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La nanotechnologie: super héro environnemental ou bombe à retardement?

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Imaginez un champ de blé équipé de capteurs minuscules comme des grains de poussière compilant de l’information et distribuant les montants exacts d’engrais, d’herbicides et de pesticides structurellement modifiés  en se basant sur les conclusions formulées par un ordinateur. Visualisez un troupeau de vaches laitières dotées d’un autre capteur minuscule qui détecte et traite la maladie bien avant le fermier ne puisse le faire. Science-fiction? Non. C’est de la nanotechnologie, une industrie mondiale valant annuellement plus de 9 milliards de dollars et qui touche tous les secteurs, de la cosmétique à l’emballage des aliments, voire l’agriculture. Il est prévu qu’au cours des 5 à 10 prochaines années, les scénarios précédemment décrits deviendront réalité.

Qu’est-ce que la nanotechnologie? À la base, il s’agit d’une manipulation d’atomes et de molécules pour créer de nouvelles structures « à l’échelle nano » qui n’existeraient pas normalement dans la nature. Ces créations miniatures et sophistiquées ont des propriétés différentes de leurs modèles homologues plus volumineux. Elles peuvent être plus fortes, plus sensibles et conductrices et, dans certains cas, plus toxiques. Par exemple, le carbone dans sa forme naturelle est malléable. Sa version « nano » est plus dure que l’acier. Les créateurs et utilisateurs de  particules nano en ont simplement plus pour leur argent.

Les grandes compagnies comme Bayer et BASF, conscientes de la valeur de cette capacité décuplée, ont mis au point des pesticides et des véhicules de pesticides dont le nano-ingrédient actif est plus soluble, adhère mieux à la feuille et possède une plus grande capacité d’extermination que son homologue traditionnel. La réduction des intrants, déclarent-elles, créera moins de pollution. D’autres scientifiques tentent carrément de modifier les caractéristiques des plantes au niveau atomique. En Thaïlande, des chercheurs ont introduit des atomes d’azote dans les cellules de riz dans le but de stimuler le réarrangement de l’ADN. Ils espèrent créer une plante qui croîtrait tout au long de l’année, aurait des tiges plus courtes et, assez curieusement, aurait des couleurs plus attrayantes.

Les promoteurs de la nanotechnologie arguent que les nano-particules ont, de par leur nature unique, le potentiel d’éliminer la faim dans le monde. Les sceptiques pointent du doigt les conséquences inconnues de l’utilisation des nanotechnologies et comparent ces déclarations à celles des créateurs des semences génétiquement modifiées (OGM) qui ont été moins publicisées. Le plus perturbant est le fait que la nanotechnologie, comme l’ingénierie génétique, a été développée et introduite dans les marchés sans la tenue de débats publics ou d’une législation politique relative aux risques liés à la santé, à l’environnement et aux facteurs socio-économiques.

La mince quantité de recherches documentées et publiées concernant la santé humaine et la nanotechnologie démontre que les nanoparticules peuvent être absorbées depuis l’air, la nourriture, les breuvages et pénétrer à travers la peau, et peuvent aussi pénétrer, à cause de leur petite taille anormale, les membranes cellulaires des tissus tels que ceux du cerveau ou d’un fœtus en croissance.  Comment réagiront ces particules une fois introduites dans les tissus demeure incertain. Encore moins de recherches ont été menées sur les effets des nanoparticules dans l’environnement. Les questions à résoudre concernent leurs mouvements à travers les tissus, dans le sol, l’air et l’eau. Par exemple, une recherche faite par Eva Oberdoerster, dont les résultats ont été publiés dans l’édition de 2004 de Environmental Health Perspectives, indique que les nanoparticules causeraient  des dommages au cerveau du bar commun.

Certains organismes de certification bannissent l’utilisation des nanoparticules dans l’attente de trouver des réponses à leurs questions. La Soil Association de la Grande-Bretagne et OCIA ont exclus toute utilisation de matériaux et de procédés à l’échelle nanométrique pour les cultures, l’élevage et la transformation. Austria Bio Garantie (AE) a banni le recours aux nanoparticules en cosmétologie. La norme biologique du Canada appliquer encore le principe de précaution à l’égard des nanoparticules et de la nanotechnologie. Telles les réactions défavorables à l’égard de l’ingénierie génétique,  une réaction similaire est prévue à l’égard des produits de la nanotechnologie. Il est fort possible que l’industrie biologique attire une toute nouvelle clientèle : celle qui préfère une nourriture « sans nanos ».

Est-ce que la nanotechnologie a le pouvoir de libérer le monde de la famine? En réévaluant la situation mondiale, on constate que ce n’est pas le manque de technologie qui cause les famines et que cela résulte plus souvent de la corruption. Les sols improductifs et les cultures malades sont moins liées à l’absence de produits chimiques ou nanotechnologiques qu’à un manque de diversité, de rotation des cultures et à l’absence des autres techniques d’enrichissement des sols qui font corps avec la philosophie d’enrichissement des sols en agriculture biologique.

Peut-être que la nanotechnologie est une solution mal considérée à un problème mal défini. En somme, la pression repose sur les partisans de la nanotechnologie qui doivent présenter au public des recherches fiables et complètes sur les conséquences environnementales, socio-économiques et sanitaires  liées à son utilisation avant qu’elle ne soit adoptée en production biologique ou par toute autre forme d’agriculture.


Rédigé par Tanya Brouwers pour CABC. Pour plus d’information : 902-893-7256 ou oacc@nsac.ca.


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Affiché en août 2010

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