
Les bienfaits des mauvaises herbes
B. Frick, E. Johnson - Ferme expérimentale de Scott
Aperçu
Par définition, les mauvaises herbes sont des plantes qui poussent
là où elles sont indésirables. Cette définition reflète notre attitude
mais ne fournit aucune explication quant au rôle que jouent les mauvaises
herbes dans un écosystème contrôlé.
Contexte
Dans un environnement naturel, les premières espèces végétales à coloniser
un habitat perturbé sont des mauvaises herbes. Bon nombre de ces espèces
sont capables de survivre et de se reproduire là où d'autres plantes périraient,
bien souvent dans un environnement peu fertile ou soumis à de fréquentes
perturbations. Les mauvaises herbes ont la capacité de modifier ce type
d'environnement, le rendant ainsi plus hospitalier pour d'autres espèces.
En effet, les mauvaises herbes produisent de l'ombre, ce qui diminue le
taux d'évaporation et protège le sol des effets néfastes du soleil, et
réduisent la vitesse du vent enregistré à la surface du sol. Pendant l'hiver,
elles piègent la neige, contribuant ainsi à maintenir le taux d'humidité
dans le sol. Les mauvaises herbes jouent par ailleurs un rôle important
au chapitre de la conservation du sol puisque leurs racines parviennent
à stabiliser les sols érodables et permettent la circulation de l'eau
et de l'air dans le sol. Elles contribuent également à l'état d'ameublissement
du sol.
Les racines de certaines mauvaises herbes pénètrent profondément dans
le sol pour extraire des nutriments qui sont inaccessibles aux plantes
cultivées. Les mauvaises herbes font ensuite remonter ces nutriments à
la surface à mesure qu'elles développent de nouvelles pousses ou un enracinement
superficiel. Lorsque les mauvaises herbes meurent et se décomposent, ces
nutriments deviennent accessibles dans la couche de surface. Les mauvaises
herbes apportent par ailleurs une quantité importante de matière organique.
Les mauvaises herbes peuvent agir comme indicateurs des conditions de
sol et de gestion. L'amarante réfléchie et la moutarde sauvage, par exemple,
ne s'épanouissent que dans les sols à forte teneur en phosphore et peuvent
ainsi indiquer, par leur abondance, une teneur en phosphore adéquate.
En contrepartie, le chou gras est plus répandu dans les sols à faible
teneur en phosphore et peut ainsi signaler un problème à cet égard. Le
pissenlit, quant à lui, ne se développe pas bien dans les sols à faible
teneur en potassium. D'autres mauvaises herbes, comme l'orge queue-d'écureuil,
peuvent indiquer une accumulation de sels minéraux. Un observateur attentif
pourra ainsi déduire du comportement de certaines mauvaises herbes les
modifications qu'il doit apporter à ses pratiques de gestion.
Certaines mauvaises herbes sont par ailleurs très nourrissantes, tant
pour l'être humain que pour les animaux. On peut les récolter, les offrir
coupées ou en pâturage aux animaux ou les laisser en place pour nourrir
la faune. Le chou gras, le pissenlit, le céraiste commun et l'amarante
réfléchie peuvent être consommés en salade ou comme légume vert une fois
cuits. Les graines de stramoine agrémentent la vinaigrette, alors que
les racines de pissenlit constituent un substitut au café. La folle avoine,
le kochia et le chiendent fournissent des fourrages nourrissants s'ils
sont coupés assez tôt. Les mauvaises herbes tardives sont peu dangereuses
pour les cultures de l'année et, dans les champs clôturés, constituent
un pâturage adéquat après la récolte.
Les mauvaises herbes peuvent également être l'hôte d'insectes, d'oiseaux
ou de mycorhizes utiles. Les graines de mauvaises herbes présentes à la
surface du sol constituent une source de nourriture pour les insectes.
Les espèces chez qui le nectar est facilement accessible, en particulier,
sont une source importante de nourriture pour les guêpes prédatrices,
les syrphes et autres insectes prédateurs utiles.
Même dans les cultures, les mauvaises herbes ne sont pas toujours néfastes.
Par exemple, les ressemis spontanés de pois qui surgissent dans les champs
de blé peuvent être d'une plus grande utilité que la plante cultivée si
on arrive à départager les deux espèces après la récolte. La présence
de quelques mauvaises herbes dans un champ de haricots ou de pois peut
contribuer à réduire la vitesse du vent et soulever davantage les gousses,
facilitant ainsi la récolte. Pendant les années humides, les mauvaises
herbes présentes dans un champ de lentilles peuvent encourager ces dernières
à produire des fleurs plutôt que seulement de la matière végétative.
Conclusions
Les mauvaises herbes témoignent de la présence de la vie dans les
environnements inhospitaliers. Elles ont un rôle à jouer, à la fois dans
les écosystèmes naturels et contrôlés, et peuvent modifier l'environnement
de manière avantageuse.
Financement
Fonds d'innovation agro-alimentaire Canada-Saskatchewan
Personne-ressource
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Coordonnatrice pour les Prairies, Centre d'agriculture biologique du Canada
Université de la Saskatchewan, Département de phytologie
51, Campus Drive, Saskatoon
(Saskatchewan) Canada S7N 5A8
Téléphone : (306) 966-4975
Télécopieur : (306) 966-5015
Courriel : brenda.frick@usask.ca
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