
La jachère en stratégie de lutte aux mauvaise herbes –
avantages et inconvénients
B. Frick, E. Johnson – Ferme expérimentale
Scott
Question
Traditionnellement, la jachère a joué un rôle de premier
plan dans les stratégies de lutte aux mauvaises herbes. Quels sont
les avantages et les inconvénients de cette pratique agricole?
Contexte
La jachère peut entrer dans une stratégie de lutte aux mauvaises
herbes pour les vivaces comme pour les annuelles. Elle peut servir à
réduire leurs réserves de graines en les laissant germer
pour pouvoir les détruire avant qu’elles ne produisent de
nouvelles graines. Cette méthode est particulièrement efficace
avec les mauvaises herbes ayant des périodes de dormance brèves
comme le kochia à balais, le salsifis majeur, la barbarée
commune, la moutarde sauvage, la soude roulante, la saponaire des vaches,
la sétaire verte, la brome des toits, la renouée liseron
ou l’orge queue-d’écureuil. On obtient des résultats
mitigés avec les mauvaises herbes à plus longues périodes
de dormance, mais certaines graines survivent.
De trois à six opérations de travail du sol peuvent être
nécessaires pour une maîtrise efficace des mauvaises herbes
annuelles pendant l’année de jachère. On recommande
de s’y prendre tôt pour commencer les opérations, à
la mi-mai par exemple. Les opérations de travail du sol devraient
se faire aussi peu profondément que possible afin d’éviter
de ramener de nouvelles graines de mauvaises herbes à la surface.
La première opération devrait toujours être la plus
profonde et les passages suivants progressivement moins profonds. Le travail
du sol est plus efficace lorsque la surface est sèche et la température
de l’air élevée. Le hersage des petites plantules
dans un sol humide donnera généralement de piètres
résultats, car un grand nombre d’entre elles seront transplantées
au lieu d’être détruites.
Le travail du sol d’automne est une solution de remplacement au
labour de jachère qui peut servir à détruire les
mauvaises herbes annuelles et bisannuelles d’hiver. Contre les mauvaises
herbes qui hivernent, on obtient de meilleurs résultats qu’avec
le travail de printemps. Le travail du sol d’automne favorise la
germination (dans une certaine mesure) de certaines annuelles d’été
qui seront détruites par le froid hivernal. Toutefois, il enterre
également des graines qui peuvent entrer en dormance et agir comme
réserve pour les années subséquentes. Le travail
du sol d’automne doit être peu profond (moins de quatre pouces)
afin d’éviter l’enfouissement en profondeur des graines.
On peut également opter pour un travail du sol intensif pendant
les années de jachère suivi de cultures et de travaux du
sol de printemps et d’automne pour limiter les infestations graves
de mauvaises herbes vivaces.
La jachère peut également être utilisée pour
maîtriser les vivaces comme le chardon et le laiteron des champs.
Contre ces espèces, le premier travail du sol doit intervenir au
stade des bourgeons. Les réserves nutritives sont basses à
cette époque, et c’est alors que le travail du sol est le
plus efficace. Une fois commencé les travaux du sol, on doit les
poursuivre chaque fois que les herbes atteignent une hauteur d’environ
trois pouces jusqu’aux gelées. Cette approche permet de priver
les racines de nutriments et empêche la formation de réserves
de nourriture. Les végétaux seront affaiblis pour entamer
l’hiver et nombre d’entre eux n’y survivront pas.
On peut recourir à ce travail du sol de fin de saison contre les
mauvaises herbes pérennes après une culture de type précoce
ou en situation de jachère partielle. Les cultures convenant à
cette approche sont le mélilot, l’orge précoce, le
seigle d’automne, ou l’avoine à fourrage. Le travail
du sol d’automne qui suit des cultures à maturation tardive
peut par ailleurs contrer les mauvaises herbes pérennes. Ces végétaux
peuvent être détruits par l’exposition des racines,
si les gels suivent de près le travail du sol. Par contre, le travail
du sol diminue la couverture par le chaume et les résidus, ce qui
en retour diminue la rétention de la neige. Il peut aussi accélérer
l’érosion du sol. On doit donc avoir recours à cette
pratique avec précaution.
On doit gérer différemment les problèmes de chiendent.
Le travail du sol adopté pour cette mauvaise herbe vise des dégâts
concrets aux systèmes racinaires. Pendant les années sèches,
un cultivateur à dents étroites sera efficace pour traîner
les racines et les rhizomes vers la surface, où elles sècheront
et mourront. Pendant les années ou les secteurs humides, la première
opération de travail du sol devrait se faire avec une herse à
disques pour déchiqueter les rhizomes. Chaque petite section de
rhizome tentera d’établir une nouvelle plante qui sera détruite
par des passages subséquents. On ne doit pas laisser les nouveaux
végétaux pousser de plus de trois pouces avant de herser,
tout en n’allant pas plus profondément que nécessaire.
À faible profondeur, le travail du sol concentrera les rhizomes
près de la surface, d’où une émergence plus
uniforme plus facilement maîtrisée par les passages futurs.
La jachère labourée est un outil de gestion à employer
avec précaution. Une utilisation intensive du labour de jachère
contre les mauvaises herbes a probablement provoqué l’adaptation
de certaines espèces de mauvaises herbes à une capacité
de dormance plus longue. Les populations de mauvaises herbes s’adaptent
dès que des pratiques agricoles sont trop répétées.
Un excès de travail du sol répété finit par
lui nuire, et on doit envisager des méthodes qui en réduisent
l’intensité ou l’étendue.
Conclusion
Le labour de jachère peut servir à limiter les réserves
de graines des mauvaises herbes annuelles et s’attaquer aux problèmes
persistants de mauvaises herbes pérennes. Le travail du sol et
la jachère doivent être utilisés avec précaution,
car ils peuvent entraîner de graves dégradations du sol et
de l’environnement.
Financement
Fonds Canada-Saskatchewan d'innovation agroalimentaire
Personne-ressource
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Coordonnatrice pour les Prairies
Centre d’agriculture biologique du Canada
a/s Department of Plant Sciences
University of Saskatchewan
51 Campus Drive, Saskatoon
Saskatchewan, Canada S7N 5A8
Tél. : (306) 966-4975
Téléc. : (306) 966-5015
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