
Le travail du sol dans la lutte aux mauvaises herbes -- introduction
B. Frick, E. Johnson – Ferme expérimentale
Scott
Question
On considère souvent le travail du sol comme la solution «
biologique » de remplacement à l’utilisation des herbicides
chimiques. Le travail du sol peut s’avérer efficace en matière
de désherbage, mais peut-on y voir la solution miracle à
ces problèmes? Quelles précautions doit-on prendre?
Contexte
On doit considérer le travail du sol comme un intrant externe,
car il exige une dépense de carburants. Réduire le travail
du sol diminue la dépendance envers des ressources non renouvelables
limitées. Le travail du sol de printemps ameublit et assèche
la terre, ce qui la réchauffe. Il peut également pulvériser
les agrégats et rendre le sol plus érodable. Ces opérations
diminuent la couverture assurée par le chaume et les résidus
de cultures, d’où une plus faible rétention de la
neige et une accélération de l’érosion. Il
accélère également la décomposition et la
perte de matière organique, et accroît la salinité
du sol. Il augmente la volatilisation de l’azote dans l’atmosphère
et le lessivage potentiel de l’azote minéral.
Le travail du sol affecte également la vie du sous-sol. Il peut
interférer avec la survie d’insectes utiles, de la microflore
et de la microfaune. Ainsi a-t-il des effets sur les populations de carabes
et de grillons qui se nourrissent des graines de mauvaises herbes.
Le travail du sol expose le sol et les graines de mauvaises herbes à
la lumière. Pour certaines espèces, cela déclenche
la germination. En exécutant ces opérations de nuit ou lorsque
l’outil était couvert, on a réduit de 50 % certaines
populations de mauvaises herbes. Le travail du sol donne également
un meilleur contact avec le sol aux graines de mauvaises herbes et favorise
ainsi leur germination. En matière de désherbage, un travail
du sol en profondeur est un outil à double tranchant. Il peut ramener
à la surface des graines dormantes et enterrer d’autres graines
qui attendront leur tour.
La machinerie utilisée peut disperser des morceaux de végétaux
vivaces à la grandeur du champ, faisant ainsi d’une petite
zone problématique un réel problème d’infestation.
Le travail du sol favorise certaines espèces au dépens d’autres,
et c’est un aspect dont on peut se servir pour un désherbage
efficace.
Le travail du sol n’est pas recommandé dans certaines conditions.
Il faut carrément l’éviter en cas de risques élevés
d’érosion ou de salinisation. En d’autres circonstances,
les effets néfastes du travail du sol peuvent être limités
par une gestion attentive ou en optant pour des solutions de remplacement
qui en diminuent le besoin.
Le type de travail du sol adopté joue également un rôle
important. Certains outils, comme les cultivateurs à longues lames
(Noble, Victory) qui laissent le chaume debout réduiront certains
des risques associés au travail du sol d’automne. Ces deux
types d’instruments aratoires sont moins efficaces dans des conditions
humides et fraîches. Par ailleurs, travailler le sol à vitesse
réduite peut diminuer les risques d’érosion.
On peut atténuer l’ampleur des opérations de travail
du sol de plusieurs façons; par exemple, en laissant des bandes
intouchées entre les zones travaillées au cultivateur. Elles
contribueront à la rétention de la neige. Herser les zones
envahies de mauvaises herbes plutôt que le champ entier diminue
également les risques. Si des buttes susceptibles de s’éroder
ne comportent que peu de mauvaises herbes, les laisser intactes réduira
l’érosion et conservera davantage de résidus. Si on
planifie un labour de jachère, on peut opter pour un travail du
sol léger plutôt qu’à nu, et l’effectuer
après le labour d’une culture contre-ensemencée ou
le fauchage d’un fourrage vert.
Le fauchage, substitué au travail du sol, peut jouer un rôle
non négligeable dans la lutte aux mauvaises herbes, si le travail
du sol est contre-indiqué. Effectué tôt, le fauchage
peut empêcher la grenaison des mauvaises herbes. Pour donner des
résultats, il faut faucher avant la floraison qui est parfois de
très courte durée avant la grenaison. Fauchées après
la floraison, elles utiliseront les réserves nutritives des tiges
coupées pour grener. On peut utiliser plusieurs mauvaises herbes,
dont la folle avoine ou la soude roulante, comme fourrage vert, si on
les fauche avant qu’elles produisent leurs graines. Dans le désherbage
des vivaces, on peut retarder le fauchage jusqu’au tout début
de la floraison lorsque les réserves nutritives sont les plus faibles.
Les mauvaises herbes réagiront en tigeant, ce qui épuisera
d’autant plus leurs réserves. Faucher à trois semaines
d’intervalle peut affaiblir sérieusement ou même détruire
les mauvaises herbes.
Il est aussi important de synchroniser le fauchage avec la culture de
plantes fourragères pérennes. Il peut leur donner l’avantage
sur les mauvaises herbes. En empêchant la grenaisons des annuelles
et en épuisant les réserves des vivaces, le fauchage est
peut-être l’élément le plus important du désherbage
en faveur de cultures vivaces.
Comme le travail du sol, le fauchage peut avoir des conséquences
sur les populations de créatures utiles. Retarder la fauche jusqu’à
la mi ou fin juillet peut réduire la mortalité parmi les
oiseaux qui nichent dans les champs. Ce choix s’adapte bien à
la lutte aux mauvaises herbes pérennes mais risque, en revanche,
de compromettre la prévention de la grenaison des annuelles.
Conclusions
Chaque méthode de lutte contre les mauvaises herbes a ses avantages
et ses inconvénients. Les approches non chimiques ne sont pas toujours
écologiques. On peut en adapter certaines pour en réduire
les inconvénients sans toutefois en compromettre les bienfaits.
Lorsqu’ils élaborent des stratégies de gestion efficaces
des mauvaises herbes, les agricultures doivent peser le pour et le contre,
évaluer les retombées et les limites de tous les outils
à leur disposition.
Financement
Fonds Canada-Saskatchewan d'innovation agroalimentaire
Personne-ressource
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Coordonnatrice pour les Prairies
Centre d’agriculture biologique du Canada
a/s Department of Plant Sciences
University of Saskatchewan
51 Campus Drive, Saskatoon
Saskatchewan, Canada S7N 5A8
Tél. : (306) 966-4975
Téléc. : (306) 966-5015
Courriel : brenda.frick@usask.ca
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