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Quelques conseils pour réussir sa fertilisation azotée
Av Singh, Ph.D.
Dun point de vue traditionnel, et à notre avis fondamental,
les principes de la fertilisation des cultures sur les fermes biologiques
doivent sopérer à lintérieur dun
système passablement fermé. En dautres mots, la situation
idéale requiert que lapport déléments
nutritifs de sources externes (en dehors de la ferme) soit minimisé,
tandis que lutilisation des cycles naturels des éléments
nutritifs (i.e. : fixation bactérienne de lazote atmosphérique,
compostage, engrais verts etc.) soit optimisée. Pour de nombreux
agriculteurs et agricultrices biologiques, qui doivent ajouter des sources
extérieures dazote (N) à la gestion actuelle de la
fertilité de leurs sols, la situation idéale en est une
sur laquelle ils et elles doivent encore travailler. Déterminer
quel type de fertilisant utiliser, quelle quantité et quand lappliquer
sont les mêmes questions auxquelles les agriculteurs conventionnels
doivent faire face, par contre les agriculteurs biologiques ont quelques
défis de plus à relever. En effet, les producteurs bio doivent
respecter de rigoureux protocoles par rapport à lutilisation
de produits tels que le fumier frais et sont limités aux sources
dazote acceptées par les normes de lorganisme de certification.
La première étape dans la gestion de la fertilisation dune
culture est de déterminer combien dazote est recommandé
pour la culture puisque certaines cultures (avoine, orge, pois, légumes-racines
etc.) ont besoin de moins dazote que dautres (pommes de terre,
maïs, chanvre etc.). Pour trouver la dose dazote recommandée
pour votre culture, nous vous suggérons deux références
: premièrement, les grilles de référence en fertilisation
du Conseil des Productions Végétales du Québec (CPVQ),
ensuite le Organic Field Crop Handbook, publié par Canadian Organic
Growers (www.cog.ca).
À partir de la dose dazote recommandée (par exemple,
pour le maïs la dose recommandée est de 160-170 kg/hectare
ou 150 lb/acre, si vous préférez), il faut soustraire lazote
relâchée par la minéralisation de la matière
organique. Plusieurs données et méthodes existent pour calculer
lazote provenant de la matière organique. Certains estimés
conservateurs donnent un crédit de 5 kg (environ 10 livres) dazote
par hectare, par pourcentage de matière organique, jusquà
un maximum de 20 kg (ou 4%). Certains auteurs sont plus généreux
et vont créditer jusquà 60kg dazote par hectare.
Ce quil faut surtout comprendre, ce que ces calculs ne sont que
des estimations quil faudra probablement ajuster selon les conditions
du sol. En effet, si le sol est léger et aéré, si
la culture est sarclée et si lactivité biologique
du sol est élevée il faudra probablement augmenter notre
estimation de lazote fourni par la décomposition de la matière
organique. Si la situation est inverse, il faudra probablement baisser
notre estimation. Une fois quon a évalué la quantité
dazote libéré par la matière organique, il
faut ensuite calculer le crédit dazote que nous procurent
les engrais verts, le compost et les fumiers.
Les engrais verts
La quantité dazote que fourni un engrais vert peut être
très significative si celui-ci est inséré dans un
système de rotation qui lui offre le temps adéquat pour
produire suffisamment de biomasse. Comme les engrais verts de légumineuses
peuvent contenir de 110 à 220 kg dazote à lhectare
(100 à 200 lb de N par acre), incorporer au sol une bonne quantité
de luzerne, de vesce velue ou de trèfle rouge au printemps peut
combler les besoins en azote de la prochaine culture. Leffet le
plus marqué de lazote se produira quelques semaines après
lenfouissement de lengrais vert. Dans le processus de décomposition
des tissus, lazote est converti de sa forme organique à sa
forme inorganique (en nitrate ou en ammonium), pouvant ainsi être
assimilé par la plante. Lorsquon estime la quantité
dazote qui sera disponible à la prochaine culture, il ne
faut pas assumer quil y aura un transfert total de lazote
organique à lazote inorganique. Une bonne partie de lazote
sera « immobilisé » et ne sera pas accessible avant
les prochaines années, tandis quune certaine quantité
deviendra inorganique, mais sous forme gazeuse à travers un processus
que lon appelle la dénitrification. En fin de compte, on
peut estimer - en restant conservateur - quenviron la moitié
de lazote de lengrais vert sera disponible pour la prochaine
culture.
Les composts et fumiers
Les composts et les fumiers contiennent et relâchent de lazote
en quantités variables. Par exemple, du fumier de vache laitière
incorporé immédiatement au sol (pour limiter les pertes
dazote par dénitrification) devrait fournir de 2 à
5 kg dazote disponible par tonne. Si lon prend du fumier de
volaille, pour faire contraste, on aura probablement trois fois cette
dose (Note : vous devez consultez votre organisme de certification au
sujet de lapplication appropriée des fumiers non compostés).
Le compost mature, quant à lui, contiendra environ 1 à 3
% dazote total, dépendamment des matériaux dorigine,
du processus de compostage et de lâge du compost. Plus le
compost vieilli, plus la disponibilité de lazote a tendance
à baisser. La quantité dazote disponible lannée
de lapplication du compost est donc plutôt variable. Des estimés
conservateurs chiffrent cette disponibilité à 10%, mais
dans la plupart des cas cette disponibilité est plus élevée,
allant jusquà 50-60% pour un compost jeune appliqué
dans un sol léger à forte activité biologique. Les
analyses de laboratoire du fumier ou du compost sont un bon moyen pour
vous aider à déterminer son contenu en éléments
nutritifs et leur disponibilité.
Les fertilisants naturels
Les produits dorigine animale (farine de sang, de crabe, de poisson
et de plumes, guano, etc.) et les produits dorigine végétale
(tourteau de luzerne, de soya, émulsions dalgues etc.) sont
souvent disponibles commercialement en tant que fertilisants azotés.
Plusieurs de ces engrais ont lavantage de contenir des quantités
appréciables dautres éléments nutritifs, mais
la viabilité économique de leur utilisation nest pas
chose prouvée. Une étude réalisée par luniversité
de la Californie a démontré limportance dévaluer
les coûts par unité dazote. Lapplication de farine
de plume (7% de N) a donné les meilleurs rendements, suivi par
lémulsion de poisson (3,5% de N), la farine de poisson (10%
de N), le guano doiseaux de mer (11% de N) et finalement, le compost
(2% de N). Par contre, une évaluation économique des différents
fertilisants a révélé une tendance différente
: les parcelles traitées au compost ont produit le plus gros revenu
économique brut par dollar investit en fertilisant, parce que le
compost a un coût beaucoup plus intéressant que les autres
matériaux utilisés.
Alors, quest ce tout ça veut dire? Premièrement,
il faut noter que les calculs sont à utiliser comme indications
générales et que sils deviennent trop compliqués,
cest probablement que vous en faites trop. Pour la plupart des agriculteurs
biologiques expérimentés, les « calculs » se
font avec leurs yeux. Au fond, si le sol a suffisamment de matière
organique, si lengrais vert a été suffisamment productif
et si la culture qui sen vient nest pas gourmande en éléments
nutritifs, il est tout à fait possible que vous nayez pas
besoin dazote supplémentaire. Si vous avez besoin dazote
supplémentaire, souvenez-vous que toutes les formes dazote
ne sont pas toutes aussi efficaces les unes que les autres et surtout,
ne sont pas toutes économiquement viables. Finalement, si vous
nêtes constamment pas en mesure de subvenir aux besoins de
vos cultures avec lutilisation dengrais verts et de composts,
il est probablement plus facile de changer votre rotation et de choisir
une ou des cultures moins gourmandes en azote que de rechercher continuellement
des apports extérieurs de fertilisants, qui se révèlent
souvent coûteux.
Texte original de Avinash Singh, Ph.D.,
du Centre dagriculture biologique du Canada. Traduction et adaptation par Antoine Gendreau-Turmel, Centre dagriculture
biologique du Québec.
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