
Prendre un ver ou deux – une tendance bio qui progresse à
petits tas
par Lynn Dewing
Lynda Schmidt n’est pas du genre qui répugne à se
salir les mains.
Résidente de Kelowna, Mme Schmidt passe de longues heures à
pelleter ou à jouer d’une manière ou d’une autre
dans la terre pour prendre soin des 85 casiers de lombrics (Eudrilus eugeniae)
entreposés dans sa grange.
Tout en vaquant à ses occupations quotidiennes, elle réfléchit
également à de nouveaux produits et songe à de nouvelles
façons de transmettre sa passion pour les vers de terre à
des enfants ou à des adultes qui n’entretiennent pas les
mêmes élans d’affection pour ces créatures grouillantes.
« C’est le plaisir que j’éprouve ici qui m’a
amenée à l’éducation », dit-elle.
J’aimerais dire à tout le monde : « Il faut voir ça!
»
Cela fait quatre ans que Lynda est propriétaire de l’élevage
de vers de terre World of Worms dans cette ville du centre de l’Okanagan.
En dépit des longues heures de travail, son enthousiasme pour ces
créatures qui se tortillent garantit que son style d’entrepreneuriat
fera des émules.
Au début de l’année, elle a organisé son propre
Gardener's Festival qui incluait des ateliers sur le compostage, entre
autres divertissements.
Sa « ferme » accueille des visites guidées pendant
l’été, et elle renseigne les écoliers qui lui
rendent visite sur l’anatomie, le cycle de vie, la reproduction
et…. la valeur économique des vers de terre.
Elle a également contribué à mettre sur pied une
maison hantée pour l’Halloween, bien garnie de vers, évidemment.
Mme Schmidt voudrait que les gens comprennent que lorsque les vers ont
mangé des déchets et des bactéries, ce qu’ils
excrètent – les turricules ou tortillons de vers –
a un pH neutre et regorge de micro-organismes bénéfiques
et d’enzymes.
La nourriture des vers de Mme Schmidt est un mélange de tourbe
humique noire tamisée et de cendres volcaniques auquel elle ajoute
un autre mélange de quatre grains. Elle brasse le tout jusqu’à
l’obtention d’une consistance pâteuse.
« Ils sont vraiment gâtés! explique-t-elle. C’est
du gruau que je leur donne! ».
Grâce à un système de chauffage par le sol, elle
maintient la température de sa grange entre 25 et 30 oC pour que
ses lombrics tropicaux soient au meilleur de leur forme.
Ses 85 casiers de vers produisent trois tonnes de turricules par semaine.
La transformation de la nourriture en engrais prend deux semaines.
La plupart des clients de Mme Schmidt sont des agriculteurs biologiques
Selon elle, les excréments des vers de terre son une excellente
source organique d’azote, de phosphore, de potassium, de calcium
et de magnésium.
L’enzyme qu’ils produisent – la chitinase – a
la capacité de renforcer les végétaux et donc de
les rendre plus résistants aux insectes et aux maladies. Comme
ces turricules sont en mesure d’absorber 10 fois leurs poids en
eau, ils peuvent également améliorer les taux d’humidité
du sol.
« Les gens en ont marre d’avoir du poison dans leur gazon
», selon Mme Schmidt.
« Ils veulent employer des engrais biologiques. Dix litres par 100
pi2 de pelouse et il n’est plus nécessaire de tondre autant
tout en ayant un gazon d’un beau vert vif. »
Lynda Schmidt prévient les consommateurs – tous les vermicomposts
(ou lombricomposts) n’ont pas les mêmes qualités; cela
dépend de l’alimentation des vers de terre.
On nourrit certains vers de boues d’épuration, mais ils
ne peuvent transformer les métaux lourds et les antibiotiques que
l’on y retrouve.
« Ce sont tous les produits qu’on trouve là-dedans
qui m’inquiètent, commente Lynda. Autant garder ça
éloigné de ce que l’on va manger. »
Même si son procédé va bien au-delà de la
simple utilisation de vers de terre pour faire du recyclage, Schmidt cite
des pays comme l’Australie et la Thaïlande où les vers
zébrés du fumier (eisenia foetida) sont reconnus pour leurs
grandes qualités.
« Le Canada a encore beaucoup à apprendre », précise-t-elle.
Lynda Schmidt aimerait qu’on établisse des normes cohérentes
en agriculture biologique dans notre pays et qu’on trouve des installations
de vermicompostage dans toutes les villes.
Le CABC remercie l’auteure pour l’autorisation de publier
cet article sur son site Web.
Affiché en septembre 2007
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