
Lutte biologique contre les mauvaises herbes
B. Frick, E. Johnson - Ferme expérimentale de Scott
Problème
Les mauvaises herbes sont souvent des espèces qui ont été
introduites dans les écosystèmes agricoles. Dans leurs habitats
originaux, elles pouvaient être moins abondantes, en partie parce
que des prédateurs et maladies naturels réduisaient leur
vigueur et qu’elles étaient en concurrence avec d'autres
espèces. Comment pouvons-nous employer ces méthodes biologiques
de lutte contre les mauvaises herbes ?
Contexte
La lutte biologique contre les mauvaises herbes emploie les organismes
vivants pour détruire les mauvaises herbes ou pour empêcher
leur croissance et limiter leur capacité à concurrencer
les cultures. La lutte biologique est souvent divisée en deux catégories
: l’introduction d’agents classiques de lutte biologique,
souvent des insectes, et la lutte biologique inondante, souvent à
l’aide d’agents pathogènes.
La lutte biologique classique introduit des prédateurs naturels
dans les populations de mauvaises herbes. La lutte biologique classique
aux mauvaises herbes à l’aide d’insectes se fait par
l’introduction d’ennemis naturels particuliers à l’espèce
provenant du milieu naturel de la plante cible. La lutte biologique classique
connaît parfois de bons succès à long terme, en particulier
dans les pâturages naturels. On l’utilise généralement
moins dans les terres cultivées. La mauvaise herbe ciblée
est souvent une espèce vivace à longue espérance
de vie qui est particulièrement difficile à maîtriser
par des moyens traditionnels.
Le chardon penché est parasité par un charançon,
le Rhinocyllus conicus, qui a été introduit en Saskatchewan
en 1968. On peut recueillir des charançons en rassemblant environ
500 têtes de chardons penchés infestées à la
mi-août, et en les plaçant dans de nouveaux peuplements.
Plusieurs années sont nécessaires pour que la population
de charançon s’étende suffisamment pour qu'elle puisse
efficacement maîtriser le chardon.
Deux espèces d’altises, Aphthona nigriscutis et Aphthona
flava, peuvent être employées comme agents de lutte biologique
contre l’euphorbe ésule. Les larves se nourrissent des racines
d’euphorbes. L’Aphthona nigriscutis est plus efficace dans
les endroits élevés, secs et découverts et les sols
grossiers. En Alberta, la redistribution de ces coléoptères
a été un succès à environ 65 %. La redistribution
se fait en rassemblant et en libérant des coléoptères
adultes.
Les prédateurs des graines de comandre livide, le Brachypterolus
pulicarius et le Gymnaetron antirrhini, peuvent être disséminés
en plaçant des tiges de comandre livide infectées parmi
les tiges de fleurs du nouvel emplacement. Les agents supplémentaires
étudiés pour la lutte contre la comandre livide incluent
la mineuse des tiges Mecinus janthinus, la mineuse des racines Eteobalea
serratella et le charançon Gymnetron linariae qui forme des galles
sur les racines. Cependant, les premières tentatives d’introduction
de Mecinus janthinus et d'Eteobalea serratella n'ont pas connu beaucoup
de succès en Saskatchewan.
On a réussi à établir le bruche Apion hookeri dans
les populations de matricaire maritime suivant l’introduction initiale
de 1992. La population augmente avec le temps et ce charançon peut
occasionner une réduction de la production de semences pouvant
atteindre 40 %. La mineuse des tiges Microplontus edentulus et un cécidomyie
sont d'autres agents de lutte biologique introduits dans les peuplements
de matricaire maritime. On surveille actuellement le succès de
l’établissement de ces insectes. Les agriculteurs qui veulent
obtenir des bruches parasites de matricaire maritime peuvent entrer en
contact avec Agriculture et Alimentation, Saskatchewan.
La lutte biologique inondante se fait par l’application d’un
agent de lutte (par exemple, un pathogène fongique) aux peuplements
de mauvaises herbes en procédant plus ou moins comme on applique
un herbicide chimique. Une fois un agent de lutte biologique inondante
identifié, ses propagules (par exemple les spores, le mycélium)
peuvent être produits en grande quantité par des techniques
de fermentation. La « faisabilité commerciale de la production
de propagules du pathogène viables, infectants et stables est une
condition importante au développement d’un herbicide biologique
».
BioMal est un herbicide biologique qui contient des spores viables d’un
champignon, le Colletrotichum gloeosporoides f. sp. malvae, qui infecte
la mauve négligée. Les essais indiquent que cela peut avoir
un effet significatif sur la population de mauvaises herbes. Il ne se
trouve pas sur le marché pour le moment.
Le centre de recherches de Saskatoon est un chef de file en recherche
et développement d’agents de lutte biologique inondante.
Plusieurs agents prometteurs ont été identifiés et
sont développés pour lutter contre des mauvaises herbes
telles que la folle avoine, la sétaire verte, le pissenlit, et
la matricaire maritime. La mise au point d’un herbicide biologique
représente un grand défi puisqu’il s’agit d’un
organisme vivant qui doit demeurer viable après application afin
d'être efficace. Les chercheurs du centre de recherches de Saskatoon
travaillent à mettre au point de nouveaux systèmes d’application
des agents de lutte biologique.
Conclusions
Des agents de lutte biologique classique existent pour quelques espèces
de mauvaises herbes vivaces. Ces agents peuvent être recueillis
dans des sites où ils ont été au préalable
introduits et sont maintenant bien établis. Ces agents offrent
des possibilités de maîtrise à long terme et à
faible coût. Les agents de la lutte biologique inondante ne sont
pas encore commercialisés, mais leur potentiel est prometteur.
Financement
Fonds d'innovation en agroalimentaire
Canada-Saskatchewan
Personne à contacter
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Coordonnatrice pour les Prairies
Centre d'agriculture biologique du Canada
a/s Département de phytologie
Université de la Saskatchewan
51 Campus Drive, Saskatoon
(Saskatchewan) Canada S7N 5A8
Tél : (306) 966-4975
Télécopieur : (306) 966-5015
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