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La compétitivité des cultures : la première arme contre les mauvaises herbes

B. Frick, E. Johnson - Ferme expérimentale de Scott

Aperçu
Toute culture comporte inévitablement son lot de mauvaises herbes. Les ressources comme les nutriments, la lumière, l'eau et l'espace étant limitées, une relation de compétition s'établit entre les plantes cultivées et les mauvaises herbes. Est-il possible de gérer cette relation de manière à favoriser les plantes cultivées ?


Contexte
La compétitivité peut être envisagée sous deux angles différents : on peut la définir comme la tolérance à la compétitivité (maintien du rendement malgré la présence de mauvaises herbes) ou comme la capacité à éliminer les mauvaises herbes. Les études suggèrent qu'il existe une corrélation entre les facteurs de compétition, de tolérance et de capacité d'élimination. Certains facteurs améliorent la compétitivité, notamment la germination rapide, la levée précoce, la vigueur des semis, la croissance foliaire rapide, le nombre de stomates, le développement rapide du couvert végétal, la hauteur de la plante, de même qu'un développement racinaire précoce et adéquat.

Les plantes n'affichent pas la même compétitivité que les mauvaises herbes. De manière générale, l'orge est plus compétitive que le seigle de printemps. En contrepartie, ces deux espèces sont plus compétitives que le blé ou l'avoine, alors que le lin est moins compétitif. Les blés durs sont moins compétitifs que les blés de printemps et d'hiver. Le blé est considéré comme plus compétitif que le pois et, dans l'ordre décroissant de compétitivité, que la pomme de terre, le soja, le lin et le haricot. La plupart des légumineuses, comme la lentille, affichent une faible compétitivité. Le canola est peu compétitif par rapport aux mauvaises herbes quand il est jeune, mais gagne en compétitivité une fois bien établi.

Les semis d'automne comme le blé d'hiver et le seigle d'automne ont une excellente compétitivité en début de saison et ne requièrent aucun travail du sol au printemps. Ces espèces sont particulièrement compétitives par rapport aux mauvaises herbes annuelles qui germent au printemps comme la folle avoine et la sétaire verte. Les semis d'automne se prêtent par ailleurs à une mise en jachère partielle à la suite de la récolte, ce qui permet de contenir encore davantage les mauvaises herbes. Les semis de céréales annuelles données en fourrage vert ou destinées à l'ensilage peuvent remplacer des mises en jachère partielles. En récoltant l'orge pour l'ensilage à un stade précoce (les épis doivent être complètement formés) on peut réduire la densité de la folle avoine jusqu'à un niveau similaire à celui obtenu à la suite d'application d'herbicide contre la folle avoine.

Les cultures vivaces comme l'agropyre à crête, le brome, le mélilot et la luzerne peuvent être très compétitives par rapport aux mauvaises herbes annuelles parce qu'elles ne nécessitent pas de travail du sol aux effets stimulants sur les mauvaises herbes annuelles. De plus, la compétitivité des cultures vivaces par rapport aux mauvaises herbes peut perdurer au-delà de la saison de croissance. L'agropyre à crête est plus compétitive que les autres plantes fourragères.

Il existe plusieurs cultivars de chaque espèce de plante cultivée. Or les variations qui existent entre les cultivars de nombreuses plantes courantes peuvent avoir une incidence sur la compétitivité. Bien que, par le passé, les programmes de sélection ne se soient que très peu penchés sur le développement de cultivars capables de maintenir une croissance supérieure malgré la présence de mauvaises herbes, les choses sont en train de changer.

Une étude australienne, portant sur 250 cultivars de blé, a démontré que les anciens cultivars courants (c'est-à-dire les cultivars qui ont été mis en marché entre 1880 et 1950) sont plus efficaces pour contenir les mauvaises herbes que les cultivars actuels. Les génotypes les plus compétitifs affichaient une accumulation précoce et importante de la biomasse, un grand nombre de talles, une hauteur considérable et un feuillage abondant. Aucune variation du rendement n'a été enregistrée dans les peuplements soumis aux herbicides. Les cultivars les plus hauts avaient moins de mauvaises herbes que les cultivars moins hauts. Les cultivars de blé différaient également pour ce qui est de la dormance des graines et, par conséquent, du nombre de ressemis spontanés surgissant au cours des années subséquentes.

Une autre étude, menée à la Ferme Scott et à Saskatoon, a démontré que les cultivars de blé CDC Merlin, AC Minto et Columbus étaient les plus compétitifs par rapport aux mauvaises herbes, tandis que les cultivars Genesis et Oslo étaient les moins compétitis. Lors d'essais effectués avec des mauvaises herbes indicatrices (plantes cultivées utilisées pour simuler des mauvaises herbes), c'est l'épeautre de printemps qui a démontré la meilleure compétitivité. D'autres recherches indiquent que les cultivars de pois à tige longue et à croissance rapide sont plus compétitifs que les cultivars à tige courte. On pourrait également s'attendre à ce que le type de feuille ait une incidence sur la compétitivité. Or, des études menées à Morden n'ont pas permis de démontrer que les cultivars plus feuillus bénéficient d'un avantage concurrentiel par rapport à la moutarde sauvage. Les différents cultivars de pois (Century, grand à feuillage normal, Tipu grand et semi-aphylle et Express, court à feuillage normal) affichent tous la même compétitivité par rapport aux populations de mauvaises herbes graminées.

Les cultivars semi-nains de blé d'hiver se sont montrés plus efficaces (de 14 à 30 %) que les cultivars plus hauts pour réduire le rendement du brome des toits (Bromus tectorum). Le blé d'hiver, quant à lui, est plus efficace que les cultivars de blé de printemps hauts ou semi-nains pour contenir le chiendent. Des études sont en cours à l'Université de la Saskatchewan en vue de mettre au point des cultivars d'avoine plus compétitifs face aux mauvaises herbes. De nouveaux génotypes d'avoine fourragère feuillue se sont montrés plus compétitifs par rapport à la folle avoine que les génotypes traditionnels d'avoine de mouture ou fourragère.

Les différences entre les cultivars dépendent de tout l'environnement cultural et non pas seulement de la présence de mauvaises herbes. Par exemple, pendant les années relativement sèches ou normales, le pois semi-aphylle, ensemencé à un taux réduit, souffre davantage de la compétition avec la moutarde sauvage que le cultivar à feuillage normal. De plus, le cultivar semi-aphylle souffre davantage de la compétition avec la moutarde sauvage lorsqu'il a été ensemencé à un taux réduit plutôt qu'à un taux élevé. Dans les périodes de sécheresse, la compétition de la moutarde sauvage a une incidence plus importante sur le rendement des cultivars à feuillage normal que sur celui des cultivars semi-aphylles.


Conclusions
La compétitivité varie selon les plantes et les cultivars. Les plantes sont plus compétitives lorsqu'elles ont une croissance vigoureuse, particulièrement au moment de la levée des mauvaises herbes. La compétitivité est déterminée par les caractéristiques de la plante cultivée et de la mauvaise herbe, de même que par l'environnement cultural.


Financement
Fonds d'innovation agro-alimentaire Canada-Saskatchewan


Personne-ressource
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Coordonnatrice pour les Prairies, Centre d'agriculture biologique du Canada
Université de la Saskatchewan, Département de phytologie
51, Campus Drive, Saskatoon
(Saskatchewan) Canada S7N 5A8
Téléphone : (306) 966-4975
Télécopieur : (306) 966-5015
Courriel : brenda.frick@usask.ca


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