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Quelques conseils pour réussir sa fertilisation azotée

D’un point de vue traditionnel, et à notre avis fondamental, les principes de la fertilisation des cultures sur les fermes biologiques doivent s’opérer à l’intérieur d’un système passablement fermé. En d’autres mots, la situation idéale requiert que l’apport d’éléments nutritifs de sources externes (en dehors de la ferme) soit minimisé, tandis que l’utilisation des cycles naturels des éléments nutritifs (i.e. : fixation bactérienne de l’azote atmosphérique, compostage, engrais verts etc.) soit optimisée. Pour de nombreux agriculteurs et agricultrices biologiques, qui doivent ajouter des sources extérieures d’azote (N) à la gestion actuelle de la fertilité de leurs sols, la situation idéale en est une sur laquelle ils et elles doivent encore travailler. Déterminer quel type de fertilisant utiliser, quelle quantité et quand l’appliquer sont les mêmes questions auxquelles les agriculteurs conventionnels doivent faire face, par contre les agriculteurs biologiques ont quelques défis de plus à relever. En effet, les producteurs bio doivent respecter de rigoureux protocoles par rapport à l’utilisation de produits tels que le fumier frais et sont limités aux sources d’azote acceptées par les normes de l’organisme de certification.

La première étape dans la gestion de la fertilisation d’une culture est de déterminer combien d’azote est recommandé pour la culture puisque certaines cultures (avoine, orge, pois, légumes-racines etc.) ont besoin de moins d’azote que d’autres (pommes de terre, maïs, chanvre etc.). Pour trouver la dose d’azote recommandée pour votre culture, nous vous suggérons deux références : premièrement, les grilles de référence en fertilisation du Conseil des Productions Végétales du Québec (CPVQ), ensuite le Organic Field Crop Handbook, publié par Canadian Organic Growers (www.cog.ca). À partir de la dose d’azote recommandée (par exemple, pour le maïs la dose recommandée est de 160-170 kg/hectare ou 150 lb/acre, si vous préférez), il faut soustraire l’azote relâchée par la minéralisation de la matière organique. Plusieurs données et méthodes existent pour calculer l’azote provenant de la matière organique. Certains estimés conservateurs donnent un crédit de 5 kg (environ 10 livres) d’azote par hectare, par pourcentage de matière organique, jusqu’à un maximum de 20 kg (ou 4%). Certains auteurs sont plus généreux et vont créditer jusqu’à 60kg d’azote par hectare. Ce qu’il faut surtout comprendre, ce que ces calculs ne sont que des estimations qu’il faudra probablement ajuster selon les conditions du sol. En effet, si le sol est léger et aéré, si la culture est sarclée et si l’activité biologique du sol est élevée il faudra probablement augmenter notre estimation de l’azote fourni par la décomposition de la matière organique. Si la situation est inverse, il faudra probablement baisser notre estimation. Une fois qu’on a évalué la quantité d’azote libéré par la matière organique, il faut ensuite calculer le crédit d’azote que nous procurent les engrais verts, le compost et les fumiers.

Les engrais verts
La quantité d’azote que fourni un engrais vert peut être très significative si celui-ci est inséré dans un système de rotation qui lui offre le temps adéquat pour produire suffisamment de biomasse. Comme les engrais verts de légumineuses peuvent contenir de 110 à 220 kg d’azote à l’hectare (100 à 200 lb de N par acre), incorporer au sol une bonne quantité de luzerne, de vesce velue ou de trèfle rouge au printemps peut combler les besoins en azote de la prochaine culture. L’effet le plus marqué de l’azote se produira quelques semaines après l’enfouissement de l’engrais vert. Dans le processus de décomposition des tissus, l’azote est converti de sa forme organique à sa forme inorganique (en nitrate ou en ammonium), pouvant ainsi être assimilé par la plante. Lorsqu’on estime la quantité d’azote qui sera disponible à la prochaine culture, il ne faut pas assumer qu’il y aura un transfert total de l’azote organique à l’azote inorganique. Une bonne partie de l’azote sera « immobilisé » et ne sera pas accessible avant les prochaines années, tandis qu’une certaine quantité deviendra inorganique, mais sous forme gazeuse à travers un processus que l’on appelle la dénitrification. En fin de compte, on peut estimer - en restant conservateur - qu’environ la moitié de l’azote de l’engrais vert sera disponible pour la prochaine culture.

Les composts et fumiers
Les composts et les fumiers contiennent et relâchent de l’azote en quantités variables. Par exemple, du fumier de vache laitière incorporé immédiatement au sol (pour limiter les pertes d’azote par dénitrification) devrait fournir de 2 à 5 kg d’azote disponible par tonne. Si l’on prend du fumier de volaille, pour faire contraste, on aura probablement trois fois cette dose (Note : vous devez consultez votre organisme de certification au sujet de l’application appropriée des fumiers non compostés). Le compost mature, quant à lui, contiendra environ 1 à 3 % d’azote total, dépendamment des matériaux d’origine, du processus de compostage et de l’âge du compost. Plus le compost vieilli, plus la disponibilité de l’azote a tendance à baisser. La quantité d’azote disponible l’année de l’application du compost est donc plutôt variable. Des estimés conservateurs chiffrent cette disponibilité à 10%, mais dans la plupart des cas cette disponibilité est plus élevée, allant jusqu’à 50-60% pour un compost jeune appliqué dans un sol léger à forte activité biologique. Les analyses de laboratoire du fumier ou du compost sont un bon moyen pour vous aider à déterminer son contenu en éléments nutritifs et leur disponibilité.

Les fertilisants naturels
Les produits d’origine animale (farine de sang, de crabe, de poisson et de plumes, guano, etc.) et les produits d’origine végétale (tourteau de luzerne, de soya, émulsions d’algues etc.) sont souvent disponibles commercialement en tant que fertilisants azotés. Plusieurs de ces engrais ont l’avantage de contenir des quantités appréciables d’autres éléments nutritifs, mais la viabilité économique de leur utilisation n’est pas chose prouvée. Une étude réalisée par l’université de la Californie a démontré l’importance d’évaluer les coûts par unité d’azote. L’application de farine de plume (7% de N) a donné les meilleurs rendements, suivi par l’émulsion de poisson (3,5% de N), la farine de poisson (10% de N), le guano d’oiseaux de mer (11% de N) et finalement, le compost (2% de N). Par contre, une évaluation économique des différents fertilisants a révélé une tendance différente : les parcelles traitées au compost ont produit le plus gros revenu économique brut par dollar investit en fertilisant, parce que le compost a un coût beaucoup plus intéressant que les autres matériaux utilisés.

Alors, qu’est ce tout ça veut dire? Premièrement, il faut noter que les calculs sont à utiliser comme indications générales et que s’ils deviennent trop compliqués, c’est probablement que vous en faites trop. Pour la plupart des agriculteurs biologiques expérimentés, les « calculs » se font avec leurs yeux. Au fond, si le sol a suffisamment de matière organique, si l’engrais vert a été suffisamment productif et si la culture qui s’en vient n’est pas gourmande en éléments nutritifs, il est tout à fait possible que vous n’ayez pas besoin d’azote supplémentaire. Si vous avez besoin d’azote supplémentaire, souvenez-vous que toutes les formes d’azote ne sont pas toutes aussi efficaces les unes que les autres et surtout, ne sont pas toutes économiquement viables. Finalement, si vous n’êtes constamment pas en mesure de subvenir aux besoins de vos cultures avec l’utilisation d’engrais verts et de composts, il est probablement plus facile de changer votre rotation et de choisir une ou des cultures moins gourmandes en azote que de rechercher continuellement des apports extérieurs de fertilisants, qui se révèlent souvent coûteux.


Texte original de Avinash Singh, Ph.D., du Centre d’agriculture biologique du Canada

Traduction et adaptation par Antoine Gendreau-Turmel, Centre d’agriculture biologique du Québec

 

 

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