CABC / OACC Centre d'agriculture biologique du Canada

Page d'accueil du CABC

Approvisionnement alimentaire et dépendance au pétrol

Norman Church

Publié le 2 avril 2005 par Powerswitch (R.-U.)

INTRODUCTION

Eating Oil est le titre d’un ouvrage paru en 1978 dans la foulée de la première crise du pétrole en 19731. L’objectif de l’auteur consistait à analyser la dépendance des pays industrialisés à l’égard des combustibles fossiles pour assurer leur approvisionnement alimentaire. À l’été 2000, cette relation de dépendance entre le pétrole et le système alimentaire a une fois de plus été démontrée alors que des manifestants ont bloqué l’accès à des raffineries de pétrole et à des centres de distribution du carburant. Cette crise a perturbé la distribution alimentaire si bien que des chefs d’entreprise sont intervenus pour prévenir la population que leurs magasins manqueraient bientôt de denrées. De toute évidence, nous n’avons tiré aucune leçon de la crise de 1973.  

Aujourd’hui, le système alimentaire est encore plus dépendant du pétrole brut à bon marché. Pratiquement tous les processus qui composent le système alimentaire moderne font usage de cette ressource limitée dont la phase d’épuisement commencera bientôt.  

Alors que nous devrions réduire massivement nos émissions de gaz à effet de serre de manière à atténuer les dangers posés par le réchauffement climatique, notre système alimentaire, lui, allonge plutôt ses chaînes d’approvisionnement, augmentant sa part des émissions à un point tel qu’il est devenu un des principaux participants au réchauffement de la planète. 

Le secteur biologique pourrait jouer un rôle de premier plan dans le développement d’un système alimentaire durable. Les effets directs de l’agriculture sur l’environnement sont moins importants sous régie biologique. Cependant, les avantages du système biologique à cet égard sont atténués par la distribution et le commerce des produits biologiques à l’échelle mondiale, ce qui pourrait compromettre le rôle de leadership du secteur biologique.  

Ainsi, le système alimentaire moderne est non viable à long terme et, de surcroît, il est dommageable pour l’environnement.  

La production alimentaire à l’échelle mondiale dépend largement des combustibles fossiles. Des quantités importantes de pétrole et de gaz sont utilisées comme matières premières et sources d’énergie pour la fabrication d’engrais et de pesticides et servent d’énergie disponible à bon marché pour toutes les étapes de la production des aliments, de la plantation à la distribution en passant par l’irrigation des sols, l’alimentation des animaux, la récolte, la transformation et le conditionnement. De plus, les combustibles fossiles sont essentiels à la construction et à l’entretien du matériel et des infrastructures requis par cette industrie, ce qui inclut la machinerie agricole, les usines de transformation, l’entreposage, les bateaux, les camions et les routes. Le système d’approvisionnement alimentaire industriel est l’un des principaux consommateurs de combustibles fossiles et un des plus grands producteurs de gaz à effet de serre.

Ironiquement, l’industrie alimentaire est extrêmement vulnérable au réchauffement de la planète causé par les gaz à effet de serre, ne serait-ce qu’en raison des perturbations des cycles climatiques prévisibles desquels dépend l’agriculture. Mais le réchauffement de la planète peut avoir des effets résolument plus concrets et plus immédiats en intensifiant les risques de nature environnementale qu’il pose déjà pour l’agriculture, risques dont bon nombre sont imputables à l’agriculture industrielle. La dégradation de l’environnement, les pénuries d’eau, la salination, l’érosion des sols, la présence de ravageurs et de maladies, de même que la désertification sont autant de phénomènes qui constituent une menace sérieuse pour notre chaîne d’approvisionnement et sont exacerbés par les changements climatiques. En contrepartie, bon nombre des solutions conventionnelles à ces problèmes environnementaux ne font qu’augmenter la consommation des réserves limitées de pétrole et de gaz. Le cercle vicieux de la dépendance au pétrole et de la dégradation de l’environnement se perpétue.  

L’agriculture industrielle et les systèmes d’approvisionnement alimentaire sont par ailleurs responsables de l’érosion des collectivités partout dans le monde. Cette dégradation sociale est aggravée par les politiques et les règles commerciales, par la course aux bénéfices de l’industrie et par l’ignorance des lacunes des systèmes actuels et des solutions de rechange existantes. La mondialisation et le pouvoir des grandes sociétés, qui constituent une grave menace pour la société et la stabilité de notre environnement, prévalent aujourd’hui grâce à la disponibilité d’une source d’énergie à bon marché pour remplacer la main-d’œuvre et permettent de creuser encore davantage l’écart entre le producteur et le consommateur.  

Cela dit, les choses s’apprêtent à changer. On s’attend à ce que la production pétrolière atteigne son point culminant au cours des prochaines années, puis diminue de façon constante par la suite. Nous ne savons que très peu de choses sur les effets des fluctuations du cours et de la disponibilité du pétrole brut et du gaz naturel sur les systèmes mondiaux d’approvisionnement alimentaire, et sur l’adaptabilité de ces systèmes face à la diminution de la disponibilité d’énergie. Conjuguée aux menaces de nature environnementale, la rareté de l’énergie entraînera, dans un avenir rapproché, des pénuries importantes de vivres et une augmentation prononcée des prix. Nous sommes donc à l’aube d’une époque où nous devrons de nouveau nourrir les habitants de la terre en faisant une utilisation limitée de combustibles fossiles. La question qui se pose est la suivante : avons-nous le temps, l’argent, l’énergie, les connaissances et la volonté politique nécessaires pour réaliser cette transformation fondamentale de nos systèmes alimentaires alors qu’ils sont déjà considérablement menacés par des risques de nature environnementale et par le pouvoir accru des grandes sociétés?

 Le miracle de l’agriculture commerciale moderne qui nourrit l’Occident et une bonne partie du reste du monde dépend entièrement de l’approvisionnement, de la transformation et de la distribution du pétrole, et cet approvisionnement est assuré par la technologie.

  • Le pétrole raffiné et transformé en essence et en diesel est essentiel pour faire fonctionner les tracteurs, les moissonneuses-batteuses et autres véhicules et équipements agricoles, pour épandre les herbicides et les pesticides et pour récolter et transporter les aliments et les semences.
  • Les entreprises de transformation alimentaire comptent sur la livraison juste à temps (elle-même subordonnée à l’essence) d’aliments frais et réfrigérés.
  • Les entreprises de transformation alimentaire comptent sur la production et la livraison d’additifs alimentaires, y compris des vitamines et des minéraux, d’agents émulsifiants, d’agents de conservation, de colorants, etc. Bon nombre de ces ingrédients sont subordonnés au pétrole; la livraison dépend du pétrole.
  • Les entreprises de transformation alimentaire comptent sur la production et la livraison de boîtes en carton et en métal, d’étiquettes de papier imprimées, de barquettes en plastique, de pellicule plastique pour les aliments à réchauffer au micro-ondes, de pots en verre et de couvercles en plastique et en métal avec des composés scellants. Bon nombre de ces produits sont fabriqués à partir de pétrole.
  • La livraison de produits alimentaires finis aux centres de distribution se fait au moyen de camions réfrigérants. La livraison juste à temps (souvent quotidienne) d’aliments aux épiceries, restaurants, hôpitaux, écoles, etc., dépend du pétrole. Les consommateurs se rendent à l’épicerie en voiture, souvent à plusieurs reprises pendant la semaine, pour acheter des aliments.

Consulter le rapport complet (en format PDF)

Le CABC désire remercier Powerswitch (R.-U.) d'avoir permis la reproduction de cet article sur notre site Web.


English

Haut de la page

© 2012, Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC)

 

Dalhousie University Centre d'agriculture biologique du Canada