
L’usine Foxmill, en Nouvelle-Écosse, accroît sa gamme
d’huiles de graines biologiques pressées à froid
John Lewandowski, La Presse canadienne
Paddy’s Head, Nouvelle-Écosse
Peter Fuchs est un homme de convictions : il croit au recyclage, éprouve
un immense respect pour la nature et abhorre le gaspillage.
Si l’on en juge par la manière dont il exploite Foxmill,
son usine de fabrication d’huiles de graines biologiques pressées
à froid, et par le combustible qu’il utilise pour alimenter
ses deux énormes Mercedes et chauffer sa résidence située
dans un paisible village côtier de la Nouvelle-Écosse, on
peut dire que Peter Fuchs vit selon ses convictions.
Originaire d’Allemagne, Fuchs a grandi dans une région agricole,
en Bavière, où il a fait des études en ingénierie
et travaillé dans le domaine des biocarburants et des génératrices
à grande puissance. Puis, à la suite de graves problèmes
de santé il y a quelques années, Fuchs a émigré
au Canada.
Les deux voitures de Fuchs, de même que les génératrices
de pointe qui alimentent son huilerie, carburent à l’huile
de canola. Toutes les graines dont il extrait de l’huile sont écalées,
puis les écales sont extrudées, et les granulés qui
en résultent servent à alimenter le poêle à
bois.
« J’aime bien faire ce genre de choses, des choses que personne
d’autre ne peut ni ne veut faire, explique-t-il en retroussant distraitement
ses moustaches en croc. J’ai commencé à fabriquer
mon propre carburant vers le milieu des années 1990. En 1994, nous
produisions déjà une huile pressée à froid
qui servait à alimenter nos propres camions et les véhicules
de la compagnie. »
Assis dans ses bureaux de l’usine Foxmill, à Paddy’s
Head, Fuchs s’enflamme lorsqu’il aborde les plans ambitieux
qu’il a mis au point pour l’avenir de son entreprise, y compris
la transition vers la régie biologique à 100 % d’ici
quelques années.
Son arrivée en Nouvelle-Écosse, en 2003, avec sa conjointe,
Andrea Fischer, marqua un changement important dans son style de vie.
Après avoir perdu 35 kg et apporté des changements draconiens
à son alimentation, Fuchs s’est mis à songer à
d’autres applications pour ses huiles.
« Il y a tellement de potentiel pour les huiles, et pas seulement
comme source de combustible, mais aussi pour les produits alimentaires,
pharmaceutiques et cosmétiques », poursuit Fuchs.
Le défi le plus important dans son entreprise est de trouver des
graines biologiques (lin, canola, tournesol) pour la transformation. Mais
il commence à y avoir de l’espoir dans ce domaine.
Grâce à un petit réseau d’immigrés allemands,
Fuchs a commencé à établir des contacts avec des
producteurs qui partagent les mêmes convictions que lui. «
Le plus difficile, c’était de trouver des producteurs fiables
qui souscrivaient à notre façon de faire, explique Fuchs,
qui scelle tous ses contrats d’une poignée de main. Je leur
disais que je pouvais les aider à augmenter les profits qu’ils
tiraient du travail, très dur, qu’ils faisaient sur leur
ferme. »
Il est entré en contact avec les propriétaires du vignoble
Josh Wineries, dans le nord de la Nouvelle-Écosse, et leur a proposé
de récupérer les pépins de raisins qu’ils jetaient
auparavant aux ordures.
« Je les ai appelés et je leur ai simplement demandé
ce qu’ils faisaient de leurs résidus. Je leur ai expliqué
qu’ils pourraient sauver un peu d’argent s’ils n’avaient
pas besoin de payer quelqu’un pour épandre les résidus
sur leur terrain. »
Fuchs a également découvert comment extraire la proanthocyanidine
oligomérique (un puissant antioxydant) des pépins de raisins.
« La substance se loge dans la mince membrane qui entoure le grain
et le protège contre les champignons. Elle doit toutefois être
extraite rapidement parce qu’elle commence à fermenter 48
heures après la récolte. »
Andrew Kernovan, un des producteurs biologiques qui collaborent avec
Fuchs, possède 240 hectares de terre arable dans la région
de Parrsboro, en Nouvelle-Écosse. Titulaire d’un doctorat
en philosophie et conférencier à temps partiel en éthique
environnementale pour le Nova Scotia Agricultural College, Kernovan estime
que Fuchs a mis le doigt sur un point important.
« Il y a un énorme potentiel de croissance pour son entreprise
et pour le secteur biologique en général », estime
Kernovan.
Ce dernier fournit à Fuchs des graines de lin et de canola, en
plus de cultiver une variété spéciale de citrouilles
à graines oléagineuses sur environ un demi-hectare.
« Le défi le plus important de Fuchs, c’est de développer
un marché pour ses produits. »
Selon Kernovan, la Nouvelle-Écosse constitue une région
idéale pour pratiquer l’agriculture biologique, en raison
de son isolement géographique. Les cultures semencières
comme le lin et le canola se développent grâce à la
pollinisation aérienne, ce qui peut devenir problématique
si des plantes génétiquement modifiées sont cultivées
à proximité, explique-t-il.
Fuchs tient absolument à éviter toute contamination croisée,
départageant soigneusement les semences biologiques et des semences
conventionnelles pour les ranger dans des endroits séparés.
Il insiste également auprès des visiteurs pour qu’ils
se lavent les mains au désinfectant avant de pénétrer
dans l’huilerie.
Un de ses projets secondaires, outre le développement de suppléments
à base de farine de lin et la fabrication de sel de mer, est la
production d’une huile soyeuse et très parfumée, d’un
beau gris vert, tirée des graines de citrouille.
Les semences de citrouille, qui contiennent la graine mais pas l’écale,
sont importées d’Autriche et font l’objet d’essais
de culture à la fois au Nova Scotia Agricultural College et à
la ferme de Kernovan.
Fuchs a produit un lot expérimental d’huile afin de vérifier
le rendement et le goût, lesquels se sont avérés excellents.
En revanche, il n’aime pas devoir jeter la chair de citrouille résiduelle
et songe donc à mettre au point un autre type de carburant : «
Je déteste le gaspillage, alors j’y ai pensé et j’ai
décidé de faire du schnaps à la citrouille. »
Source
La Presse canadienne, 2007 (pour la version originale anglaise)
Publié décembre 2008
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