
De la parole aux actes : Certification des terres biologiques de recherche
Par Roxanne Beavers, M.Sc., P.Ag.
Au Centre d’agriculture biologique du Canada (CABC), les chercheurs
étudient les pratiques de production biologique et évaluent
les conséquences environnementales du passage au biologique. Une
bonne part des recherches menées au CABC se fait dans les fermes
biologiques et en transition du Canada.
Les systèmes d’agriculture biologique sont basés
sur l’engraissement du sol et la vie du sol, et les caractéristiques
des sols biologiques peuvent différer grandement de celles des
exploitations classiques. Les contraintes qu’exercent les mauvaises
herbes et les insectes sur les exploitations biologiques peuvent aussi
différer de celles des productions classiques. Les pratiques consistant
à utiliser de plus longues rotations des cultures peuvent permettre
l’apparition de mauvaises herbes plus vivaces ou d’une dynamique
insectes–cultures différente.
Les chercheurs comprennent l’importance de tester les pratiques
de culture biologique sur des terres gérées de façon
biologique pour arriver à des résultats probants pour les
agriculteurs.
Cependant, les essais ne peuvent pas tous être effectués
à la ferme. Certains projets étudient les problèmes
causés par les mauvaises herbes et les ennemis des cultures ou
encore les niveaux de fertilité très bas ou très
élevés. Les chercheurs peuvent évaluer des cultures
ou des produits biologiques nouveaux dont l’efficacité n’est
pas encore prouvée. Il est facile de comprendre que les agriculteurs
peuvent ne pas vouloir que ces produits soient testés sur leurs
terres actives. Certains essais exigent aussi des conditions étroitement
contrôlées, et il peut être nécessaire de recueillir
des données sur certains facteurs chaque semaine, chaque jour ou
même chaque heure. Pour toutes ces raisons, une installation de
recherche biologique est avantageuse.
En 2002, dix hectares du pâturage Brookside du Collège d’agriculture
de la Nouvelle Écosse, à seulement 3 km du bureau principal
du CABC, sont devenus disponibles pour les recherches biologiques. En
2003, notre processus de transition vers une certification biologique
a commencé. Il est maintenant obligatoire de respecter la norme
canadienne sur l’agriculture biologique. La norme inclut des exigences
concernant la tenue de dossiers décrivant l’historique du
champ, les rotations et la gestion ainsi que l’utilisation de semences
biologiques lorsqu’il y en a de disponibles. Une demande est présentée
et examinée chaque année et un inspecteur indépendant
se rend au site pour vérifier les pratiques.
Nous sommes fiers d’annoncer qu’en 2006, le site de recherche
de Brookside a été certifié biologique par l’Organic
Crop Producers and Processors (OCPP). Avec plusieurs parcelles de recherche
et différentes variétés testées, nous avons
eu quelques défis à relever en chemin. À Brookside,
nous accueillons au moins 10 projets de recherche par année, portant
sur des sujets aussi variés que les variétés de lin
et de soja ou encore l’effet des composts sur la fertilité
et la qualité des sols. Notre historique des champs est conçu
de façon à permettre de consigner des données sur
huit champs principaux de 1 à 2 ha chacun, avec des renseignements
détaillés sur les semences et la lutte contre les ennemis
des cultures et des commentaires sur la fertilité des sous-parcelles
dans chaque champ. Cela représente beaucoup de travail d’écriture,
mais le processus devient plus facile avec l’expérience.
En tant qu’établissement de recherche, nous avons parfois
besoin de mettre à l’essai des produits expérimentaux
ou de faire ressortir les différences entre les systèmes
de production biologiques et classiques. Deux parcelles réservées
à ces fins ne sont pas certifiées. Notre équipe partage
de la machinerie (tracteurs et semoirs) avec la ferme du Collège
d’agriculture de la Nouvelle Écosse, qui est plus grande
et qui est gérée de façon classique. Comme tout producteur
partageant de la machinerie, nous maintenons aussi un registre de nettoyage
et nous consignons comment et quand nous nettoyons la machinerie partagée.
La machinerie agricole est utilisée dans une zone de purge, balayée,
lavée ou passée à l’aspirateur.
Le site de Brookside du CABC n’est pas le premier établissement
de recherche certifiée biologique au Canada. Pour autant que l’on
sache, cet honneur revient à un verger à la station de recherche
Kentville d’Agriculture Canada, en Nouvelle Écosse, et à
la Back to the Farm Research Foundation, un organisme sans but lucratif
en Saskatchewan, tous deux certifiés biologiques en 2002. En Ontario,
le Collège d’Alfred de la University of Guelph fait des démarches
pour obtenir une certification biologique pour un centre de recherches
laitières. Certaines terres sont déjà certifiées
et une ferme laitière en exploitation sera biologique d’ici
à 2008. Beaucoup plus d’installations sont gérées
selon des techniques biologiques, y compris certaines sections de la station
de recherche Scott, d’Agriculture Canada, en Saskatchewan, et les
installations Carman, à la University of Manitoba. Bien que la
certification ne soit pas nécessairement souhaitable pour tous
les sites de recherche, le personnel du CABC reconnaît l’intérêt
de faire certifier certains de ses champs de recherche, surtout lorsqu’on
tient compte du mandat faisant du CABC le centre national de la recherche
biologique. Le processus de certification aide aussi les chercheurs à
mieux comprendre les besoins des agriculteurs biologiques et les questions
de recherche soulevées par la norme biologique.
Roxanne Beavers est une coordonnatrice de la recherche au Centre d’agriculture
biologique du Canada. Veuillez nous faire parvenir vos questions ou vos
commentaires par téléphone au 902-893-7256 ou par courrier
électronique à l’adresse oacc@nsac.ca.
Publié en novembre 2007
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