
Un abattoir 100 % bio - Fieldgate Organics sera la première
installation d’abattage inspectée par le gouvernement fédéral
certifiée biologique
par Frances Anderson, équipe de l’Ontario
Farmer, 5 décembre 2006
Fieldgate Organics Inc. vient de trouver un toit définitif pour
ses activités d’abattage et de transformation de la viande,
et espère ainsi entrer dans l’histoire d’ici le printemps
avec l’obtention de la certification fédérale.
Ted Soudant, président et directeur de l’exploitation de
cette entreprise privée, espère que le déménagement
dans leurs nouvelles installations lui rendra la vie plus facile. Depuis
qu’un groupe d’éleveurs a fondé la compagnie
Fieldgate en mai 2003, la viande a été transformée
dans cinq installations distinctes.
« On peut espérer que celle-ci sera la dernière,
ironise M. Soudant avant de préciser : certaines des boucheries
ne découpaient pas la viande selon nos exigences. » La croissance
de Fieldgate s’est accélérée trop rapidement
pour certaines boucheries, et d’autres nécessitaient des
rénovations que les propriétaires n’étaient
pas prêts à entreprendre.
« Nous avons envisagé l’achat de trois différentes
installations et compris que ce serait la pilule la plus difficile à
avaler – c’est un investissement qui avoisine les millions
de dollars. Mais nous étions déterminés, et nous
les avons fait construire pour qu’elles répondent aux normes
fédérales. Et on y est presque! »
Située aux limites nord d’Ingersoll, ces installations sont
pratiquement neuves. Elles avaient été construites par Laziz
Meat Packers pour tirer profit des bas prix du boeuf lors de la crise
de la vache folle, mais les travaux ne se sont terminés qu’en
février 2006. Et à cette époque, ce marché-là
s’est effondré et « nous avions un marché qui
avait besoin de ces installations », explique M. Soudant.
Laziz Meats continue d’administrer la boucherie au détail
situé dans l’édifice, et Fieldgate lui livre des abattages
sur commande.
À l’heure actuelle, l’aire d’abattage de Fieldgate
fonctionne seulement une journée par semaine. On y traite une vingtaine
de boeufs, autant de porcs et une dizaine d’agneaux en un quart
de travail de 8 heures. L’aire de réception comprend trois
zones de box avec des abreuvoirs à différentes hauteurs
et des portails adaptés aux divers types de bétail.
« Nous sommes pratiquement installés pour abattre et échauder
les porcs dans une aire distincte de 1600 m2, explique M. Soudant. On
limite pour l’instant la cuve d’échaudage à
la moitié de sa capacité en attendant que la production
augmente. »
À pleine capacité, Fieldgate sera en mesure d’abattre
de 700 à 1000 porcs et de 300 à 400 bovins par semaine,
sans compter les agneaux.
Les usines de transformation de la viande ont tendance à opter
pour des procédés rapides de refroidissement, de découpage
et d’emballage humide («wet bagging»), ce qui revient
essentiellement à la laisser mûrir en cryopac. Elles peuvent
aussi épargner l’espace et les coûts associés
à l’entreposage des carcasses dans les réfrigérateurs
ainsi que les 4 à 6 % de freinte (diminution du poids et du volume
des viandes pendant la réfrigération).
Fieldgate va pourtant maintenir une maturation de 14 à 21 jours
en carcasses suspendues pour son bœuf.
« Selon moi – et un grand nombre de nos clients le confirmeraient
– cela fait toute une différence! » affirme M. Soudant.
De plus, pour les produits carnés de Fieldgate, la traçabilité
est totale – de la naissance de l’animal à la livraison
de la viande emballée – alors que la plupart des abattoirs
le font par lot, en fonction de la date et de l’heure de l’abattage.
Pour l’instant, le processus de traçabilité se fait
à la main, mais Fieldgate est en train d’essayer une nouvelle
balance électronique qui permettra d’associer l’animal
et les clients grâce à l’informatique.
Une autre caractéristique de l’installation est son système
de surveillance et d’entrée électroniques. Les bandes
vidéo ont déjà permis d’identifier un camion
de livraison qui avait accidentellement endommagé le bâtiment.
L’installation utilise l’eau fraîche de son propre
puits et entrepose ses eaux usées en citerne jusqu’à
ce qu’un camion vienne les chercher. C’est Central By-Products
Ltd. qui se charge des déchets d’abattage.
« Dès que notre entreprise aura sa certification fédérale,
nous serons en mesure d’en optimiser l’exploitation »,
prévoit M. Soudant. Son objectif est d’y parvenir d’ici
le printemps 2007. Alors, « à ma connaissance, nous serons
le seul abattoir 100 % biologique au Canada. »
À pleine capacité, l’effectif devra également
passer de cinq employés permanents à 34.
Fieldgate n’est pas une coop. C’est une société
privée créée par des fermiers qui voulaient avoir
le contrôle de leur avenir et s’assurer de justes prix pour
leur travail. Ils ont pris contact avec M. Soudant, qui vit près
de Zürich et qui avait l’expérience de la mise en marché
et de la distribution, pour qu’il élabore un plan de démarrage.
Par la suite, ils l’ont engagé pour qu’il le mette
en œuvre.
C’est pendant la première année d’existence
que la crise de la vache folle a éclaté.
« Pour nous, cela fut une arme à deux tranchants. D’un
côté, ça a mis les produits bio en vedette, mais d’un
autre côté, les prix du bœuf conventionnel ont chuté.
On est passé directement de la phase 1 à la phase 3. »
Ce qui s’est traduit par l’établissement de boucheries
de détail dans le marché Covent Garden de London et le Market
Square de Windsor. Trois ans plus tard, Fieldgate possède deux
camions frigorifiques et fait des livraisons à 14 autres détaillants
indépendants et à quelques petites chaînes de détaillants
: FarmBoy à Ottawa qui a neuf magasins et Hyland Farms à
Toronto qui en exploite cinq.
« La croissance », rappelle M. Soudant, « a été
extrême. »
Près de la moitié des éleveurs actuels sont aussi
actionnaires de la compagnie. « Vingt-cinq autres fermiers nous
vendent leurs animaux sans être actionnaires. Ce qui fait un total
de 50 éleveurs certifiés biologiques. »
Tout nouvel actionnaire doit être certifié biologique ou
sur le point de l’être. Le nombre d’actions disponibles
est d’ailleurs limité. Selon M. Soudant, pour conserver son
statut de compagnie fermée, Fieldgate ne peut avoir plus de 49
actionnaires.
« Nous allons chercher à obtenir davantage de boeuf, davantage
de porc et sans doute davantage de volailles », ajoute M. Soudant.
Mais il est difficile d’en préciser la quantité, parce
qu’un certain nombre de fournisseurs actuels sont en expansion et
que trois ou quatre éleveurs en transition vers le bio vont se
joindre à Fieldgate.
Équilibrer l’offre et la demande « prend beaucoup
de temps. L’une vient annuler l’autre. Vous ne pouvez conclure
de nouvelles ventes tant que vous n’avez pas le produit. Et vous
ne pouvez pas obtenir le produit, tant que les ventes ne sont pas fermes!
»
Le Centre d’agriculture biologique du Canada (CABC) remercie l'Ontario
Farmer de l’autoriser à publier cet article sur son
site Web.
English
Publication: mai 2007
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