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La disparition des terres agricoles canadiennes

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Le Canada est un pays de vastes espaces et de terrains variés. Cependant, à l’échelle nationale, cette base de terres qui semble infinie a un potentiel agricole limité. Dans les faits, 94% des terres canadiennes sont impropres à l’agriculture. De ce faible pourcentage de terres utiles aux entreprises agricoles, seulement 0,5% est désigné comme appartenant à la classe 1, quand il n’y a aucune limitation à l’activité agricole. Malheureusement, à cause de l’urbanisation, de pratiques agricoles médiocres et des autres activités non agricoles, ce petit pourcentage de terres agricoles viables diminue à un taux alarmant. Statistique Canada, par exemple, rapporte  qu’entre 1971 et 2001, plus de 40 000 kilomètres carrés des meilleures terres agricoles ont été perdues au profit du développement urbain.

Heureusement, davantage d’individus reconnaissent l’importance d’une campagne agricole saine pour promouvoir la sécurité alimentaire, les activités récréatives et la conservation des habitats et demandent aux décideurs et politiciens du Canada pourquoi cette terre précieuse et à la fois limitée serait appelée à disparaître.

Certains pourraient répondre que c’est la structure même de la politique canadienne qui induit cette rapide réduction de la surface agricole. Les initiatives politiques fédérales, tel le programme Cultivons l’avenir d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, mettent l’emphase sur le « comment » des pratiques agricoles, en insistant sur les éléments essentiels à une économie agricole saine et viable qui sont, plus spécifiquement, l’innovation, les besoins locaux et de meilleures pratiques de gestion. Cependant, ces programmes ne réussissent pas à cerner le « lieu » de l’activité agricole. Actuellement, c’est le rôle des provinces, des régions et des municipalités, en conjugaison avec une foule d’autres intérêts non liés à l’agriculture, de décider si la sauvegarde de terres agricoles disponibles pour la production répond le mieux aux intérêts de la communauté. Malheureusement, la nature compétitive de cette approche destinée à préserver les terres agricoles, qui est à paliers multiples et qui va de bas en haut, a produit un système de gestion de la terre nationalement fragmenté, quelques provinces ayant adopté des modèles de zonage et de réserves de terres agricoles alors que d’autres ne le font tout simplement pas.

Par exemple, les provinces de l’Ontario, du Manitoba, de l’Alberta et de la Saskatchewan, qui abritent 99% des terres canadiennes agricoles de classe 1, ne possèdent pas de modèles centralisés de préservation des terres agricoles, et cela produit des résultats catastrophiques. L’Ontario, par exemple, avec plus de 56% des terres de classe 1 au pays, a perdu au cours des deux décennies écoulées entre 1976 et 1996 plus de 150 000 acres, soit 18% des terres de classe 1 de la province, au profit de l’empiètement urbain et d’intérêts non agricoles. En l’absence de politiques protectrices, même les provinces qui possèdent peu de terres agricoles fiables continuent d’afficher des pertes. La Nouvelle-Écosse, par exemple, a vu 80% de ses terres agricoles fonctionnelles être utilisées  à d’autres fins que l’agriculture entre 1921 et 2006.

Il est triste de constater que même les provinces qui ont établi des politiques de protection des terres ne soient pas sans reproches. La Réserve de terre agricole de la Colombie-Britannique et la Loi sur le zonage agricole du Québec, deux modèles de politiques de planification destinées à protéger de l’empiètement urbain la faible quantité de terres agricoles de qualité,  ont subi une lente érosion de leurs premiers principes. Depuis sa mise en vigueur, la réserve de la C.-B., n’incluant que 5% des terres de la province, a subi une perte nette de plus de 35 000 hectares, desquels 72% comptaient parmi les terres plus fertiles et intéressantes du sud de la province. Le Québec, dont seulement 2% des terres peuvent être cultivées, envisage aussi de retrancher 514 hectares de terres de valeur dans la région périphérique de Montréal afin de faire place à une autoroute.

En l’absence d’une législation contraignante visant à protéger les terres agricoles canadiennes, de nombreux fermiers et citoyens assument la responsabilité de préserver la terre agricole. Certains individus ont recours à des clauses restrictives ou à des servitudes pour interdire l’exploitation et la division de leurs terres.

D’autres lèguent une partie ou l’ensemble de leurs terres à des fiducies. Le Ontario Farmland Trust, le Land Conservancy de la C.-B. et le Genesis Land Conservancy de la Saskatchewan sont des exemples d’organisations qui, non seulement conservent les terres agricoles, mais assurent que la terre soit cultivée sous un système de gestion durable ou, dans le cas de Genesis, en conformité à un système de gestion biologique.  Malheureusement, l’implantation de ces mesures requiert du temps et est complexe. Le fardeau de préserver la biodiversité et la fertilité des terres agricoles canadiennes repose donc sur les épaules de fermiers individuels ou d’organisations non-gouvernementales, plutôt que sur les gouvernements même.

La terre agricole du Canada est une ressource restreinte. Une fois perdue, elle ne peut être récupérée. L’empiètement et le développement urbains, de piètres pratiques agricoles et des politiques de planification peu structurées continuent encore d’éroder la faible quantité de terres agricoles fertiles disponibles pour les Canadiens. En fin de compte, les Canadiens perdent la capacité de se nourrir par eux-mêmes. Notre gouvernement fédéral peut légitimement être interpelé pour mettre en place une législation qui préservera indéfiniment les terres agricoles, pour le bien des générations de Canadiens présentes et futures. Il s’agit vraiment d’un sujet de sécurité nationale.


Rédigé par Tanya Brouwers pour CABC. Pour plus d’information : 902-893-7256 ou oacc@dal.ca.


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Affiché en août 2010

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