
La sélection pour la production biologique
par Brenda Frick, Ph.D
Les agriculteurs tireraient-ils des avantages si la sélection
des variétés était faite en fonction de la production
biologique? Au cours des 50 dernières années, de nouveaux
cultivars ont été étudiés surtout en fonction
de systèmes de production avec apport important d'intrants.
Cette approche a permis de sélectionner des variétés
qui conviennent bien à l'agriculture conventionnelle. Certaines
caractéristiques qui conviennent particulièrement à
la production biologique ont pu être négligées.
De nombreuses qualités sont recherchées en production biologique.
Certaines d'entre elles sont partagées avec la production
conventionnelle, comme par exemple la tolérance à la sécheresse,
la résistance aux insectes et aux maladies ou le rendement élevé.
D'autres caractéristiques peuvent être plus importantes pour
les producteurs biologiques que pour leurs collègues conventionnels,
par exemple la capacité de former des associations avec des mycorhizes
bénéfiques, de réprimer la croissance des mauvaises
herbes ou de résister à la concurrence des mauvaises herbes.
Certaines qualités gustatives ou nutritives peuvent également
être importantes pour certains marchés biologiques de créneau.
Les producteurs biologiques ne sont pas intéressés par certaines
caractéristiques comme l'assimilation rapide des engrais
synthétiques ou la résistance aux herbicides, par exemple.
Les variétés modernes ont pu acquérir ces qualités
aux dépens d'autres traits qui sont plus importants en production
biologique. Ces préoccupations ont mené un certain nombre
de producteurs à essayer des variétés du patrimoine.
Les producteurs biologiques ont besoin des variétés qui
ne sont pas élaborées à partir de modification génétique.
Si le développement d'espèces continue à passer
par la technologie des OGM, les producteurs biologiques auront besoin
de programmes de sélection distincts.
Sharon
Rempel, chercheuse et formatrice à The Garden Institute of Alberta,
préconise un modèle de sélection qui encourage le
développement de cultivars mis au point dans les communautés
à qui ils appartiennent. En tant qu'élément du Heritage
Wheat Project, elle a, de concert avec l'Alberta Organic Association évalué
plusieurs variétés de blé en production biologique
en 2001 et 2002. Ils ont constaté que les résultats varient
d'un endroit à l'autre. Cela vient appuyer l'idée de la
mise au point de variétés adaptées à la région
où elles seront cultivées.
Sharon envisage la sélection des plantes dans un contexte basé
sur le lien entre les 3 p - les personnes, les plantes et la place. Elle
estime que la sélection locale parrainée par les agriculteurs
favorise l'adaptation biorégionale, la sécurité alimentaire
et la biodiversité. Le Heritage Wheat Project aide à trouver
des semences pour les agriculteurs souhaitant faire pousser des variétés
anciennes et les assiste dans la mise au point de leurs propres programmes
de recherche et de développement de semences à la ferme.
Dean Spaner, professeur et chercheur travaillant à la sélection
de variétés de blé à l'université de
l'Alberta, est également préoccupé par la sélection
de cultivars pour les systèmes agricoles locaux durables. Il est
à la recherche d'un « idéotype biologique »,
ou suite des caractères qui amélioreraient le rendement
du blé sur les fermes biologiques. Il soupçonne que les
variétés biologiques ne sont peut-être pas celles
qui offrent le plus grand potentiel dans des conditions optimales, mais
qu'elles peuvent être celles qui conservent le mieux leur
qualité lorsque soumises à des conditions stressantes.
Avec
l'étudiante graduée Heather Mason, il compare le rendement
de variétés de blé lorsqu'elles sont cultivées
selon des méthodes biologiques ou conventionnelles. Si les variétés
de blé qui produisent bien sous régie biologique sont différentes
de celles qui donnent les meilleurs résultats sous régie
conventionnelle, cela prouve qu'il est important de faire de la sélection
selon des critères particuliers à la production biologique.
Dean et Heather étudient des variétés anciennes et
modernes de blé, pour voir si la sélection faite récemment
a modifié certaines caractéristiques importantes pour les
producteurs biologiques. Ils comparent également la capacité
de concurrencer des peuplements de différentes espèces de
mauvaises herbes de plusieurs variétés de blé. Les
variétés de blé qui répriment efficacement
la prolifération des mauvaises herbes pourraient se révéler
très utiles dans les rotations biologiques.
À l'université de la Saskatchewan, le chercheur en sélection
de lin Gordon Rowland tente de mettre au point des variétés
de lin qui conviennent à des méthodes de production biologiques.
Les producteurs biologiques retardent souvent le moment de semer au printemps,
pour permettre à une génération de mauvaises herbes
hâtives de germer. Le travail du sol qui accompagne les semis élimine
la plupart de ces mauvaises herbes, laissant un lit de semences propre.
Le recours à cette technique avec le lin est risqué, car
cette plante mûrit lentement et le lin semé tard risque de
ne pas être prêt à récolter avant les premiers
gels sévères ou l'arrivée de la neige.
Steve Shirtliffe, de l'université de la Saskatchewan et Eric Johnson
de la ferme expérimentale de Scott d'Agriculture et Agroalimentaire
Canada collaborent à ce projet. Ils évaluent la réaction
des cultivars de lin par rapport à la date de semis dans des conditions
avec ou sans présence de mauvaises herbes. Gordon espère
mettre au point des variétés hâtives de lin qui pourraient
être semées avec succès plus tard, alors que Steve
et Eric espèrent découvrir des systèmes de culture
pour cultiver le lin avec moins de pression des mauvaises herbes.
Les efforts de sélection visant particulièrement les conditions
biologiques sont susceptibles de profiter aux producteurs biologiques,
leur offrant des variétés qui répondent mieux à
leurs besoins. Les producteurs conventionnels pourront agréablement
être étonnés de constater que ces variétés
leur offriront également des solutions de rechange lorsqu'ils
souhaitent réduire leur utilisation d'intrants.
Cliquez ici pour
obtenir de l'information supplémentaire au sujet de l'agriculture
biologique.
On peut communiquer avec Sharon Rempel au (780) 461-9958 ou par courriel
au slrempel@shaw.ca. Cliquer
ici pour en apprendre davantage au sujet du Heritage Wheat Project.
On peut communiquer avec Dean Spaner au (780) 492-2328 ou par courriel
au dean.spaner@ualberta.ca.
On peut communiquer avec Gordon Rowland au (306) 966-4977 ou par courriel
au gord.rowland@usask.ca.
On peut communiquer avec Eric Johnson au (306) 247-2011 ou par courriel
au johnsone@agr.gc.ca.
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est la coordonnatrice pour les Prairies du
Centre d'agriculture biologique du Canada au Collège d'agriculture
de l'Université de la Saskatchewan. Elle apprécierait
recevoir vos commentaires au 306-966-4975 ou par courriel : brenda.frick@usask.ca.
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