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Fertilisation biologique : les engrais verts sont-ils suffisants?

par Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.

Chaque récolte se traduit par le retrait du sol d’un ensemble d’éléments nutritifs. Lorsque la récolte est vendue à l’extérieur de la ferme, ces matières nutritives sont perdues. Pour entretenir la fertilité des sols et avoir une exploitation durable à long terme, il faut remplacer les éléments nutritifs perdus. Trouver des méthodes acceptables pour les remplacer est crucial pour la réussite de l’agriculture biologique.

Une carence en éléments nutritifs dans les sols peut freiner la croissance des végétaux. Dr Malhi, d’Agriculture et agroalimentaire Canada à Melfort, explique que « dans les provinces des Prairies, la plupart des sols manquent d’azote assimilable (N) pour des rendements optimaux. Un grand nombre de sols présentent des faiblesses en phosphore (P) assimilable, et certains ne contiennent pas suffisamment de soufre (S) et de potassium (K) pour assurer des rendements de cultures élevés. »

Remplacer l’azote est relativement simple en utilisant des engrais verts de légumineuses. L’azote est abondant dans l’air, notamment l’air contenu dans les sols. Les organismes microbiens associées aux légumineuses fixent l’azote de l’air et le convertissent sous une forme que les légumineuses peuvent absorber. Au cours de leur décomposition, les légumineuses libèrent N dans le sol sous une forme assimilable par les autres végétaux.

Que se passe-t-il quant au reste des nutriments retirés des sols lors de la récolte des cultures? Malheureusement, il n’est pas facile de régler les pénuries de P, de K et de S qui proviennent de la désagrégation des minéraux du sol, un lent processus. Certaines pratiques peuvent accélérer le processus. Le phosphore, par exemple, est abondant dans les sols des Prairies, mais il se présente sous une forme qui n’est pas facilement assimilable par les végétaux. Certaines plantes, comme la moutarde, le sarrasin et les lupins, peuvent relativement améliorer l’assimilabilité de P en secrétant des acides dans la zone racinaire, ce qui rend le P plus soluble. D’autres végétaux, particulièrement les légumineuses, forment des associations avec les mycorhizes qui augmentent le volume de sol accessible par la plante. C’est assez important en ce qui concerne le P qui ne se déplace guère dans le sol. Les racines des végétaux ou les mycorhizes doivent croître en direction du P plutôt que d’attendre que le P se déplace vers eux. Ces méthodes augmentent la proportion de P assimilable par les végétaux sans toutefois accroître la quantité totale de P dans le sol.

Le fumier (et le compost de fumier) est une excellente source de N, P, K et S. L’utilisation de fumiers est très répandue en horticulture biologique pour des plantes à fort rapport économique ou pour établir un sol dans une zone ciblée. Pour les éleveurs de bétail, utiliser le fumier de leurs propres animaux sur les terres cultivés est un excellent moyen de renouveler les éléments nutritifs, mais tant que des produits sont vendus et quittent la ferme, une partie des nutriments est perdue. Pour les fermes céréalières, l’apport de fumier provenant de fermes d’élevage voisines peut aider à renouveler les éléments nutritifs dans certains secteurs. Malheureusement, les réserves locales de fumier adéquat sont souvent limitées, et c’est une matière lourde à transporter. Avec les comprimés de luzerne, une autre solution pour renouveler l’azote, on est confronté à des inconvénients similaires.

Le phosphate de roche naturel et le soufre élémentaire sont autorisés selon les normes de l’agriculture biologique. Des études portant sur les roches phosphatées ont montré que leurs avantages à court terme sont souvent limités. Après tout, le phosphate de roche est constitué de roches moulues, et il n’est pas facilement assimilable par les végétaux sous cette forme. Il y a d’autres préoccupations le concernant, notamment la contamination potentielle des sols par des métaux lourds et le coût économique et environnemental du transport par camions sur de longues distances.

On suggère maintenant d’autres types d’amendements aux producteurs biologiques. Entre autres des minéraux, de nouveaux inoculums microbiens, des stimulants microbiens comme des sucres, les produits de la biodigestion des fumiers et d’autres sous-produits organiques comme la cendre de bois. Les cendres de bois, un sous-produit de l’industrie forestière sont une source très riche de P, K et S.

Les végétaux requièrent d’autres éléments nutritifs que N, P, K et S. Ces quatre éléments, ainsi que le calcium (Ca) et le magnésium (Mg) sont considérés comme des macroéléments fertilisants parce que les plantes en ont besoin en quantités relativement importantes. Les végétaux ont également besoin de plusieurs micronutriments en plus petites quantités : cuivre, manganèse, bore, fer et zinc. Fort heureusement, nos sols sont généralement assez bien approvisionnés en Ca, Mg ainsi qu’en micronutriments, et il est rare qu’il y ait des carences.

Si des producteurs pensent que leurs sols manquent d’un élément nutritif particulier, ils peuvent envoyer des échantillons de sol et de tissu végétal afin qu’ils soient analysés pour déterminer précisément quels minéraux manquent. L’industrie des amendements biologiques est relativement nouvelle au Canada, et l’analyse de la plupart des produits en est à ses débuts. Les producteurs feraient bien de tester tout nouvel apport sur de petites parcelles avant de se lancer dans des dépenses importantes et de modifier entièrement leur programme de fertilisation.


Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est Adjointe principale en recherche et vulgarisation pour le CABC au Collège d’agriculture et des bioressources de l’Université de la Saskatchewan. Elle attend vos commentaires au 306-966-4975 ou à l’adresse organic@usask.ca.


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Publication : mars 2008

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