
Gestion des éléments nutritifs en production laitière
biologique
par Melissa Arcand, Cory Roberts et Derek Lynch
Les systèmes de production laitière doivent relever des
défis particuliers en matière de gestion des nutriments.
La plupart des fermes laitières gèrent d’importants
surplus de nutriments (NPK) découlant d’intrants élevés
en éléments nutritifs (la plupart sous forme de fourrage)
par rapport aux extrants (la plupart sous forme de lait). Ainsi, des études
menées dans le Nord-Est des États-Unis ont-elles conclu
que dans les fermes laitières ayant une charge de bétail
de 2 unités animales par hectare, le phosphore s’accumulait
à la moyenne de 36,7 kg/ha par année. Avec l’accroissement
d’une production destinée à répondre à
la demande pour des produits laitiers biologiques en Ontario, il faut
se pencher plus attentivement sur l’efficacité d’utilisation
des nutriments dans ces systèmes de production laitière.
Des travaux de recherche coordonnés par le Centre d’agriculture
biologique du Canada (CABC), en collaboration avec l’Université
de Guelph, visent à caractériser le bilan nutritif des fermes
laitières biologiques de l’Ontario, et tentent d’établir
avec plus de précision les liens entre les besoins nutritifs du
bétail et des cultures et la fertilité du sol. Ce projet
lancé en 2003 est financé par le programme des nouvelles
orientations (New Directions program) du ministère de l’Agriculture
et de l’Alimentation de l’Ontario.
Nous avons effectué la prospection des sols de 15 fermes laitières
dispersées dans le Sud et l’Est de l’Ontario régies
biologiquement depuis au moins dix ans. Nous avons prélevé
des échantillons de sol de presque tous les champs de chaque ferme.
En se fondant sur l’analyse standard des tests effectués,
on obtient une teneur globale moyenne de potassium (de 75 à 160
mg/kg). La teneur moyenne de phosphore disponible était également
intermédiaire (de 4,4 à 26,4 mg/kg). Cependant, sur le plan
du phosphore, huit de ces fermes présentaient une teneur moyenne
allant de faible à très faible. Ces résultats donnent
à penser que la teneur en phosphore disponible dans le sol de certaines
fermes pourrait s’affaiblir au point de nuire aux rendements des
cultures et du fourrage. Toutefois, il se peut que la méthode privilégiée
en Ontario pour la mesure de la teneur en P ne soit pas appropriée
dans le cas des fermes biologiques où les organismes du sol pourraient
jouer un rôle plus important dans le cycle nutritif. Des recherches
complémentaires pourraient porter sur l’étude de cette
hypothèse.
Un autre volet de ce projet porte sur l’étude des transferts
d’éléments nutritifs dans la même quinzaine
de fermes. On calcule le bilan nutritif (intrants moins extrants) afin
de déterminer la quantité moyenne de nutriments ajoutés
ou soustraits annuellement par hectare dans chaque ferme. Au cours de
la première année, le surplus moyen de K observé
a été de 12 kg par hectare. Le surplus moyen de P était
de 1 kg/ha. La moitié des fermes présentaient des bilans
légèrement négatifs sur le plan du P (soit une perte
annuelle nette de P), tandis que les autres affichaient de légers
surplus sur ce plan. Ces valeurs, qui correspondent aux résultats
des fermes bios européennes, sont assez faibles comparativement
aux surplus élevés d’éléments nutritifs
souvent observés dans les exploitations laitières en bâtiments
clos.
Un bilan négatif en P entraînera à la longue une
carence en nutriments du sol. Le sol constitue un immense espace de stockage
de diverses formes de P dont seule une petite partie est assimilable par
les végétaux. Afin d’éviter un dépérissement
éventuel, le phosphore doit parvenir dans le sol au même
rythme qu’il lui est soustrait. L’apport de phosphate de calcium
minéral (PCM, roche phosphatée) pourrait être une
solution pour corriger les carences en P du sol des fermes biologiques.
Le pH élevé des sols que l’on trouve en Ontario réduit
beaucoup la libération de P du PCM, cependant. On pourrait accroître
le P disponible dans le sol pour les cultures subséquentes en plantant
une culture d’engrais vert comme le sarrasin qui a une capacité
accrue d’assimilation du PCM.
Nous sommes actuellement en train d’étudier les niveaux
de P tirés par le sarrasin des divers types de phosphate de calcium
minéral. Nous avons comparé le rendement en biomasse du
sarrasin et l’absorption de P consécutive à l’application
de Calphos, un PCM originaire de Caroline du Nord, de Spanish River Carbonatite
et de Volcanaphos disponibles en Ontario à des niveaux respectifs
de 100, 400 et 800 kg P/ha. En 2004, le rendement en biomasse du sarrasin
(moyenne ~3,0 t de matière sèche par hectare pour tous les
traitements) a augmenté seulement avec l’apport de Calphos
PR. Au cours de sept semaines de croissance, approximativement 0,6 % du
P appliqué avec Calphos a été absorbé par
les plantes. Une étude complémentaire qui porte sur la quantité
de P présent dans les résidus de sarrasin transférée
dans la culture subséquente évaluera la rentabilité
des apports de PCM. Une autre solution pour les fermes qui connaissent
des bilans nutritifs négatifs en P consisterait à ajuster
les intrants de P contenus dans l’alimentation du bétail
et les suppléments alimentaires. Nous espérons pouvoir en
évaluer également le potentiel.
Notre objectif global est d’élaborer des plans de gestion
pleinement intégrée des éléments nutritifs
pour ces fermes. Même si l’accent est mis actuellement sur
de nouvelles approches en matière de gestion des nutriments en
production laitière biologique, il faut espérer que la recherche
offrira des solutions avantageuses également pour l’industrie
laitière classique.
Melissa Arcand et Cory Roberts sont étudiants diplômés
au Land Resource Science Dept de l’Université de Guelph.
Le Dr Derek Lynch occupe la chaire de recherche du Canada en agriculture
au Nova Scotia Agricultural College. Pour plus de renseignements prenez
contact avec Derek Lynch.
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