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"The Omnivore’s Dilemma" par Michael Pollan

Critique de Tanya Brouwers

Que devrions nous manger? C’est par cette question essentielle que Michael Pollan commence son livre The Omnivore’s Dilemma. La réponse n’est toutefois pas simple. En effet, en Amérique du Nord, où beaucoup d’habitants souffrent d’embonpoint, les choix alimentaires sont plus nombreux que les minutes dans une journée. Il n’y a à vrai dire aucune réponse à cette question sauf peut-être dans le plus récent livre faisant la promotion d’un « régime miracle ». Michael Pollan se penche sur la question de l’obésité qui constitue une épidémie nationale en se mettant à table!

Dans son livre, Michael Pollan suit à la trace quatre repas aussi différents l’un de l’autre qu’un poulet et une McCroquette, de la terre à l’assiette. L’auteur suit à rebours le chemin qu’ont suivi les ingrédients de chaque repas. Il analyse premièrement un repas industriel, en l’occurrence un met à emporter de McDonald’s. Il examine ensuite un repas préparé entièrement avec des ingrédients provenant de la chaîne de supermarchés biologiques Whole Foods. Il étudie par la suite un repas dit « ultrabiologique », fait d’ingrédients locaux provenant de sources durables : la ferme Polyface de Joel Salatin, « où les poulets sont élevés comme des poulets ». Finalement, il examine un repas parfait qu’il a préparé avec des ingrédients qu’il a pour la plupart lui même chassés ou cueillis, même la levure du pain.

Le trajet effectué pour et entre chaque repas donne un aperçu du dilemme actuel qui se pose. Le quatrième repas de Michael Pollan, ne soulève aucune question quant à l’origine des ingrédients utilisés. De plus, les coûts connexes sont tous entièrement réalisés, contrairement au repas McDonald’s qui est le produit d’une conception industrielle. La ventilation des coûts du hamburger McDonald’s, que Michael Pollan a d’ailleurs mangé sur le pouce en conduisant, est tellement compliquée et confuse qu’il vaut mieux pour le consommateur de l’oublier et de se concentrer plutôt sur le visage souriant de Ronald McDonald affiché sur l’emballage. En y pensant bien, il ne vaut mieux pas, s’il ne veut pas perdre son appétit. Cette situation illustre bien le problème des aliments industriels. Comme l’indique Pollan, il est préférable de pas penser à ce que vous mangez lorsque vous achetez un repas d’un fournisseur d’aliments industriels.

Le plus surprenantes étaient les couches biologiques prises en sandwich qui ne rebutaient peut-être pas autant que les deux couches extérieures, mais qui entraînaient un effet de choc. Michael Pollan oblige ses lecteurs à remettre en question le concept de « biologique ». Il décrit un carton de lait étiqueté biologique qui contient une image de vaches joyeuses dans un pâturage verdoyant. Voilà un exemple de marketing astucieux, étant donné que les vaches mentionnés dans l’exemple de Micheal Pollan sont traites trois fois par jour dans une laiterie industrielle à grande échelle située dans un désert dans le sud de l’Idaho. Il est vrai qu’elles ne sont pas bourrées d’antibiotiques, mais elles ne se promènent certainement pas dans un champs verdoyant comme l’indique l’image sur le carton de lait.

Le fait est que, comme le souligne l’auteur, un grand nombre de consommateurs d’aliments biologiques sont en réalité des consommateurs d’aliments industriels. Quand ils magasinent par exemple dans un supermarché Whole Foods, ils ne se demandent pas si les produits sont offerts sont en saison ou s’ils ont été produits localement. Les asperges de l’Argentine sont produites en janvier et les repas congelés sont facilement jetables. Les produits mentionnés sont peut-être biologiques mais ils doivent aussi être « pratiques » et la commodité n’est pas un objectif visé par une agriculture durable à petite échelle.

Michael Pollan a fait l’expérience des désagréments de l’agriculture durable quand il a travaillé à la ferme « ultrabiologique » de Joel Salatin, une entreprise fondée sur les principes durables de gestion de pâturage intensif, de recyclage et de production à petite échelle. Il a tout de suite compris que la ferme de Joel Salatin représente toute une réussite dans une petite communauté qui sait apprécier la couleur orange foncé de ses jaunes d’œufs et le goût authentique de ses poulets. Comme le mentionne l’auteur, Joel Salatin a su exploiter avec succès sa petite ferme biologique en se trouvant un créneau dans un marché dominé par des consommateurs et des producteurs industriels.

Lorsque nous mangeons des aliments industriels, souligne Michael Pollan, nous mangeons en « parfaite ignorance ». Le plaisir de manger « en toute connaissance de cause » se trouve à l’autre extrême. Le consommateur averti de produits biologiques se trouve entre ces deux extrêmes et devant un dilemme, comme l’illustre parfaitement l’auteur dans son livre. Dans un style narratif hautement divertissant, Michael Pollan présente avec une attention particulière au détail le dilemme de l’omnivore, histoire de nous mettre en appétit. Le livre The Omnivore’s Dilemma est indispensable à tous ceux et celles qui ont oublié l’origine des aliments qu’ils mangent.

 

 

Tanya Brouwers est conseillère du Centre d’agriculture biologique du Canada. Veuillez faire part de vos commentaires ou de vos questions en téléphonant au 902-893-7256 ou en envoyant un courriel à oacc@nsac.ca.

 

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Affiché en janvier 2008

 

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