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Délimitation et zones tampons

Desiree Jans, Ph.D.

Il n'est pas possible de garantir que les cultures certifiées biologiques soient exemptes de résidus de pesticides. En revanche, la certification biologique garantit que les producteurs respectent des normes bien précises pour faire pousser leurs cultures. Dès lors, comment peut-on limiter les risques de contamination de ces cultures par des substances prohibées? Le projet de Norme nationale du Canada sur les systèmes de production biologiques, rédigé en 2005, préconise l'établissement d'un espace limitrophe identifiable appelé « zone tampon » et destiné à délimiter l'unité de production biologique.

La contamination des champs biologiques se fait soit par voie aérienne, soit par l'eau. Les niveaux de risque varient en fonction des activités dans les zones adjacentes. Ainsi, les producteurs conventionnels des zones avoisinantes peuvent utiliser des pesticides, des amendements de sols et des approvisionnements en semences qui sont interdits sous régie biologique. Les pesticides vaporisés se transportent aisément vers les champs avoisinants, c'est notoire. De plus, les particules de sols contenant des contaminants peuvent aussi migrer sous l'effet de l'érosion aérienne ou hydrique. La contamination peut en outre provenir d'activités réalisées sur des chemins de fer, des routes, des lignes de transport d'électricité et certains cours d'eau, de même que dans des bâtiments industriels où des produits interdits sont utilisés.

Autre source de contamination, moins flagrante par contre : les organismes génétiquement modifiés (OGM). Le pollen provenant de plantes GM à pollinisation libre peut entraîner une pollinisation croisée de plantes non génétiquement modifiées puisque le pollen peut parcourir de grandes distances. C'est pourquoi  l'Association canadienne de producteurs de semences tente de protéger les cultures semencières certifiées contre la pollinisation croisée en établissant des marges de retrait minimales : 800 m pour le canola hybride et 200 m pour le maïs. Certaines études ont démontré que les courants de vents imprévisibles, conjugués aux insectes butineurs, peuvent transporter le pollen sur des distances considérables. Cela explique la découverte de semences GM dans des collections de semences réputées a priori non génétiquement modifiées. Les semences GM peuvent en outre être transportées par le vent ou tomber des camions de grains et ainsi polluer des champs de cultures biologiques. Puisque tout matériel issu de manipulations génétiques est interdit sous régie biologique, la contamination par les OGM peut entraîner, pour le producteur biologique, la perte de sa certification. À l'heure actuelle, ce sont les producteurs biologiques qui ont la charge d'éviter la contamination par le matériel GM. Cette obligation se traduit parfois par une diminution des choix de cultures. En Saskatchewan, par exemple, des producteurs certifiés biologiques livrent toujours une bataille judiciaire, appelée à faire jurisprudence, contre Monsanto et Bayer CropScience à qui ils réclament un dédommagement pour la perte du canola comme choix de culture en raison des risques de contamination génétique.

Lorsqu'elles sont bien aménagées, les zones tampons réduisent les risques de contamination parce qu'elles interceptent ou détournent les contaminants entrants. Le projet de Norme nationale indique que la zone tampon doit compter au moins 8 mètres de large et, dans la mesure du possible, contenir une haie ou une culture-appât qui mesure 1,5 fois la taille de la culture adjacente traitée avec des substances prohibées. Les exigences spécifiques varient cependant selon la situation. Des mesures plus draconiennes peuvent s'avérer nécessaires lorsque la culture limitrophe est une source importante de contaminants (comme dans le cas des cultures GM). Des analyses chimiques de résidus et des analyses génétiques peuvent également être nécessaires. Advenant une contamination prouvée, le site ne peut plus servir à une production certifiée biologique. 

On utilise souvent des haies arborées pour constituer la zone tampon. Les plantations hautes et denses constituent d'excellents brise-vent. De plus, dans les zones climatiques plus sèches, les haies ont l'avantage d'emprisonner la neige, ce qui améliore les conditions d'humidité du sol au printemps. La création d'un habitat diversifié grâce à la plantation d'arbres et d'arbustes est également favorable pour la faune. En revanche, les zones plantées d'arbres sont incultivables pendant quelques années. Les grands arbres peuvent produire de l'ombre aux cultures adjacentes et faire concurrence aux cultures pour les éléments nutritifs du sol. Les haies arborées requièrent également un entretien ponctuel. 

La zone tampon peut tout aussi bien contenir des graminées vivaces ou un mélange de graminées et de légumineuses. Bien que les haies brise-vent constituées de graminées ne sont pas aussi efficaces que les haies arborées, elles offrent néanmoins certains avantages. En effet, il est plus facile de reconvertir la zone à un usage agricole advenant la disparition de la menace de contamination (c'est-à-dire, lorsque vous aurez convaincu votre voisin de se convertir à la régie biologique!) De plus, les graminées de la zone tampon peuvent être récoltées pour les besoins alimentaires du bétail (même si ces fourrages ne sont pas certifiés biologiques) ou laissées en la demeure pour constituer un habitat pour la faune. 

Certains producteurs choisissent de cultiver les zones tampons. Cette pratique peut poser des problèmes puisque les cultures des zones tampons ne peuvent obtenir une certification biologique. La production, en parallèle, de cultures biologiques et conventionnelles qui ne se distinguent pas visuellement est réglementée par la plupart des organismes de certification. Dans les cas où des cultures similaires sont cultivées en parallèle, les producteurs doivent établir un système permettant de distinguer visuellement la plante biologique de la plante conventionnelle en plus de séparer les deux plantes pendant la production, l'entreposage et la mise en marché. Des registres précis sont également exigés dans ce cas. 

Outre le choix judicieux des végétaux constituant la zone tampon, il importe de tenir compte de la topographie du vent. Ainsi, en identifiant la direction dominante du vent, il est possible maximiser la capacité de la haie à emprisonner les contaminants aéroportés. On conseille par ailleurs l'aménagement de rigoles et de fossés, de même que l'ajout de sols absorbants le long des cours d'eau de manière à détourner les contaminants dans l'atmosphère.

Somme toute, la meilleure protection contre les contaminants demeure les bonnes relations de voisinage. Les producteurs biologiques sont tenus d'informer leurs voisins de leur certification biologique et des problèmes que la contamination par une substance prohibée pourrait entraîner. Un bon voisin fera ce qu'il peut pour respecter les limites des terrains. 


Desiree Jans, Ph.D., est une formatrice Web pour le Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC). Pour en savoir davantage sur les cours offerts par le CABC ou pour nous faire part de vos commentaires, composez le 902 893-7256 ou écrivez-nous à oacc@nsac.ca.


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