
Production de pommes de terre biologiques La lutte antiparasitaire
Partie 2
Guy Bernard
Pour faire pousser des pommes de terre biologiques, les producteurs sont
tous confrontés aux mêmes insectes, aux mêmes mauvaises
herbes et aux mêmes maladies que les producteurs conventionnels.
Ils doivent cependant lutter contre ces parasites à l'aide de méthodes
complètement différentes.
Une maladie en particulier, le mildiou, peut avoir une grave incidence
sur le rendement des pommes de terre, ce qui en fait une difficulté
de taille pour les producteurs biologiques. Le mildiou détruit
les feuilles du plant de pomme de terre et peut aussi nuire aux tubercules.
La maladie est en latence pendant l'hiver dans les tubercules contaminés
et possède la capacité remarquable de se propager à
partir du foyer d'infection initial et de se répandre rapidement.
La meilleure façon de prévenir les dommages en production
conventionnelle consiste à protéger les plants à
l'aide d'un épandage préventif d'agents antifongiques. Les
producteurs biologiques ont traditionnellement utilisé deux agents
qui offrent une certaine protection. Le premier est le cuivre, un produit
dont l'efficacité a été prouvée. Le deuxième
est le thé de compostage, qu'utilisent régulièrement
les producteurs biologiques et dont on dit qu'il offre une relative efficacité.
Il existe maintenant sur le marché des appareils de compostage
qui permettent d'obtenir un produit fiable, efficace et sûr.
L'emploi de pommes de terre de semence saines et de variétés
à maturité hâtive dont la germination a permis de
devancer la maturité, sont deux mesures importantes pour garantir
une récolte hâtive, avant que le mildiou ne s'attaque aux
champs. Un large espacement entre les rangs améliore la circulation
de l'air et réduira les risques d'infection. Des monticules de
plus grande taille peuvent aussi prévenir l'infection du mildiou,
car les spores pourront alors atteindre plus difficilement les tubercules.
Enfin, un intervalle de trois semaines entre le défanage et la
récolte préviendra l'infection des tubercules par des spores
actives.
Certaines variétés de pommes de terres commerciales sont
plus résistantes au mildiou et peuvent offrir une certaine protection.
Il existe actuellement partout dans le monde des programmes de sélection
qui visent à développer des variétés de pommes
de terre qui peuvent mieux résister au mildiou.
La lutte contre les mauvaises herbes est un autre problème de
taille dans la production de pommes de terre biologiques. Des machines
spécialisées comme la herse bineuse aideront à lutter
avec efficacité contre les mauvaises herbes au début de
leur croissance. Un brûleur au propane peut aussi être utile
à ce stade. Les activités de rechaussage plus tard au cours
de la saison aideront aussi à prévenir la propagation des
mauvaises herbes. Mais les mesures les plus importantes de lutte contre
les mauvaises herbes demeurent l'emploi de bonnes pratiques de rotation
des cultures et la prévention de la montée en graines des
mauvaises herbes annuelles.
Le défanage est une pratique en usage dans la production conventionnelle
et biologique de pommes de terre et se rapporte à la destruction
systématique du feuillage des plants de pommes de terre. Cette
activité s'impose pour planifier la récolte, stimuler la
formation de la pelure sur les tubercules, ou enrayer la propagation des
maladies. En production biologique, le défanage peut se faire à
l'aide d'un brûleur au propane, mais plusieurs passages sont habituellement
nécessaires. Les extracteurs de fanes sont une autre option dans
certains secteurs, tandis que l'emploi d'un défaneur rotatif, seul
ou en complément d'un brûleur au propane, peut aussi se révéler
efficace.
Un des domaines de recherche qui aura la plus grande importance pour
les producteurs biologiques sera le développement continu de variétés
adaptées aux méthodes de production biologiques. L'emploi
de variétés résistantes n'offrira pas à lui
seul une protection complète. Il faudra toujours pousser la recherche
pour trouver d'autres méthodes de lutte antiparasitaire biologiques
et mécaniques. La culture biologique de pommes de terre ne pourra
freiner le développement de la résistance des mauvaises
herbes, des insectes et des maladies. Ainsi, une méthode de lutte
contre les mauvaises herbes peut laisser de côté des mauvaises
herbes dont la germination survient tardivement et ces mauvaises herbes
à germination tardive peuvent ensuite dominer un champ. Il y a
certes déjà un bon nombre de méthodes de lutte biologiques
contre les parasites, mais elles n'offrent pas toutes le degré
d'efficacité voulue ou la rentabilité commerciale souhaitée.
Pour évoluer, les méthodes de production biologiques exigeront
des efforts de recherche soutenus sur tous les aspects de la lutte antiparasitaire.
Il faut se réjouir car cette recherche aura d'heureux résultats
pour l'ensemble de l'agriculture, puisque les méthodes de lutte
antiparasitaire mises au point réduisent ou éliminent le
besoin de produits chimiques. La réglementation et les politiques
en vigueur rendent déjà plus facile, plus rapide et plus
économique l'homologation de pesticides biologiques à risques
réduits.
La croissance sans Précédent des ventes de produits biologiques
fait en sorte qu'on ne peut plus ignorer la production biologique. Même
si la production biologique ne convient pas à tous ou à
toutes, il est certain que les futurs producteurs qui auront les compétences
voulues et un plan de mise en marché judicieux auront toutes les
chances de connaître le succès dans ce nouveau créneau
de la production alimentaire.
Guy Bernard est
un spécialiste de la lutte contre les parasites de la pomme de
terre au ministère de l'Agriculture, des Pêches et de l'Aquaculture.
Il travaille au Centre de développement de la pomme de terre de
Wicklow, au Nouveau-Brunswick.
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