
Des micro-organismes montrent les bienfaits des engrais verts
par Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Les engrais verts accroissent l’activité biochimique du
sol. Après la culture d’un engrais vert, on trouve davantage
d’azote et de carbone dans le sol, dans l’organisme des microbes.
Les engrais verts augmentent la quantité de bactéries, de
champignons filamenteux, de levures et de bactéries nitrifiantes.
Ce ne sont que quelques-unes des découvertes de l’agronome
pédologue Bix Biederbeck et de ses collègues du Centre de
recherches sur l'agriculture des prairies semi-arides (CRAPSA) à
Swift Current.
Biederbeck a comparé des rotations dans la région semi-aride
des Prairies : rotation jachère-blé, rotation continue de
blé et rotation de blé/engrais verts. Les engrais verts
utilisés étaient des lentilles, des gesses des bois, des
gesses cultivées ou des pois. Après trois cycles de cette
rotation (6 ans), le sol en culture continue de blé s’était
amélioré comparativement à celui de la rotation jachère-blé.
Par contre, le sol de la rotation engrais verts-blé présentait
les améliorations les plus importantes.
La culture continue de blé a redonné davantage d’éléments
au sol que la rotation jachère-blé, ce qui a sans doute
influé sur l’amélioration du sol. Toutefois, les proportions
relatives de carbone et d’azote sont importantes. Les résidus
de culture de blé ont un rapport carbone-azote plus élevé
que les légumineuses. Dans l’étude de Biederbeck,
les sols après la rotation jachère-blé présentaient
un rapport C/N de 80/1 tandis qu’après la rotation engrais
verts-blé, ce ratio était de près de 35/1. Les micro-organismes
du sol peuvent être plus actifs s’il y a un meilleur équilibre
entre le carbone et l’azote. C’est probablement à cela
que l’on peut attribuer l’amélioration encore plus
élevée du sol après la culture d’engrais verts.
Les micro-organismes du sol sont à la base du cycle des éléments
nutritifs. Leur activité accrue en présence d’engrais
verts est particulièrement importante en agriculture biologique,
car les éléments nutritifs qui entrent dans ce cycle ne
sont pas compensés par des intrants chimiques.
Biederbeck a découvert que le carbone organique augmentait après
les cultures d’engrais verts de légumineuses comparativement
à des cultures de céréales. Ce ne sont pas les conclusions
de toutes les études. Cette différence peut venir du fait
que dans l’étude de Biederbeck, l’engrais vert a produit
presque la même quantité de biomasse, et par conséquent,
presque la même quantité de carbone que la céréale.
Selon certaines études, les céréales sont plus productives
que les légumineuses. Le climat plus sec de la région couverte
par l’étude pourrait, par ailleurs, avoir causé un
plus grand rapport système racinaire/système foliacé.
Selon d’autres études, le carbone provenant de la matière
racinaire persiste plus longtemps dans le sol que le carbone de la matière
foliaire. Les résidus du système foliacé pourraient
être la principale source d’azote pour les cultures consécutives
à des engrais verts. Les résidus des racines ont sans doute
davantage de bienfaits sur l’amélioration de la structure
du sol, ce qui réduit les risques d’érosion, améliore
la capacité du sol au plan de la rétention de l’eau,
et accroît la capacité des racines à pénétrer
les couches du sol. Il est probable qu’une bonne part de la matière
organique persistante du sol provient des racines.
Dans les régions où les taux d’humidité sont
suffisants, une culture de vivaces est plus bénéfique qu’une
culture d’annuelles comme engrais vert. Lorsqu’elle étudiait
à l’Université du Manitoba, Alison Nelson a montré
que les cultures vivaces apportaient au sol beaucoup plus de matière
organique que les cultures d’annuelles. Elle a découvert
que le recours à des rotations de vivaces diminuait les risques
d’érosion éolienne ou hydrique.
Nelson a découvert que la stabilité des agrégats
à l’état humide était plus élevée
dans les rotations en gestion biologique que dans les rotations en agriculture
conventionnelle, à Carman (Manitoba). La stabilité de agrégats
est la capacité des particules du sol à s’agglomérer
et donc à éviter l’érosion. C’est pourquoi
les rotations en gestion biologique étaient moins sujettes à
l’érosion. Généralement, la résistance
plus élevée aux phénomènes d’érosion
est liée à une augmentation de la matière organique,
mais cela n’a pas été le cas à Carman. En fait,
c’est le contraire qui s’est produit. Nelson estime que la
capacité accrue des particules du sol à s’agglomérer
pourrait être attribuable à un type différent de matière
organique plutôt qu’à une augmentation de la quantité
globale de matière organique. Les champignons mycorhiziens à
arbuscules sont souvent plus présents dans les systèmes
biologiques et ils jouent un rôle important dans la stabilisation
de la structure du sol en produisant des polysaccharides, un type «
collant » d'hydrates de carbone qui lie les particules du sol.
Considérées dans leur ensemble, ces études viennent
corroborer les preuves selon lesquelles l’inclusion d’engrais
verts dans une rotation contribuera à la bonne structure du sol,
réduira l’érosion et en accroîtra la fonction
biologique qui est le fondement même et le cœur de la productivité
du sol dans les systèmes biologiques.
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est la coordonnatrice pour les Prairies du
Centre d’agriculture biologique du Canada au Collège d’agriculture
de l’Université de la Saskatchewan. Elle attend vos commentaires
au 306-966-4975 ou par courriel à brenda.frick@usask.ca.
Références
Biederbeck V.O., R.P. Zentner et C.A. Campbell. « Soil microbial
populations and activities as influenced by legume green fallow in a semiarid
climate », Soil biology & biochemistry, vol. 37 (2005), p. 1775-1784.
Nelson, A.G. Soil erosion risk and mitigation through crop rotation on
organic and conventional cropping systems, automne 2005, Mémoire
de maîtrise en sciences, Université du Manitoba, Dept. of
Plant Science.
Puget, P. et L.E. Drinkwater. « Short-Term Dynamics of Root- and
Shoot-Derived Carbon from a Leguminous Green Manure », Soil Science
Society of America Journal, no 65 (2001), p. 771-779.
English
Affiché en septembre 2007
|