
Les producteurs biologiques aimeraient se débarrasser de leur image
de « babas cool »
Jim Romahn
Ontario Farmer, 21 février 2006
En régie biologique, les techniques de gestion diffèrent peut-être
de la régie conventionnelle, mais les défis, dans l'ensemble, demeurent
les mêmes.
Deux producteurs laitiers biologiques, et un troisième producteur qui
veut établir une entreprise de fabrication de fromage Gouda, ont été les
points saillants de la Journée champêtre organisée par les producteurs
laitiers de Waterloo et de Wellington.
Martin DeGroot a raconté comment Ineke Booy et lui ont fait la transition
vers la production biologique 10 ans après avoir pris la relève de
la ferme familiale appartenant aux parents d'Ineke. C'était il y a 15
ans. Il leur a fallu environ 4 ans pour réaliser la transition des
cultures biologiques à la production laitière biologique, explique Martin.
Ils cherchaient à ajouter de la valeur à leur production et ont songé
un moment à faire du fromage, mais Ineke estimait que la crème glacée
serait un choix plus opportun.
Aujourd'hui, leurs produits de marque Mapleton Dairy sont distribués
de Vancouver à Halifax, mais les ventes les plus rentables sont enregistrées
au point de vente qu'ils ont ouvert directement à la ferme. Le couple
a d'abord suivi des cours de fabrication de crème glacée au Guelph Technology
Centre, à l'Université de Guelph, puis a cherché des renseignements supplémentaires
et des conseils en Hollande, leur pays natal. Ils ont ensuite entrepris
de se procurer des équipements usagés auprès d'amis, de voisins et d'autres
producteurs en transformation de produits laitiers. Martin soutient qu'il
faut beaucoup de temps pour bâtir un commerce comme le leur, du temps,
de la patience, de la persévérance et une motivation autre que l'enrichissement.
Martin Pronk, quant à lui, a raconté son expérience, qui a commencé avec
une ferme de 50 acres dans la région de Harriston, sur laquelle il
élevait 500 poules pondeuses et entre 15 et 20 cochons biologiques
chaque année. L'année dernière, Martin et sa femme ont pris la relève
de la ferme laitière biologique de ses parents, ajoutant ainsi 100 acres
et 35 vaches laitières biologiques à leur propre production.
Leurs quatre fils mettent la main à la pâte et touchent une partie des
profits. Selon Martin Pronk : « L'agriculture biologique est un peu
stigmatisée; on nous considère comme les "babas cool" de l'agriculture.
Mais les choses commencent à changer. »
Il avoue que bon nombre des pratiques adoptées sur leur ferme laitière
sont différentes de celles des fermes laitières conventionnelles, ajoutant
que la plupart des producteurs laitiers biologiques adoptent des pratiques
qui leur sont propres. Ils ne font pousser que des fourrages, et font
un usage intensif des pâturages en rotation pour leurs vaches laitières.
En effet, ils déplacent les vaches laitières vers une autre parcelle deux
fois par jour, puis laissent aux vaches taries et aux génisses le soin
de ramasser les restes. Chaque parcelle est ensuite mise au repos pendant
trois à cinq semaines entre les pacages.
En hiver, les animaux sont nourris d'ensilage préfané, de sel et de minéraux,
additionnés de cinq à six livres de céréales données dans la salle de
traite deux fois par jour. Cette diète se traduit par une diminution du
rendement laitier (environ 6 400 kg de lait par vache par année),
mais aussi par une baisse de stress, par une réduction du nombre de problèmes
de santé et une plus grande longévité.
« Bien sûr, nous avons des cas de mammite, de rétention du placenta
et toutes ces choses, soutient Martin, mais c'est moins fréquent que chez
la plupart des producteurs laitiers. » Ils hébergent un taureau pour
la saillie naturelle, et font quelques croisements avec des individus
de race Suisse brune et Norvégienne rouge. Martin soutient que la forte
teneur de l'alimentation en fourrages contribue à la santé du rumen, ce
qui se traduit par un meilleur état de santé général pour les vaches.
Il contrôle le comportement de mastication de ses vaches et vise entre
50 et 70 mastications par minute. S'il observe un taux de mastication
inférieur ou supérieur, il en déduit que la ration est trop fine ou trop
grossière.
Il prépare des litières bien épaisses avec beaucoup de paille « parce
que les vaches n'aiment par marcher sur le béton. » Le fumier est
composté, notamment par compostage en tas (aération passive) dans les
champs. Il ne vaccine pas ses bêtes, ne leur administre aucun antibiotique
et n'utilise pas les bains de trayons ou les désinfectants puissants.
Il utilise toutefois un mélange de peroxyde d'hydrogène et de vinaigre
de cidre qu'il ajoute à l'eau de rinçage et du Vista, un savon en poudre,
dans l'eau chaude pour le lavage. Le peroxyde d'hydrogène est utilisé
pour traiter à la fois l'eau potable et l'eau destinée aux animaux. La
numération des cellules somatiques pour sa ferme s'établit entre 200 000
et 250 000 pendant l'année, et la numération bactérienne, à environ
10 000.
Adam Vanbergeijk de New Hamburg a suivi sa formation de fromager aux
Pays-Bas et estime qu'il peut développer un marché lucratif pour le fromage
Gouda parce qu'il n'est pas impressionné par la qualité du Gouda fabriqué
au Canada et importé d'Europe.
« Je ne veux pas m'approprier une part du marché appartenant aux
Canadiens; ce que j'aimerais, c'est déplacer les importations »,
explique-t-il, ajoutant qu'il a encore beaucoup de R&D à faire avant
de pouvoir entreprendre la production. Il espère que ce sera pour l'automne,
mais avoue qu'il n'a pas encore pris la pleine mesure de tous les règlements
auxquels il devra se conformer.
C'est en 1977 qu'Adam VanBergereijk a pris la relève de la ferme laitière
familiale, en Hollande. En 1986, il a émigré dans la région de New Hambourg
et a commencé sa production laitière l'année suivante. Son exploitation
compte aujourd'hui 220 vaches et emploie également ses deux fils.
Une de ses filles s'est mariée à un producteur laitier.
Il estime qu'il y a trop de distance entre les producteurs et les consommateurs,
un point de vue que Martin DeGroot partage entièrement. Il planifie actuellement
une rencontre avec des clients potentiels vers la fin d'avril, afin que
ces derniers « soient mis au courant de nos préoccupations ».
Adam Vanbergeijk espère obtenir l'autorisation de la Dairy Farmers of
Ontario d'acheter du lait en vertu du programme de création de nouveaux
produits et note au passage que les importations de Gouda représentent
aujourd'hui une production laitière d'environ 12 000 à 13 000 litres
de lait par année.
Le CABC remercie Ontario
Farmer pour l'autorisation d'afficher cet article sur son site
Web.
Janvier 2007
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