, le chou gras, le vulpin, la digitaire sanguine,
et l'amarante et est utilisée comme herbicide en pré
émergence sans l'effet (autre que 10 % d'azote) sur les espèces
ayant un système racinaire bien développé.
Terre diatomée - poussière insecticide non sélective
qui fait que les ravageurs meurent de déshydratation.
Huile de traitement d'hiver ou d'été
- beaucoup d'huiles à base de pétrole sont employées
pour lutter contre les insectes qui hivernent comme les pucerons, les
tétranyques (huile d'hiver plus épaisses), alors que
des huiles pulvérisées sur les plantes en croissance active
(huile plus légère d'été) servent à
étouffer les acariens, les pucerons, les cochenilles et les thrips.
Phéromones
Substance attractive - phéromones attirant les insectes
utiles
Substances causant la confusion sexuelle - les phéromones
sexuelles femelles employées pour confondre les insectes masculins
ont réduit avec succès les populations de pyrales de la
pomme dans les vergers biologiques.
Cette liste n'est pas exhaustive, mais a simplement pour but présenter
des solutions de rechange potentielles aux pesticides chimiques synthétiques.
Une question primordiale demeure, cependant : avant d'employer tout
produit, les producteurs biologiques doivent vérifier auprès
de leur organisme de certification pour s'assurer qu'il est bel
et bien accepté. Plusieurs des éléments énumérés
ci-dessus n'ont pas été enregistrés auprès
de l'ARLA (Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire),
en dépit de leur approbation par l'OMRI, et ne sont pas donc
offerts en production commerciale. Actuellement, à travers le Canada,
l'ARLA travaille de manière proactive avec les spécialistes
provinciaux en lutte intégrée contre les ravageurs, les
organisations de producteurs et d'autres organismes pour déterminer
quels sont les fabricants de pesticides qui sont les plus intéressés
à obtenir leur accréditation. Plusieurs des produits, dont
l'étude est recommandée sont déjà approuvés
par l'agence de protection de l'environnement des États-Unis, apparaissent
présentement sur la liste d'OMRI et sont utilisés
par les agriculteurs biologiques des États-Unis.
Dans l'est du Canada, le Atlantic
Canadian Organic Regional Network, ACORN (réseau régional
biologique du Canada Atlantique), en collaboration avec les spécialistes
provinciaux en agriculture biologique des Maritimes ont produit un registre
des intrants approuvés ainsi qu'une description de produit,
et la liste des fournisseurs accrédités pour aider les producteurs
biologiques à déterminer quoi employer et où le trouver.
Actuellement, une grande part de cette information n'est pas aisément
accessible, mais la plupart des organismes de certification publient une
liste des substances acceptées et interdites et plusieurs détaillants
de produits agricoles biologiques ont en main l'information sur les produits
qui sont enregistrés auprès de l'ARLA.
Pour obtenir plus d'information, veuillez contacter le Centre d'agriculture
biologique du Canada au 902-893-7256 ou par courriel au oacc@nsac.ca.
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