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La lutte mécanique contre les mauvaises herbes dans les systèmes agricoles biologiques

Av Singh, Ph.D.

Les recherches qui soulignent les producteurs biologiques ont besoin de davantage d'information sur la lutte contre les mauvaises herbes se succèdent. En particulier, les producteurs en transition et les producteurs récemment convertis à la production biologique sont souvent accablés par la pression exercée par les mauvaises herbes. Le producteur biologique a beaucoup de solutions de rechange pour réduire les problèmes de mauvaises herbes, telles que la rotation des cultures, les cultures intercalaires, l'allélopathie, les paillis, l'utilisation de semences propres et le choix des cultivars. Il peut également varier la densité et la date des semis, ainsi que l'espacement des rangs pour réduire au minimum l'invasion des mauvaises herbes. En dépit de tous ces outils, nombreux sont ceux qui doivent quand même avoir recours à une certaine forme de lutte mécanique contre les mauvaises herbes. Dans les cultures telles que le soja, le maïs et les petites céréales (blé, orge, avoine), beaucoup de producteurs biologiques se tournent vers deux types d'outils de sarclage mécanique, à savoir la houe rotative et le sarcloir à céréales ou peigne (herse à dents flexibles).

Houe rotative
La houe rotative est constituée de plusieurs roues oscillantes adjacentes munies de structures semblables à de petites cuillères à l'extrémité, qui servent à briser et projeter le sol jusqu'à une profondeur de 1 à 2 pouces. Les jeunes mauvaises herbes (principalement au stade de « fil blanc » ou cotylédonaire) sont détruites efficacement en étant enterrées ou arrachées, ce qui facilite le dessèchement des plants de mauvaises herbes. La houe rotative est plus efficace si elle est utilisée deux fois, au stade de préémergence (c.-à-d., un passage aveugle) et une autre fois plus tard. Le moment du second passage de la houe rotative diffère selon la culture. Par exemple, la houe rotative fonctionne bien dans le maïs à partir de l'apparition de la première feuille (« pointe ») jusqu'à l'étape de 4 feuilles, alors qu'on ne devrait pas passer la houe rotative dans les céréales à partir de l'apparition des plantes jusqu'au stade de deux feuilles au plus tôt.

Sarcloir à céréales dans le maïs au stade de quatre feuilles
Houe rotative au stade de préémergence.
Photo courtoisie d'Yvon Douville

Lors du passage houe rotative, on fait souvent l'erreur d'aller trop lentement. La houe rotative est plus efficace à une vitesse qui se situe entre 10 et 20 km/h. L'un des principaux avantages que présente l'utilisation de la houe rotative est qu'un producteur peut cultiver de grandes surfaces en un laps de temps relativement court. Si la menace des mauvaises herbes est grande, les producteurs décideront souvent d'effectuer un second passage. Il est recommandé de faire le second passage quelques jours plus tard, et dans la direction opposée du premier passage. On obtient les meilleurs résultats avec une houe rotative lorsque les sols sont légèrement secs et recouverts d'une croûte. Ils sont plus variables sur les sols plus meubles ou sablonneux.

Sarcloir à céréales
Le sarcloir à céréales, ou peigne, est muni de plusieurs longs doigts à ressort disposés comme les dents d'un peigne qui vibrent dans le sol pour en agiter la surface. Cela a pour effet de déraciner les mauvaises herbes, de les enterrer ou de les mutiler. Les effets du peigne sont légèrement meilleurs que ceux de la houe rotative sur les mauvaises herbes plus mûres (mauvaises herbes présentant des premières feuilles). Le stade de croissance de la plante cultivée est plus critique pour le peigne que pour la houe rotative, car son action est plus radicale. Tout comme la houe rotative, le sarcloir à céréales constitue un outil efficace pour les passages aveugles mais, idéalement, on doit faire un seul passage dans la culture. Dans le maïs et les céréales, le stade de 3 à 5 donne les meilleurs résultats.

Houe rotative au stade de préémergence
Sarcloir à céréales dans le maïs au stade de quatre feuilles.
Photo courtoisie d'Yvon Douville

La vitesse de passage dans une culture en postémergence varie de 6 à 12 km/h. On recommande de régler l'outil avant chaque passage en tenant compte du stade de la culture et de l'importance de la présence des mauvaises herbes. Il est possible de modifier la tension des dents ou de réduire la vitesse de passage pour diminuer au minimum les dommages subis par la culture.
La houe rotative et le sarcloir à céréales fonctionnent très bien dans les champs présentant peu ou pas de résidu en surface. Ces outils de sarclage n'ont aucun effet sur les mauvaises herbes vivaces bien établies ou les mauvaises herbes annuelles aux racines profondes comme la folle avoine. Les dents du sarcloir ramassent facilement les tiges de maïs, les rhizomes de chiendent ou les amas de chaume et traînent ces résidus, endommageant ainsi la culture.

Le sous-semis, une pratique courante chez les producteurs biologiques, peut être quelque peu limitée par le sarclage mécanique. Les producteurs biologiques qui utilisent des houes rotatives ou des sarcloirs à céréales doivent modifier leur régie des cultures pour donner toutes les chances à leur stratégie de désherbage et à l'établissement de la récolte. Le sarclage mécanique est souvent effectué avant la germination des graines de plantes fourragères. Il est également possible d'installer un semoir de plantes fourragères sur l'outil de sarclage ou encore de semer à la volée ces semences immédiatement avant l'opération de sarclage.

Les recommandations ou précautions générales qui touchent l'usage d'une houe rotative ou d'un peigne incluent : 1) lorsqu'on prévoit passer le sarcloir en préémergence, alors la profondeur des semences devrait être d'au moins 4 centimètres (1 pouce ½) ; 2) on devrait augmenter la densité de semis de 5 à 10 % pour tenir compte des dommages subis par la culture ; et 3) il faut régler l'outil en l'essayant sur une courte distance avant d'entreprendre le reste du champ. Normalement, moins de 5% des plantes cultivées devraient subir des dommages importants (c.-à-d., complètement enterrées ou déracinées). En gardant cela l'esprit, voici un dernier conseil qu'on entend fréquemment dans la bouche des adeptes du sarclage mécanique : « NE REGARDEZ PAS DERRIÈRE VOUS ! » Après le réglage du sarcleur, on recommande souvent de ne pas s'inquiéter si le champ a l'air un peu « mal en point ». Les plantes cultivées sont résistantes et récupèrent bien. Les rendements lors de la récolte ne devraient pas en être affectés.

Il semble plutôt étrange de discuter de la lutte mécanique contre les mauvaises herbes à la fin de notre saison de culture, mais j'ai voulu réveiller un certain intérêt pour l'utilisation de ces instruments de sarclage. Une houe rotative (6m/20pi.) se vend habituellement moins de 7 000 $ et on peut souvent trouver un sarcloir à céréales ou peigne (herse à dents flexibles de 6m/20pi) pour moins de 6 000 $.Ces outils sont également utiles pour les producteurs conventionnels de grandes cultures et les maraîchers. Aussi, les occasions de partager du matériel avec les voisins peuvent se présenter (vérifiez auprès de votre organisme de certification pour découvrir quelles sont leurs normes en ce qui concerne le partage de matériel agricole avec des producteurs en transition ou conventionnels).

Pour conclure, beaucoup de producteurs qui collaborent avec le CABC utilisent le sarclage mécanique. L'un de ces producteurs en transition est Andrew Kernohan de Parrsboro (NS). On peut trouver un témoignage de son expérience avec le sarclage mécanique, portant en particulier sur l'utilisation d'un sarcloir à céréales, ailleurs sur notre site Web. Cliquez ici pour le lire.


Pour obtenir plus d'information, veuillez contacter le Centre d'agriculture biologique du Canada au 902-893-7256 ou par courriel au oacc@nsac.ca.


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