
Les légumineuses vantées pour leurs propriétés
anti-émissions
Les espèces végétales qui fixent
l’azote produisent beaucoup moins d’oxyde nitreux que les
autres cultures
par Jeffrey Carter, collaboration spéciale à
l’Ontario Farmer - 6 février 2007
Selon le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agriculture
biologique, le secteur agricole pourrait fortement réduire l’émission
des GES en revenant à la fixation de l’azote par les légumineuses.
Le Dr Derek Lynch révèle que des recherches menées
depuis 2005 par AAC démontrent que les légumineuses, qui
fixent activement l’azote gazeux (N2) par des phénomènes
biologiques, produisent beaucoup moins d’oxyde nitreux (N20) que
ne le prévoyaient les estimations. Qui plus est, à moins
que les légumineuses ne soient employées comme engrais vert,
leur production d’oxyde nitreux est négligeable.
Le Dr Lynch, du Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse,
veut en savoir davantage.
« Cette question doit être examinée, et c’est
ce que j’ai entrepris de faire, explique-t-il. En ce moment au Canada,
nous ne disposons pas de données précises au sujet de la
quantité d’azote attribuable aux légumineuses. »
Les exploitations biologiques dépendent largement de l’azote
issu des légumineuses vivaces et annuelles. En comparaison, l’utilisation
de sources d’azote inorganique contribue grandement à l’accumulation
d’oxyde nitreux dans l’environnement.
« Il nous serait possible d’employer les légumineuses
dans les rotations culturales comme le faisaient les agriculteurs vers
1880 pour obtenir de bonnes récoltes », ajoute-t-il.
C’est au cours du 19e siècle que les chercheurs en agriculture
ont commencé à perfectionner l’usage des légumineuses,
précieuses source d’azote, dans les rotations de cultures.
Selon les estimations de certains historiens, cette innovation, qui a
causé un accroissement spectaculaire de la production alimentaire,
a eu des retombées comparables à celles de la révolution
industrielle.
Pendant la Première Guerre mondiale, une nouvelle source d’azote,
destinée à alimenter les végétaux, a été
élaborée par le scientifique allemand Fritz Haber. Son invention
était en fait une machine servant à combiner l’azote
et l’hydrogène de manière à obtenir de l’ammoniac
par synthèse. « Cette découverte était motivée
par la demande en matières explosives », précise le
Dr Lynch.
« Son invention a été celle qui aura le plus marqué
le 20e siècle, en terme de retombées. »
Malheureusement, la création synthétique de l’engrais
azoté a également créé les problèmes
liés à l’existence de l’azote nitreux, dont
l’agriculture est le plus important émetteur, déplore
le Dr Lynch.
Selon les chiffres du Cooperative Research Centre for Greenhouse Accounting,
bien que l’atmosphère renferme 1000 fois plus de gaz carbonique
que d’azote nitreux, ce dernier a 310 fois le potentiel destructeur
du gaz carbonique pour le climat.
« L’oxyde nitreux est principalement causé par une
accumulation de surplus d’azote réactif dans les sols agricoles,
dans les systèmes terrestres et aquatiques. Ces dernières
années, la production de nouvelles sources d’azote réactif
par les humains, provenant en majeure partie de l’azoté fixé
sous forme d’engrais industriel, a largement dépassé
la production d’azote réactif par des sources naturelles.
»
« Ce n’est qu’aujourd’hui que l’on réalise
la pleine ampleur des conséquences néfastes… sur la
santé et le bien-être des personnes et des écosystèmes
», écrit ce chercheur.
Le Dr Lynch a également abordé un sujet susceptible d’intéresser
les agriculteurs biologiques. Dans les exploitations laitières
biologiques, des niveaux adéquats, non excessifs, d’azote
et de potasse peuvent être générés. Cependant,
c’est la production de phosphore qui peut poser problème.
« Je crois que c’est un aspect à surveiller parce
qu’il pourrait limiter la productivité des légumineuses
et ainsi influencer la fixation de l’azote », prévient
le Dr Lynch.
Une piste de solution pourrait s’articuler autour de l’usage
de roches phosphatées comme amendement de sol, possiblement en
combinaison avec des engrais verts.
Le Centre d’agriculture biologique du Canada est situé au
Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse à Truro.
Le Dr Lynch a pris la parole lors de la récente Conférence
biologique de Guelph.
Le Centre d’agriculture biologique du Canada (CABC) remercie l’Ontario
Farmer pour la permission d’afficher cet article sur son
site Web.
English
Publication: mai 2007
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