
La rotation des cultures en agriculture biologique
B. Frick, E. Johnson – ferme expérimentale
de Scott
Question
On considère la rotation des cultures comme l’élément
clé de saines pratiques en agriculture biologique. Pourquoi est-elle
si importante? En quoi consiste une bonne rotation biologique des cultures?
Contexte
La rotation des cultures est la répartition planifiée dans
le temps de différents types de cultures comme des céréales
semées au printemps, d’autres semées à l’automne,
des graines oléagineuses, des légumineuses, des légumineuses
vivaces et autres espèces pérennes. La rotation passe également
par la plantation en alternance de divers types de cultures sur une même
sole : orge et blé, lin et colza; ou en alternant des cultivars
d’une même culture comme l’orge Harrington et l’orge
Brier, par exemple.
La rotation des cultures est le pivot de tout système agricole
durable. Elle offre la méthode la plus efficace de lutte contre
les ravageurs, les maladies et les problèmes de mauvaises herbes,
et d’entretien et d’enrichissement du sol. La rotation des
cultures peut limiter les flambées de mauvaises herbes favorisées
par un milieu de monoculture. Ses bienfaits comprennent notamment l’accroissement
de l’activité des micro-organismes du sol qui en retour peut
accroître la disponibilité des nutriments dont le phosphore.
En effectuant une rotation des cultures, on peut généralement
augmenter les rendements de 10 à 15 % comparativement à
la monoculture.
Chaque culture ayant ses caractéristiques propres, chacune exige
des perturbations différentes, comme des semailles différées,
et présente des degrés de tolérance différents
à des pratiques telles que le hersage de postlevée. C’est
la rotation qui dicte la dynamique des perturbations qui finissent pas
modifier la composition des espèces de mauvaises herbes à
l’intérieur d’un agroécosystème. Ainsi,
dans les cultures semées au printemps, il s’opère
une sélection contre les espèces de mauvaises herbes qui
germent à l’automne, et le contraire se vérifie également
avec les cultures semées à l’automne. Il est prouvé
depuis le 19e siècle que l’incidence des mauvaises herbes
est modifiée par la rotation des cultures. Une recherche bibliographique
étendue de plus de 200 références fait état
d’une réduction du nombre, de la biomasse et des semences
des mauvaises herbes au moyen de rotations et de cultures intercalaires
comparativement à la monoculture.
Plus les différences entre les cultures entrant dans la rotation
sont grandes, plus on peut s’attendre à une meilleure lutte
culturale aux ravageurs. Dans une étude effectuée en Saskatchewan,
on a constaté que la présence de blé d’hiver
dans une rotation était le facteur ayant l’incidence la plus
marquée sur la croissance du chiendent. Avec assez d’humidité,
le blé d’hiver parvenait à l’éradiquer.
Inclure de la luzerne ou autre légumineuse vivace dans les rotations
peut être particulièrement utile pour lutter contre les mauvaises
herbes. Cette solution est en partie limitée par le petit nombre
de fermes d’élevage. On peut résoudre ce problème
par une mise en marché innovatrice (en direction des éleveurs
ou de l’industrie de la déshydratation) de la luzerne cultivée
pour la production de graines ou son utilisation en engrais vert à
court terme lorsque le prix des graines baisse. Une autre contrainte est
liée aux besoins élevés en eau des légumineuses
vivaces qui peuvent assécher gravement les sols. Pour cette raison,
leur introduction doit se faire avec précaution et s’accompagner
d’essais de faisabilité sur le terrain.
L’emploi des légumineuses dans les rotations a commencé
à diminuer avec l’apparition de l’azote synthétique
dans les années 40. Des rotations de plus courte durée (sans
inclusion de vivaces, de pâturages, d’engrais verts et avec
davantage de mise en jachère) ont réduit la matière
organique des sols, altéré leurs propriétés
et accru l’érosion et le recours aux intrants externes. Une
fois établies, les graminées fourragères et les légumineuses
entrant dans les rotations sont très efficaces pour étouffer
la croissance de certaines mauvaises herbes annuelles. Cela découle
du peu de perturbation de la surface du sol, de la couverture dense, du
développement racinaire et de la fauche. Le fauchage a beaucoup
plus d’effets sur la croissance des mauvaises herbes annuelles que
sur celle des plantes fourragères et des légumineuses.
Une étude menée en Saskatchewan a montré que les
populations de mauvaises herbes étaient plus touchées par
la fréquence des plantes fourragères vivaces en rotation
que par tout autre facteur de gestion étudié. Lorsqu’on
augmentait la fréquence des cultures fourragères vivaces
à l’intérieur d’une rotation, il y avait davantage
de mauvaise herbes pérennes ou annuelles hivernales comme les pissenlits,
le brome inerme, le chiendent et le crépis à feuilles étroites
– et moins d’espèces annuelles. D’autres facteurs
influençant dans une moindre mesure les populations de mauvaises
herbes étaient le nombre de passages de la charrue et la fréquence
de mise en jachère. Ces deux pratiques favorisaient la pousse de
mauvaises herbes annuelles mais décourageaient les pérennes
et les annuelles hivernales.
La bonne rotation des cultures dépend du site, de l’agriculteur,
de l’historique du champ et de l’ensemble de l’exploitation
agricole, mais une ligne à suivre en matière de lutte aux
mauvaises herbes est d’inclure le degré de diversité
qui vous convient dans l’alternance des cultures. La rotation peut
influer sur le calendrier des perturbations programmées (semailles
précoces, semailles tardives, cultures d’hiver, bisannuelles,
vivaces, et engrais verts). Cette pratique peut entraîner des différences
en matière de besoins en nutriments. Par exemple, une culture de
luzerne sur trois ans peut être suivie de blé (qui assimilera
l’azote issu de la décomposition de la luzerne), puis d’une
légumineuse (qui ne nécessite pas un sol très riche
en azote et qui fixe mieux l’azote atmosphérique dans des
sols pauvres en azote), du blé encore, puis de l’avoine (peu
de besoins en éléments nutritifs). La rotation en vue de
gérer les maladies ou les insectes peut contribuer à la
santé des cultures en limitant les chances de croissance des mauvaises
herbes. On peut assoler les cultures selon leur capacité compétitive.
Par exemple, les cultures concurrentielles comme l’orge ou la luzerne
peuvent être semées avant des plantes qui le sont moins comme
le lin ou les lentilles. Cela leur donnera une longueur d’avance
puisqu’elles seront semées dans un champ presque «vierge».
Utiliser une culture concurrentielle, ou plusieurs de même capacité
après une culture plus faible sur ce plan permet de nettoyer la
sole. Des cultures de couverture inhibitrice de mauvaises herbes comme
le seigle d’automne ou le mélilot peuvent remplacer la jachère.
Conclusion
Une bonne rotation est un outil efficace de lutte contre les mauvaises
herbes, les maladies et les carences en nutriments, et d’amélioration
de la vigueur des cultures. La rotation parfaite équilibre les
besoins des cultures et du sol, le calendrier des perturbations et les
intérêts de l’agriculteur.
Financement
Fonds Canada-Saskatchewan d'innovation agroalimentaire
Personne-ressource
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Coordonnatrice pour les Prairies
Centre d’agriculture biologique du Canada
a/s Department of Plant Sciences
University of Saskatchewan
51 Campus Drive, Saskatoon
Saskatchewan, Canada S7N 5A8
Tél. : (306) 966-4975
Téléc. : (306) 966-5015
Courriel : brenda.frick@usask.ca
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