
Tirer le meilleur parti du fumier et du compost
par Desiree Jans, Ph.D.
La production biologique s’efforce de recycler les matériaux
et les ressources à l’intérieur du système
d’exploitation de la ferme. Le fumier et le compost sont de bons
exemples de recyclage concret. Mais encore faut-il tirer parti de ces
« mines » d’éléments nutritifs; et pour
cela il faut se familiariser avec ce qu’ils contiennent.
Les fumiers et les composts ne sont pas tous de même nature. La
teneur en éléments nutritifs du fumier varie considérablement
d’une ferme à l’autre. Celle du compost varie en fonction
des matières compostées et des conditions de compostage.
Commencez par faire analyser des échantillons par un laboratoire
reconnu. L’analyse vous informera sur les éléments
suivants :
• Azote total : Somme des formes organique et inorganique de l’azote
(ammonium, nitrate) de l’échantillon.
• Azote sous forme d’ammonium ou azote assimilable : Portion
de l’azote total disponible à l’assimilation par les
végétaux. Surtout de l’azote sous forme d’ammonium
mais peut également inclure de l’azote sous forme de nitrate.
• Phosphore et potassium: P et K – ou P2O5 et K2O qui est
la méthode normalisée de rapport employée dans l’industrie
des engrais.
• Proportion de carbone ou rapport carbone/azote (C/N) : Équilibre
entre le carbone et l’azote qui détermine la dynamique de
l’azote du sol. Les amendements avec des rapports C/N élevés
(>25) entraînent l’immobilisation de l’azote. En
effet, les micro-organismes du sol responsables de la décomposition
doivent compenser la grande quantité de carbone avec une certaine
quantité d’azote. Ils assimilent dans leurs cellules (immobilisent)
non seulement l’azote contenu dans l’amendement, mais aussi
celui du sol environnant. L’immobilisation aboutit à un «
blocage » de l’azote qui n’est plus disponible pour
les cultures et peut se traduire à court terme par une carence.
Pendant la saison de croissance, l’azote immobilisé devient
lentement assimilable. Les amendements affichant des rapports C/N plus
faibles aboutissent à la minéralisation de l’azote.
Cela se traduit par une libération rapide d’azote disponible
pour les végétaux, mais ne contribue pas à l’établissement
de niveaux bénéfiques de matière organique du sol.
Les amendements présentant de faibles rapports C/N sont particulièrement
utiles pour des cultures ayant fortement besoin d’azote.
• Pourcentage d’humidité ou matière sèche
: Le pourcentage d’eau contenue dans l’échantillon
(votre échantillon « frais » contient de l’eau
et de la matière sèche). Le pourcentage d’humidité
sert lors du calcul des taux d’application.
Ce ne sont pas tous les nutriments présents dans le fumier ou le
compost qui seront immédiatement disponibles pour les cultures.
Les protocoles de planification de la gestion des éléments
nutritifs emploient divers pourcentages pour calculer la disponibilité,
mais ces données ne sont que des estimations, et davantage de recherche
est nécessaire dans ce domaine. Par ailleurs, la plupart de ces
estimations se fondent sur des expériences menées avec le
fumier, ce qui les rend encore plus imprécises si on les applique
au compost. Quelques lignes directrices générales sont toutefois
utiles.
Ainsi l’azote, sous forme d’ammonium, est-il particulièrement
sensible à la méthode d’application, parce que l’ammonium
est susceptible de se volatiliser (perte sous forme de gaz). Pour mieux
conserver l’azote, épandez votre fumier ou compost lorsqu’il
fait plutôt frais à l’extérieur et incorporez-le
immédiatement au sol. On peut ainsi rendre 75 % de l’azote
sous forme d’ammonium disponible aux végétaux cultivés.
Après deux jours entre l’épandage et l’incorporation,
cette proportion baisse à 65 %; après quatre jours, à
40 %, et après 7 jours, à 25 %.
Ce sont surtout le temps qu’il fait et l’origine du fumier
ou du compost qui influent sur l’azote organique (calculé
comme N total – N sous forme d’ammonium). Il est possible
que votre conseiller agricole local ou un planificateur qualifié
en gestion des nutriments dispose des données régionales
concernant la disponibilité de l’azote organique. On peut
s’attendre à ce qu’environ 35 % de l’azote organique
devienne assimilable par les végétaux après l’application
de fumier d’étable au printemps ou au début de l’automne.
Dans des conditions analogues, on estime que cette proportion est de 60
% pour le fumier de volailles. Le reste de l’azote organique sera
libéré lentement, et cela prendra possiblement plusieurs
années. Avec 2 à 3 épandages (un par année)
de fumier sur un champ au cours des 5 dernières années,
on estime que 10 % de l’application moyenne annuelle d’azote
organique sera disponible cette année.
La disponibilité du phosphore et du potassium n’est pas
affectée par le moment choisi et la méthode d’incorporation.
Au cours de la première année, on peut s’attendre
à ce que 40 % du P2O5 total et 90 % du K2O total soient disponibles.
Même si la plupart des fermiers biologiques utilisent du fumier
composté, le fumier frais peut être utile pour des cultures
très exigeantes en azote. La clé est de connaître
la quantité de nutriments disponibles pour les végétaux
que contient le fumier. Utilisez une méthode et un calendrier d’application
qui en maximiseront l’absorption par les cultures tout en minimisant
les pertes dans l’environnement. Soyez conscients des déséquilibres
nutritifs possibles (taux élevés de phosphore et de potassium),
des problèmes de mauvaises herbes et des questions de contamination.
Certaines normes de l’agriculture biologique imposent des restrictions
sur l’emploi de fumier frais.
Le compost contient relativement peu d’azote immédiatement
assimilable par les végétaux mais il est une source importante
d’azote à libération lente. Si vous calculez votre
taux d’application de compost afin de répondre aux besoins
immédiats en azote de vos cultures, vous risquez d’avoir
à employer une quantité élevée de compost.
Ceci peut entraîner une application excessive de phosphore et donc
des risques de déséquilibres nutritifs et un ruissellement
du phosphore. Plutôt que de considérer le compost comme une
source d’azote disponible, considérez-le comme un constructeur
de matière organique du sol et une source de nutriments à
libération lente.
Desiree Jans, Ph.D, est enseignante de cours en ligne au Centre d’agriculture
biologique du Canada (CABC). Pour de plus amples renseignements sur les
cours proposés par le CABC ou pour envoyer vos commentaires : (902)
893-7256 ou oacc@nsac.ca.
Tous les coefficients indiqués ici sont fondés sur des données
concernant le fumier d’étable semi-solide tirées de
: Commonwealth of Virginia. 1995. Virginia nutrient management standards
and criteria. Department of Conservation and Recreation, Division of Soil
and Water Conservation, Richmond, VA.
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