
L'avenir de l'agriculture passe par les appellations d'origine et le
ciblage sélectif
Andy Hammermeister, Ph.D.

Le Washington State Convention and Trade Center est une immeuble
aux dimensions hors du commun où les visiteurs sont acheminés au moyen
d'escaliers roulants sur les six étages que compte l'immense complexe.
Le centre loge principalement des salles de conférence et des espaces
d'exposition. Les bureaux d'inscription pour la conférence annuelle des
trois sociétés (l'American Society of Agronomy, la Crop Science Society
of America et la Soil Science Society of America qui organise une réunion
spéciale de la Société canadienne de la science du sol) sont installés
dans le vaste hall sud. C'est là que je me suis vu remettre l'impressionnante
trousse du participant (plus de 500 pages) qui, outre des cartes
des lieux, contient le programme des conférences et l'imposant index (70 pages)
des auteurs participants. D'une durée de cinq jours, la conférence
annuelle prévoit environ 500 séances organisées par les 31 divisions
que comptent les trois sociétés, incluant des présentations orales, des
séances de présentations par affiche (plus de 2 500 affiches),
des réceptions, des dîners d'honneur et des allocutions spéciales, sans
parler du salon en tant que tel. Pratiquement tous les sujets liés de
près ou de loin à l'agriculture et à la gestion des terres agricoles (et
même des terres non agricoles) ont été abordés pendant la conférence.
Fort heureusement, j'étais prévenu de l'ampleur de l'événement et, sur
le conseil de certains collègues, j'avais pris soin de m'y préparer.
Je ne m'attendais pas à ce qu'un grand nombre de séances soient consacrées
spécifiquement à mon sujet de prédilection (c'est-à-dire l'agriculture
biologique). En revanche, je voulais en apprendre davantage sur les plus
récentes innovations en matière d'agriculture. Voilà pourquoi j'ai choisi
d'assister à différents discours liminaires et allocutions spéciales par
des chercheurs de premier rang à qui l'on rendait hommage pour leur contribution
dans leur champ d'expertise. J'ai été emballé par ce que j'ai entendu,
et je voulais partager mon interprétation des communications présentées.
La première présentation à laquelle j'ai assisté a piqué ma curiosité,
d'autant plus qu'elle était donnée par un économiste...
« Plowing
New Ground in the Rural Economy »
(De nouvelles avenues de développement pour l'économie rurale), Mark Drabenstott,
Federal Reserve Bank de Kansas City (conférencier émérite E.T. et Vam
York pour la A.S.A.)
La mondialisation et le développement technologique ont fait en sorte
que le système agricole actuel, axé sur les denrées, n'est plus viable
en Amérique du Nord. Les collectivités rurales, qui étaient jadis les
locomotives de l'économie, se dépeuplent et affichent aujourd'hui une
croissance en perte de vitesse. Autrefois, les campagnes étaient protégées
parce qu'elles servaient à produire la nourriture. Grâce à la mondialisation,
à la modernisation des technologies agricoles et aux capacités de transport,
nous ne dépendons plus de la production locale pour notre approvisionnement
alimentaire. Par exemple, il fallait compter 35 heures pour produire
100 boisseaux de maïs il y a 100 ans, alors qu'aujourd'hui,
on en produit autant en deux heures seulement. Cette augmentation
de l'efficacité a cependant entraîné le dépeuplement des campagnes et
l'amenuisement de la relève en agriculture. Les producteurs agricoles
doivent aujourd'hui produire au moindre coût possible, mondialisation
oblige, ce qui signifie, dans la plupart des cas, qu'ils doivent se développer
davantage s'ils ne veulent pas être contraint d'abandonner la partie.
L'agriculture est à la croisée des chemins et doit aujourd'hui choisir
de se développer : a) soit selon le thème de l'agriculture axée sur
les denrées et caractérisée par des volumes de production importants au
plus bas prix et une très grande échelle de production, b) soit selon
le thème de l'agriculture de production qui cible les marchés de créneaux,
connaît bien les consommateurs et met l'accent sur la qualité et les marges
bénéficiaires tout en maintenant une production limitée.
Bien que l'agriculture axée sur les denrées demeure un concept clé dans
l'octroi de subventions gouvernementales, l'agriculture de production
peut s'articuler selon trois modèles différents : a) la valorisation,
b) la commercialisation directe ou ciblée en fonction de marchés de créneaux
(les produits biologiques, par exemple) et c) la production à fort rapport
économique qui fournit des produits novateurs à haute technicité (les
alicaments, par exemple, qui proviennent de plantes à très fort rapport
économique cultivées pour leurs propriétés médicinales). Dans tous les
cas, le positionnement régional des produits en vue de stimuler la loyauté
des consommateurs s'avère particulièrement avantageux. De plus, il ne
faut pas sous-estimer l'importance du tourisme écologique et de l'agrotourisme
qui pourraient bien devenir un secteur extrêmement lucratif.
La meilleure stratégie devrait donc souligner l'importance du développement
régional et en faire la priorité. Ainsi, la mobilisation de la collectivité
de toute une région pour son développement est une force à ne pas sous-estimer.
La première étape consisterait à identifier les cultures et les terres
qui confèrent à la région un avantage de premier ordre. Ensuite, on détermine
les créneaux (le développement régional ne peut se faire sans la diversité).
Finalement, on établit des partenariats novateurs avec des intervenants
d'autres secteurs. Qui donc sera chargé d'établir ces partenariats dans
la nouvelle économie mondiale? Il faut donner aux agriculteurs les outils
dont ils ont besoin pour s'adapter à un marché de consommation. Il faut
mettre sur pied des programmes visant à aider les agricultures d'expérience
à faire la transition et à former de nouveaux agriculteurs. Au final,
ce sont les régions où l'esprit d'entreprise prévaut et qui arrivent à
attirer de nouveaux résidents qui sauront le mieux tirer leur épingle
du jeu.
Le Dr Andy Hammermeister est attaché de recherches au Centre d'agriculture
biologique du Canada. Veuillez faire parvenir vos commentaires et vos
questions par téléphone (902 893-7256) ou par courriel (oacc@nsac.ca).
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