
Le biologique peut-il nourrir le monde?
par Brenda Frick
Nous entendons souvent dire que la production biologique est réservée
aux marchés à créneaux ciblant les riches, et qu’elle
ne pourrait pas nourrir la planète. Cette idée se fonde
sur un certain nombre de mythes sur les causes de la faim et sur l’agriculture
biologique elle-même.
Mythe 1 : Les rendements biologiques sont faibles
L’agriculture biologique a été comparée à
l’agriculture classique dans de nombreuses études, portant
tant sur le riz au Bangladesh1 que sur l’élevage
du mouton en Nouvelle-Zélande2, en
passant par les pommes3, le maïs4
ou le soja4 aux États-Unis et les cultures
de céréales en Suisse5. Nombreuses
sont les études qui révèlent des rendements similaires
pour les produits biologiques et ceux obtenus selon les systèmes
classiques1,3,6,7.
Certaines études indiquent que les rendement biologiques sont de
l’ordre de 80 % des rendements classiques5,7
ou même de 50 %1,4,8.
Il y a aussi des études qui affirment que les rendements biologiques
sont supérieurs aux rendements classiques, certains de 200 à
300 %4.
Ces études indiquent que les cultures biologiques ont la possibilité
d’un bon rendement.
La recherche en agronomie biologique a été négligée
au cours des 50 dernières années et refait maintenant surface
en tant que secteur d’études très fécond. Il
y a des possibilités de recherche là où les rendements
biologiques sont faibles. Lorsque autant d’efforts seront investis
dans la production biologique que dans celle avec produits chimiques,
peut-être les rendements biologiques augmenteront-ils.
Mythe 2 : Le biologique va nuire à protection des
ressources
Les agriculteurs biologiques utilisent souvent des engrais verts, qui
retirent la terre du système de production pendant une saison.
De ce fait, certains se disent qu’une augmentation de la production
biologique exige une plus grande superficie de terres, au détriment
des espaces naturels.
Voyons de plus près les deux méthodes de production d’azote,
celle utilisant des légumineuses et celle utilisant de l’ammoniac
anhydre. Les agriculteurs qui utilisent un engrais vert à base
de légumineuses en rotation alimentent les microbes qui fixent
l’azote littéralement dans l’air. Cette source d’azote
est abondante et disponible sur place (78 % de l’air au-dessus de
chaque acre) sans autre matière première que celle nécessaire
à la culture des légumineuses.
L’engrais à base d’ammoniac anhydre est aussi produit
à partir de tout l’azote que l’on trouve dans l’air,
mais là, en utilisant le gaz naturel. Le processus industriel utilise
d’énormes quantités d’énergie et produit
des gaz à effet de serre. On a accusé la fabrication et
l’utilisation des engrais à base d’azote de contaminer
les eaux de surface et souterraines et on leur reproche les zones mortes
le long des rivages, notamment dans le bassin hydrographique du Mississippi
et dans le golfe du Mexique9.
Martin Entz, de l’Université du Manitoba, a comparé
l’utilisation de l’énergie dans des parcelles de recherche10.
Il a découvert que la production biologique utilisait moins de
la moitié de l’énergie utilisée dans la production
classique et qu’une grande partie de cette différence était
due à l’apport des engrais. De plus, la production classique
dégageait de 2 à 2,5 fois plus de CO2 et utilisait de 2,2
à 2,8 fois plus d’énergie que la production biologique.
Les systèmes biologiques utilisent de façon constante moins
d’énergie à l’acre ou à la calorie de
produit alimentaire obtenu. Alors que le prix du carburant augmente, le
fait de brûler plus de gaz pour augmenter la production vivrière
a d’énormes conséquences. Il est peu probable que
ce soit là la façon de protéger les ressources naturelles.
Mythe 3 : Il faut augmenter la production vivrière
pour répondre à la demande de ceux qui ont faim
Le Programme Alimentaire Mondial des Nations-Unies estime qu’il
existe actuellement dans le monde 815 millions de personnes souffrant
de la faim chronique. Il affirme aussi que nous produisons suffisamment
de nourriture pour que chacun des 6,4 milliards d’habitants de la
planète puisse être en bonne santé et mener une vie
active11. Le problème réside
dans la pauvreté. Les pauvres n’ont tout simplement pas assez
d’argent pour acheter cette nourriture, pourtant abondante. Il s’agit
d’un échec tragique de notre système social et non
pas d’un manque de production12.
Il n’est pas probable non plus qu’en augmentant la production,
on puisse résoudre le problème de la faim dans le monde.
Au Canada, les exportations de produits alimentaires ont augmenté
de 2,5 fois au cours des 15 dernières années, alors que
le revenu agricole… n’a pas augmenté du tout13.
Il y a eu un surplus de grains dans les fermes de la Saskatchewan en 2005
alors que des fermes ont été vendues aux enchères
pendant des mois. L’augmentation de la production n’aide absolument
pas nos agriculteurs.
Un grand nombre des personnes qui ont faim dans le monde vivent dans
les campagnes, dans des pays qui exportent des produits alimentaires ou
autres produits agricoles comme le café. Une augmentation des exportations
de leur pays ne leur apporte probablement pas plus de nourriture.
Quel est le rôle de l’agriculture biologique dans le dilemme
alimentaire du monde? D’abord, les systèmes biologiques ne
mettent pas en danger l’approvisionnement alimentaire du monde en
réduisant les rendements ou en nuisant à la protection.
Les systèmes biologiques dépendent moins de l’achat
de matières premières et sont ainsi plus accessibles pour
ceux qui ont un revenu très limité.
L’agriculture biologique est une solution très prometteuse
pour ce qui est de répondre à la demande en produits alimentaires
du monde. Elle peut permettre aux agriculteurs de garder leur argent et
donc leurs terres, tout en réduisant l’utilisation de l’énergie
et en produisant beaucoup de nourriture.
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est coordonnatrice, dans la région
des Prairies, du Centre d’agriculture biologique du Canada au College
of Agriculture, Université de la Saskatchewan. Elle se fera un
plaisir de recevoir vos commentaires au 306-966-4975 ou par courriel,
à brenda.frick@usask.ca.
Références
1 Golam, R. et G. B. Thapa. 2003. Sustainability analysis
of ecological and conventional agricultural systems in Bangladesh. World
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2 Nguyen, M. L. et R. J. Haynes.1995. Energy and labour
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(pasture-arable) farms in Canterbury, New Zealand. Agriculture, Ecosystems
and Environment 52(2/3): 163-172.
3 Reganold, J. P., J. D. Glover, et coll. 2001. Sustainability
of three apple production systems. Nature 410(6831): 926
4 Lotter, D.W., R. Seidel, et W. Liebhart. 2003. The performance
of organic and conventional cropping systems in an extreme climate year.
American Journal of Alternative Agriculture 18(3):146–154.
5 Mäder, P.,et coll. 2000. Soil Fertility and biodiversity
in organic farming. Science 296(5573): 1694.
6 Martini, E. A., J. S. Buyer, et al. 2004. Yield increases
during the organic transition: improving soil quality or increasing experience?
Field Crops Research 86(2/3): 255-266.
7 Bromm, J. 2002. An economic and productivitiy comparison
of organic and conventional farming in Saskatchewan. Honours thesis, Lakeland
University
8 Entz, M.H., R. Guilford et R. Gulden. 2001. Crop yield
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the Northern Great Plains. Can. J. Plant Sci. 81:351–354
9 Rabalais, N.N., R.E. Turner et W.J. Wiseman, Jr. 2002.
Gulf of Mexico Hypoxia, A.K.A. “The Dead Zone”. Ann. Rev.
Ecol. Syst. 33: 235-63.
10 Entz, M. http://www.umanitoba.ca/afs/plant_science/glenlea/glenlearesresults.html
11 Programme Alimentaire Mondial des Nations-Unies. 2005.
Why does hunger exist? http://www.wfp.org/aboutwfp/introduction/hunger_causes.asp?section=1&sub_section=1
12 Food First. 1998. 12 myths about hunger. http://www.foodfirst.org/pubs/backgrdrs/1998/s98v5n3.html
13 NFU, 2003. The Farm Crisis, Bigger Farms, and the
Myths of “Competition” and “Efficiency”. http://www.nfu.ca/Releases/Myths_news_release_THREE.rel.pdf
Cet article a été publié pour la première
fois dans The Western
Producer et est reproduit sur le site Web du CABC avec son autorisation.
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