
Vers une culture biologique sans labour
Joanne Thiessen Martens et Martin Entz
La culture biologique et les cultures sans labour peuvent-elles se rencontrer?
Alors qu’au premier abord cela peut paraître comme une union
improbable, il y a un intérêt grandissant de développer
des systèmes de cultures biologiques sans labour qui rassemblent
les avantages des deux systèmes.
Le principal bénéficiaire de la culture biologique sans
labour est la terre, la ressource la plus importante d’une ferme.
Un sol sain est indispensable pour une agriculture biologique rentable
et durable, et la base d’un sol sain est la matière organique
du sol. C’est cette matière organique qui transforme l’argile,
le limon et le sable en quelque chose capable de recevoir la vie.
Le sol se « construit » naturellement quand la matière
organique est ajoutée à la terre. Le processus de formation
du sol peut être accéléré en utilisant la rotation
des cultures, des cultures-abris et l’ajout de fumier à la
terre, qui sont pratiques courantes dans les fermes biologiques.
En bout de ligne, la formation du sol implique également la protection
de la matière organique du sol qui existe déjà. Cette
matière organique se décompose naturellement avec le temps,
libérant des nutriments pour les plantes. Mais l’accélération
du processus de décomposition peut épuiser la matière
organique du sol. Le travail du sol accélère ce processus
en endommageant physiquement la matière organique et en augmentant
la possibilité d’érosion du sol.
Il y a eu des débats pour savoir quel système de production
est le meilleur pour la formation du sol : biologique ou sans labour.
Les adeptes des cultures sans labour déclarent qu’éliminer
le travail du sol protège la matière organique des dommages
mécaniques et de l’érosion, alors que les adeptes
de la production végétale biologique déclarent que
l’ajout de la matière organique par des engrais verts, du
fumier et une bonne rotation des cultures fait plus que compenser les
dommages causés par le travail du sol. Quel que soit le «
meilleur » système, la vérité est que les deux
approches ont leurs mérites et que leur rapprochement aura des
effets positifs sur la santé du sol dans les deux systèmes.
Éliminer le travail du sol de la culture végétale
biologique est un grand idéal. En réalité, le travail
du sol est l’un des outils les plus importants des fermes biologiques
pour le contrôle des mauvaises herbes ainsi que pour couper et incorporer
des engrais verts. Le travail du sol a cependant parfois été
surutilisé, et il est certainement possible de réduire le
travail du sol dans la culture végétale biologique. L’utilisation
d’engrais verts pendant la période de jachère, plutôt
que la jachère traditionnelle, est une pratique qui a déjà
permis une réduction considérable de la quantité
de travail du sol dans les fermes biologiques des prairies.
Selon les chercheurs du Rodale Institute, le système sans labour
fonctionnel se fonde sur une utilisation efficace de cultures-abris et
d’engrais verts. Puisque les engrais verts sont généralement
fauchés et incorporés grâce au travail du sol, des
méthodes alternatives de gestion de ces cultures aideront à
réduire ou à éliminer le travail du sol dans les
fermes biologiques.
L’une de ces méthodes est l’utilisation d’un
rouleau à lames pour couper les engrais verts. Ici, au département
des sciences végétales de l’Université du Manitoba,
nous avons commencé à expérimenter le rouleau à
lames durant l’été 2007. Le Rodale Institute nous
a fourni les plans d’un rouleau conçu par Cedarwood Meadow
Farm en Pennsylvanie, et M. Glen Kippen du Carman Research Farm nous a
construit notre propre rouleau à lames.
Le rouleau se compose d’un tambour avec des lames saillantes attachées
sur sa longueur (voir la photo). Le tambour est rempli d’eau pour
lui donner du poids (nous avons aussi utilisé du poids supplémentaire
au-dessus du tambour), et il est tiré par trois boules d’attelage.
Quand le rouleau est tiré dans la culture d’engrais verts,
les lames pincent ou même coupent parfois la tige des plantes et
le rouleau les aplatit sur le sol.
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| Le rouleau a été utilisé pour couper un engrais
vert d’avoine et de pois fin juillet. |
Cet été, nous avons fait des essais préliminaires
pour évaluer l’efficacité du rouleau pour couper l’engrais
vert. On a passé le rouleau sur une culture d’engrais verts
d’avoine et de pois fin juillet. Les tiges d’avoines et de
pois ont été « pincées » par les lames
à environ tous les 20 cm, et les plantes ont montré des
signes de flétrissement dans les 15 minutes qui ont suivi le passage
du rouleau. Une semaine plus tard, là où on avait passé
le rouleau, la plus grande partie de la culture d’avoine et de pois
était morte (voir la photo), bien que plus tard durant l’été
il y a eu des repousses de pois. Le rouleau a été passé
une deuxième fois sur certaines de ces parcelles.
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| La plus grande partie des engrais verts d’avoine et de pois
était morte une semaine après avoir passé le
rouleau. |
Dans un deuxième essai, les cultures d’engrais verts (lentille,
avoine et pois, gesse, féverole, vesce velue) ont été
coupées par diverses combinaisons de passage de rouleau et de travail
du sol pour voir s’il était possible de déterminer
un nombre optimal de passages du rouleau et d’opérations
de travail du sol. Les résultats préliminaires indiquent
que certaines cultures sont plus réceptives au rouleau que d’autres,
bien que le rouleau ait tué toutes les cultures testées.
Commencer par passer le rouleau et ensuite labourer a donné une
couverture du sol plus résistante à l’érosion
pour l’hiver.
Certaines questions se posent sur l’efficacité du rouleau
à lames et les effets qu’il pourrait avoir sur la gestion
de l’agriculture biologique :
- Le rouleau est-il efficace pour tuer les cultures d’engrais
verts?
- Pouvons-nous faire un ensemencement direct dans les résidus
laissés par le passage du rouleau?
Le passage du rouleau laisse de grandes quantités de résidus
à la surface du sol, ce qui peut présenter des problèmes
au moment de l’ensemencement.
- Comment le passage du rouleau à lames sur les engrais verts
affecte-t-il le taux de libération d’azote (N) et la disponibilité
de l’azote pour les cultures suivantes?
Laisser des résidus d’engrais verts sur la surface
du sol ralentit probablement le taux de décomposition, ce qui
pourrait aussi ralentir le taux de libération d’azote et
améliorer l’efficacité d'approvisionnement en azote
des cultures suivantes.
- Comment le passage du rouleau à lames affecte-t-il la conservation
de l’eau?
L’expérience des recherches sur les cultures sans labour
nous dit que laisser plus de résidus des cultures sur la surface
du sol devrait aider à conserver l’eau du sol.
- Comment le passage du rouleau à lames affecte-t-il l’érodabilité
du sol?
- Quelles sont les implications du remplacement du travail du sol par
le passage du rouleau sur la gestion des mauvaises herbes?
L’an prochain, nous accueillerons un étudiant diplômé
qui étudiera le rouleau plus en profondeur. Nous attendons avec
impatience de pouvoir saisir cette occasion captivante d’améliorer
les pratiques de gestion de l’engrais vert dans les fermes biologiques
et de rapprocher les systèmes biologiques et sans labour.
Pour en savoir plus sur cette expérience avec le rouleau à
lames et pour le voir en action, regardez un vidéoclip sur le rouleau
au www.umanitoba.ca/outreach/naturalagriculture/video/roller.html.
Le financement pour ce projet a été fourni par le programme
Covering New Ground d’Agricultural Sustainability Initiative du
Manitoba. Joanne Thiessen-Martens est assistante à la recherche
et à la vulgarisation du Centre d’agriculture biologique
du Canada et travaille en collaboration avec M. Martin Entz à l’Université
du Manitoba.
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Publié en septembre 2008
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